Musée des confluences

Camille Virot

 

éléments biographiques

la rencontre avec la céramique, le raku yaki et l’Afrique

Né en 1947 en Franche-Comté, le céramiste Camille Virot a introduit et développé dans les années 70 le raku yaki en France, technique de fabrication en cuisson rapide avec défournement à chaud, inventée au Japon au milieu du XVIe siècle. Il a découvert en Afrique de l'Ouest une grande proximité avec les potières dans le processus et l’esprit de fabrication de poteries usuelles, de la préparation de la terre à la dimension de liberté dans le savoir-faire traditionnel : faire avec des moyens très simples, un outillage très rudimentaire, s’exprimer à travers un matériau dont on suit l’identité tout en y imprimant sa présence. Au tout début de sa formation, alors en architecture à l’Ecole des Beaux-arts de Besançon, il effectue le plan d’un four de cuisson et pousse la porte de l’atelier de céramique. L’année suivante, il poursuit ses études à l’Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg.

Le premier contact avec l’Afrique noire se fait à l’occasion de son service militaire en coopération au Zaïre, entre 1968 et 1970. Il y enseigne le français à des adolescents dans un environnement dénué de tout. La collecte de légendes et de récits locaux, leur retranscription écrite, deviennent alors la base d’un apprentissage commun et d'un échange dont l'esprit imprimera toute la suite de son parcours. En 1988, avec une bourse d'étude à l'étranger, il effectue plusieurs séjours en Afrique de l'Ouest, dans des villages de production céramique inscrits dans un programme de développement culturel et économique. Il porte alors un regard critique à la question du transfert de technologies, à ce qui reste une fois les techniciens européens repartis. Il découvre alors une production céramique usuelle très riche et créative, avec des moyens extrêmement modestes compensés par un très grand savoir-faire.

le Projet Afrique et la collection collective

Stimulé par le fait que Jean Rouch, rencontré à Manosque où l’ethnologue parraine les Rencontres Cinéma, lui affirme qu'il n'y a plus en Afrique que de la poterie pour touristes, il décide de monter un programme de découverte et d’échange avec une équipe d’une dizaine de céramistes européens confirmés, choisis pour leur grande curiosité et leur forte expérience technique. Participent ainsi à l’aventure : Eric Astoul (Egypte), Thiébaut Chagué (Nigéria), Daphné Corregan (Burkina Faso), Edmée Delsol (Burkina Faso), Michel Gardelle (Mali), Jean Nicolas Gérard (Burkina Faso), Denise Millet (Burkina Faso), Josette Miquelle (Togo), Hervé Rousseau (Togo), Claude Varlan (Mali) et Camille Virot (Burkina Faso, Cameroun, Mali, Niger, Rwanda...), ainsi que Christelle Férandel, Christine Göpfert et Arnauld Thomas, étudiants stagiaires. Coresponsables de l'association ARgile avec Camille Virot, Marie-Pascaline Virot-Marini documente le projet au Niger et Antoine Virot s'attache au reportage photo au Cameroun. Le projet reçoit entre 1991 et 1995 le soutien du Ministère de la Culture pour le déplacement des artistes et le transport des pièces.

Le protocole repose sur l’observation, avec prise de notes, écrits, croquis, photographies et films, et, pour les étudiants, la participation à la fabrication des céramiques sous le contrôle exigeant des potières. L’idée n’est pas de faire de l’ethnologie basée sur des entretiens, mais un travail de céramiste en rassemblant des informations techniques uniquement par l'observation et l’expérience. Est ainsi établie une base de données pour chaque lieu avec une fiche technique sur l’extraction, la composition et la préparation de la terre ; le façonnage, le décor, la cuisson et l’usage des pots. Camille Virot demande à chacun de rapporter une ou deux grosses pièces. Les céramiques sont de dimension importante pour montrer autre chose que les petites céramiques, plus aisément transportables et donc mieux connues en Occident. De plus, les grands pots sont fabriqués par les femmes âgées, les plus reliées à la tradition.

Au départ, il pensait les vendre pour financer une publication, mais comme il s'agissait souvent des cadeaux, ces céramiques étaient trop chargées de souvenirs et d’émotions pour s'y résoudre. Traces d’un travail, fruits d’une rencontre entre des céramistes européens et des potières africaines, l'ensemble de ces pièces constitue en quelque sorte une collection collective. Attenant à son atelier situé dans les Alpes de Haute-Provence où il s'est établi en 1972, Camille Virot a construit un petit bâtiment pour les conserver, les exposer et monter des expositions à travers l'Europe entre 1993 et 2012.

l’exposition itinérante Poterie Nègre

Dès 1992, Camille Virot organise l’exposition itinérante Poterie Nègre, enrichie et documentée au fil des résidences par les observations faites sur le terrain par les artistes-collecteurs. Le propos de cette exposition Manifeste, au nom évocateur et volontairement provocateur, est de montrer le travail extraordinaire des femmes potières, leur total engagement corporel et spirituel dans leur fabrication. Depuis lors, une trentaine de lieux en France et en Europe ont accueilli ce projet : parmi les plus récents, on peut citer le musée des Cordeliers à Saint-Jean-d’Angély en 2010 et le musée de la Céramique à Sèvres en 2011-2012.

