Musée des confluences

Entretien avec Wolf D. Prix

 

résumé

Fondée par Wolf D. Prix, Helmut Swiczinsky et Michael Holzer en 1968, Coop Himmelb(l)au contient dans le jeu de mots qui compose son nom un véritable rêve d’architecte. « Construire le ciel » revient en effet pour cette « agence du ciel bleu » à rêver l’architecture en apesanteur. Comprendre cette utopie, c’est déjà accéder au projet scientifique du musée des Confluences et aux formes du savoir que son architecture, imaginée par cette agence, suggère (extr. introduction).

L'article revient sur la conception de l'architecture de Wolf D. Prix et de l'agence qu'il a co-fondée, Coop Himmelb(l)au.

extraits des propos de Wolf D. Prix

Le principe de fluidité est au coeur de notre démarche dans le cristal comme dans le nuage, que le visiteur pourra traverser sans être contraint de voir une exposition. La courbure exprime le dynamisme qui règne dans cette construction et qui résulte de la confluence entre Saône et Rhône. (...) Depuis les dômes gothiques, l’architecture s’emploie à surmonter la gravité. (...) Je déteste toute pression, que ce soit dans l’interaction des forces de l‘architecture ou dans la société en général. Mais j’adore la traction car les constructions sollicitées par la traction sont dynamiques. À l’heure actuelle, l’acier est le meilleur instrument pour exprimer le dynamisme des espaces fluides que je conçois. (...)

L’inconscient et le conscient jouent un très grand rôle à Vienne, la ville de Freud. J’appartiens à la génération qui a lu son oeuvre. Dans leur conception, nos projets sont fortement influencés par les théories du père de la psychanalyse. (...) Si l’on combine les deux éléments, le mot allemand Entwurf, qui correspond au mot français « projet », signifie donc « accoucher d’une idée », comme un nouveau-né qui est « expulsé » du ventre de sa mère.

On se méprend souvent sur le sens du terme « architecture déconstructiviste ». Comme nous l’avons expliqué en 1987, le déconstructivisme n’est pas un concept architectural, mais une attitude philosophique. (...) La possibilité de l’impossible, telle était la devise de Coop Himmelb(l)au pendant ses vingt premières années. (...)

« Si seulement le vent avait un corps » C’est ainsi que je me représente l’architecture. Il n’existe plus de pesanteur et surtout plus de colonnes. Il s’agit plutôt de bâtiments accrochés à des nuages. Je pense aussi que l’apesanteur, la conquête de l’espace, ont, bien entendu, rendu la perspective centrale et la symétrie totalement obsolètes. (...)

La société du futur sera une société du savoir. Or, ce savoir ne peut plus être divisé en domaines spécialisés clairement délimités. (...) Le musée des Confluences ne s’entend pas comme un temple de la culture bourgeoise, mais comme un fournisseur d’accès public au savoir de notre temps. (...) L’architecture crée une forme hybride entre la typologie du musée et la typologie d’un espace de loisirs urbain.

relation

Extr. des Cahiers thématiques du musée des Confluences, Revue thématique Sciences et Sociétés du musée des Confluences, volume 10 : Formes, 2013, p. 9-16.

source

Bibliothèque du musée des Confluences.

liens

  • documentaire Ma ville-Lyon de Mic Thiemann, WDR, 2015, diffusée sur Arte le 9/04/2016 : l'architecte viennois Jakob Dunkl visite l'Opéra de Jean Nouvel, le musée des Confluences, puis le couvent de La Tourette conçu par le Corbusier. Au musée, il s'entretient avec son compatriote Wolf Prix, qui revient sur plusieurs points : la légèreté encore insuffisante du nuage malgré le faible nombre de piliers qui le soutiennent, la fluidité de la visite sous le bâtiment jusqu'à la pointe, le tourbillon du puits qui reflète celui des eaux de la Saône et du Rhône qui se mêle, le coût qu'il convient de comparer avec des éléments pertinents ; ainsi, le musée coûte moins de 2 avions de chasse français et ne tue personne...

 

 

Éditeur : 
Musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
25 Août 2015
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon, France), CC BY-SA