Éternités, visions de l’au-delà

 

Résumé

Qu’en est-il de la place de la mort aujourd’hui, quand ses limites sont sans cesse repoussées ? A la différence des autres êtres vivants, l’être humain s’interroge sur l’au-delà. Les rites funéraires expriment en partie le désir de dépasser cette inconcevable fin. Ils rendent acceptable la séparation des vivants et des morts, donnent un autre horizon à la disparition. Le cérémonial, les gestes, les paroles, en apaisant et en attribuant une nouvelle place à chacun, contribuent à rétablir un ordre social bouleversé.

Quelques clés de l'exposition

La question du devenir du défunt dans sa chair et son esprit, est une problématique commune à toute l’humanité. Chaque culture a développé des motifs propres afin de matérialiser ce que personne ne connaît et ce que seuls quelques initiés peuvent entrevoir. Les cultures indienne nord-américaine, africaine et inuit se rencontrent autour de la figure de l’intercesseur, ancêtre ou chamane, point de contact entre le monde des vivants et celui des morts.

Bouclier amérindien (Etats-Unis, Grandes Plaines). Les sociétés humaines distinguent le visible et l’invisible, mais des échanges entre les deux mondes sont possibles. Les esprits protecteurs ou néfastes agissent sur le monde des vivants. Parmi d’autres pièces témoignant de ces passages figure ce bouclier amérindien : sa couverture de plumes dissimule le dessin d’un être surnaturel aux caractéristiques de l’ours, animal protecteur qui aide à communiquer avec les esprits.

Comme une parenthèse dans le parcours de déambulation, une salle audiovisuelle invite le visiteur à s’interroger sur le sens de la mort dans nos sociétés actuelles. Imposant à tous une même réalité, la mort revêt pourtant une forme différente pour un médecin, un avocat ou un philosophe. Dans la société contemporaine, l’allongement de la vie, les conditions matérielles et économiques nouvelles modifient notre rapport à la mort. Sous un dôme lumineux apaisant, des cocons invitent à s’interroger sur le sens de la mort et le renouveau des rituels funéraires.

La suite du parcours met en regard les pratiques funéraires des cultures égyptienne, péruvienne et caucasienne. L’exposition de restes humains, de mobilier funéraire et l’évocation de la tombe dans sa structure permettent de percevoir la matérialité de la mort. A cette étape du parcours, la scénographie impose au visiteur, comme point de mire permanent, le motif de la vanité et sa symbolique macabre.

Masque Vuvi. Les personnes exceptionnelles accèdent au statut d’ancêtres et deviennent les intermédiaires entre esprits et vivants, les intercesseurs. Ce masque Vuvi du Gabon, entré dans nos collections en 1932, intervient pour les cérémonies d’initiation et les funérailles.

La momification, naturelle ou artificielle, apparaît dans des cultures éloignées dans le temps et l’espace, comme un marqueur essentiel des rites funéraires et des soins prodigués au corps défunt.

Momie de Taubasthis. En Égypte antique la mort est un passage vers la vie éternelle. Entouré de rituels très élaborés, le corps du défunt est momifié, recouvert d’amulettes, accompagné d’offrandes, d’un mobilier funéraire, de serviteurs… présentés ici autour de Taubasthis, fille de Psébos.

Avant les pharaons : les hommes barbus. Rarissimes car issus de la culture égyptienne préhistorique (époque prédynastique Nagada, 3 800 –3 100 avant J.C), ces statues, retrouvées dans des sanctuaires ou des tombes, sont probablement une représentation du pouvoir masculin qui annonce la période dynastique, au cours de laquelle la barbe sera l’un des symboles du pouvoir pharaonique. Il témoigne de pratiques funéraires anciennes et d’une sédentarisation préparant à l’avènement du régime des pharaons.

Momie féminine Ychsma. Au Pérou, les sociétés précolombiennes vénèrent les défunts, ancêtres protecteurs du monde des vivants. La plupart des tombes Ychsma sont directement creusées dans le sol, le corps recroquevillé dans un fardo de tissus. Momifiée naturellement, la défunte tient son matériel à tisser et est accompagnée d’offrandes, de céramiques et d’objets du quotidien.

Le dispositif scénographique lié à la sépulture de Koban annonce la fin du parcours et permet au visiteur de surplomber la défunte et d’adopter plusieurs positions : debout face au corps, il est l’éploré en attitude de recueillement ; assis à côté de lui, il est l’archéologue en fouille !

Nécropole de Koban. Dans les montagnes du nord-Caucase, les rites d’inhumation des populations d’Europe centrale de la fin de la préhistoire nous échappent encore. La sépulture de la défunte apparaît en premier lieu en miroir face au visiteur. Elle est présentée telle que lors de sa découverte, émergeant sous les pinceaux des archéologues. Le corps est entouré de céramiques et d’objets en bronze, témoins de l’habileté des artisans métallurgistes de cette région.

Le parcours s’achève sur deux motifs de réflexion comme deux propositions de rapport à la mort. D’un côté, la vanité, issue du monde occidental, invite à une réflexion sur la fragilité de notre condition et la finitude de l’être humain. De l’autre, le parinirvana, de tradition bouddhiste, offre une vision sereine où la mort et son néant constituent l’aboutissement suprême pour tout croyant.

Bouddha couché en parinirvana. Chez les bouddhistes, la mort inévitable est une étape dans un cycle sans fin de renaissances, jusqu’à l’Extinction complète qui clôt ce cycle immuable pour atteindre le Parinirvana. Ce bouddha Khmer du xviie siècle qui présente d’exceptionnelles traces de peintures rouges et de dorures au visage, est allongé dans un état de total abandon et dégage une impression de bien-être étonnante.

Les vanités. Après avoir traversé époques et civilisations, l’exposition nous offre le regard de nos cultures à fondement biblique (judaïsme, christianisme et islam). Dans notre histoire de l’art, la vanité est une critique allégorique de l’ego face à une mort inéluctable. Le musée des Confluences a acquis cette oeuvre L’éternité parfois s’éveille de Jean-Philippe Aubanel, réalisée en mars 2014 qui illustre ce propos à la fin du parcours.

Scénographie

Surface : 383 m²

Principes généraux : des moucharabiehs (parois perforées) structurent l’espace à la manière de chapelles. Ces parois qui laissent devinés l’espace suivant sont aussi une métaphore pour raconter que pour de nombreuses sociétés les frontières entre monde des vivants et au-delà sont souvent poreuses.

Equipe projet du musée : Christian Sermet (chargé de projet), Carole Millon (chargée de production), David Besson (collections)

Scénographes : agence Klapisch-Claisse, assistée d’Etienne Le François et Emmanuelle Garcia, Edeux, Paris

Conception muséographique

  • Muséographie – Le troisième Pôle, Géraldine Gauvin
  • Graphisme – Eléonore Hérissé, Paris
  • Audiovisuel – Michel Fougère, Proxima del Centaure, Paris
  • Concepteur lumière : Gérald Karlikow, Paris
  • Multimédia – Patrice Masson, La Forme interactive

Réalisation muséographique

  • Distribution électrique : Eiffage Energie
  • Éclairage : Big Bang
  • Matériel audiovisuel : IEC
  • Agencement: Goppion
  • Signalétique : Boscher
  • Soclage : Aïnu

Audiovisuels

  • Animations : La station Animation
  • Documentaires : Les films d’ici
  • Multimédia : L’atelier 144

Liens

 

Intimité

Exposer des momies et des restes humains invite à l’introspection et propose une posture de recueillement. Dans la pénombre, des mobiliers funéraires révèlent avec respect l’intimité des sépultures.