la donation au musée des Confluences et le Fonds ARgile - Projet Afrique

Après avoir géré cet ensemble pendant plus de 20 ans, Camille Virot a souhaité assurer une certaine pérennité à ce projet. Le contact avec le musée des Confluences est établi à l'époque du directeur Michel Côté (1999-2010) par l’entremise des collectionneurs Denise et Michel Meynet, qui ont fait en 2001 une donation au musée de près de 700 objets d'Afrique subsaharienne. Datée de 2012 et de 2013, la donation de l’association ARgile au musée des Confluences se compose de 69 pots documentés par les relevés d'observation, carnets de voyage, fiches techniques, photographies et films. Avec le Fonds ARgile - Projet Afrique, le musée est ainsi dépositaire de l’ensemble de cette démarche singulière.

l’association et les Editions ARgile

En 1985, Camille Virot crée avec Marie-Pascaline Virot-Marini l’association et les Editions ARgile, située à Banon dans les Alpes de Haute-Provence proche de son atelier : les éditions proposent des publications épisodiques consacrées à une réflexion sur la céramique actuelle. Publié la même année, le premier titre Dossier Raku, plusieurs fois réédité et mis à jour, a largement contribué à faire connaître cette technique traditionnelle de cuisson. A la suite, les différents projets de l’association ont tous abouti à une publication avec l’idée de garder des traces et de faire partager des expériences singulières. La donation de l’association ARgile faite au musée des Confluences comprend les ouvrages suivants publiés par les Editions ARgile : Le feu brûlant (1996), La poterie africaine (2005), L’atelier Camille Virot (2009), L’atelier Kalabougou (2011). Ils sont consultables sur demande ainsi que l’ensemble du Fonds ARgile - Projet Afrique et notamment Terre africaine, dossier spécial de La Revue de la Céramique et du Verre (1994) et premier compte rendu du Projet Afrique.

le travail du céramiste et ses pièces dans les collections privées et publiques

Depuis 1976, Camille Virot partage son temps entre un travail avec des stagiaires et la poursuite d'une expression personnelle, qui s'appuie sur les données céramiques traditionnelles du raku yaki. Ses pièces sont présentes dans de nombreuses collections privées et dans les collections publiques françaises, notamment celles du Fonds national d’art contemporain, du musée des Arts décoratifs à Paris, du musée d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq, du musée des Beaux-Arts de Lyon, ainsi qu'européennes, dont le musée Ariana à Genève (musée suisse de la céramique et du verre) et le musée du Cinquantenaire à Bruxelles. Il fait partie des artistes soutenus par la Galerie de l'Ancienne Poste à Toucy dans l'Yonne, un des lieux majeurs d’exposition de céramique d’art contemporaine aujourd’hui en France.

exposition

Cette notice est publiée à l'occasion de l'exposition temporaire Potières d'Afrique (28/06/2016-30/04/2017).

"Les pots présentés ici sont de tous les jours. Ils ont été choisis un à un avec émotion, sans objectivité documentaire. Ils sont tous chargés du poids de la rencontre. Nous avons pris l’engagement de les montrer, car ils sont un Manifeste : sortis de leur contexte, loin des éclats de rire et des lumières ensablées, ils disent encore par leur présence plastique ce que fut le temps de création, acharnement quotidien à survivre, symbiose entre sens et matière, parfaite gestion des moyens et des nécessités. En effet, la céramique africaine est un rare exemple de céramique usuelle qui, dans sa fabrication, ait gardé très fortement la relation charnelle. Ces pots sont beaux comme des plantes, fruits d’une force vitale harmonisée à bras le corps..." (Camille Virot).

sources complémentaires

ouvrages de Camille Virot

filmographie de Camille Virot

  • Boula-Ibib : construction d'une grande poterie par Absatou – Foulbe/Cameroun, 60 min., 1995 (cote 2J1219).
  • Sirimou : construction d'une grande poterie par Sita – Somono, Delta intérieur du Niger, Mali, 60 min., 1999 (cote 2J1220).
  • Banibangou : construction d'une grande poterie par Méhaou, Zongo et Gambina – Zarma/Niger, 60 min., 2007 (cote 2J1221).
  • Kalabougou : construction d'une grande poterie par Sita Doumbia – Bambara/Mali, 60 min., 2010 (cote 2J1222).
  • Kalabougou 2 : les grandes cuissons – Bambara/Mali, 60 min., 2011 (cote 2J1223).
  • Gambina, Zongo et les autres … / "écrire sa vie dans la terre", 60 min., 2006 (cote 2J1224).
  • La marmite, 20 min., 2013 (cote DOC000187).

bibliographie sélective

site Internet

 

Éditeur : 
Musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
24 Mai 2016
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon, France), CC BY-SA