l'iridescence chez les colibris

 

En avril 2016, Hugo Gruson a effectué des mesures sur 28 espèces de colibris conservées au musée des Confluences.

animaux naturalisés et biodiversité

Les collections d'animaux naturalisés sont connues du grand public par l’intermédiaire des expositions dans les galeries des muséums d'histoire naturelle du monde entier. Elles nous permettent un voyage dans le temps à l’époque des grands explorateurs et nous font entrevoir une partie de l'immense diversité du vivant sur notre planète.

Ce qui est moins connu, c'est qu'une grande partie des collections n'est pas présentée mais soigneusement conservée dans les réserves des musées. En effet, les spécimens exposés se dégradent rapidement et perdent leur couleur sous l'action de la lumière et de la poussière. À l'inverse, les spécimens non exposés se conservent bien, sur plusieurs siècles, et constituent un outil formidable pour la recherche. Ainsi, les musées collaborent régulièrement avec des chercheurs de nombreuses disciplines en leur prêtant des spécimens pour différentes mesures : prélèvements ADN,  mesures de couleur, de taille, analyse de la géométrie des plumes, etc.

Malgré leur taille, aucun muséum ne dispose d’une collection exhaustive de tous les animaux présents sur Terre. Il faut alors effectuer des emprunts ou des échanges. Par exemple, bien que le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris possède la plus grande collection toutes espèces confondues en France, certaines espèces d’insectes ou d’oiseaux ne sont présentes qu’à Lyon, au musée des Confluences.

l'iridescence des colibris : l'exemple de la collection du musée des Confluences

En particulier, le musée des Confluences collabore actuellement avec des chercheurs du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE) à Montpellier. Hugo Gruson, doctorant encadré par Doris Gomez, s’intéresse ainsi aux couleurs chez les colibris. Le musée des Confluences est particulièrement adapté pour un travail sur ce groupe car il possède l’une des plus grandes collections de colibris naturalisés au monde, conservée au Centre de conservation et d'étude des collections (CCEC). Ces petits oiseaux d’Amérique présentent des couleurs aux propriétés très particulières. Selon l’angle d’observation, la couleur d’une même zone va changer : on parle de couleur iridescente.

Cette particularité soulève de nombreuses questions : comment l’iridescence est-elle générée d’un point de vue physique ? Pourquoi l’iridescence est-elle beaucoup plus répandue chez les colibris que dans les autres groupes d’oiseaux proches apparentés des colibris ? À quel moment l’iridescence est-elle apparue dans l’histoire évolutive des colibris ?  Certaines espèces ont des colorations iridescentes très peu visibles, alors que d’autres ont des colorations iridescentes très vives : à quoi sert l’iridescence chez ces oiseaux, pourrait-elle aider au camouflage comme aux parades nuptiales par exemple ?

Pour répondre à ces questions, les chercheurs du CEFE mesurent les colorations des colibris sur les différentes zones du corps et à différents angles. On mesure la coloration non pas en examinant les oiseaux à l’œil, mais en utilisant la spectrométrie, une méthode de mesure à la fois objective, quantitative et précise, qui permet d’inclure les ultraviolets (UV) auxquels les oiseaux sont sensibles mais auxquels nous sommes aveugles.

Dans une pièce au noir, la lumière émise par une lampe allant des UV au rouge est conduite via une fibre optique et éclaire une petite zone sur l’oiseau. La lumière réfléchie par les plumes est recueillie par une seconde fibre optique, qui la conduit à un spectromètre : ce dernier compte le nombre de photons reçus pour chaque longueur d’onde. En faisant le rapport entre la lumière émise et la lumière récoltée, on peut donc quantifier précisément la couleur des plumes à cet endroit. On répète l’opération en variant les angles des fibres optiques d’illumination et de collecte.

Lors de la dernière campagne de mesure en avril 2016, 28 espèces (1089 mesures) ont ainsi été mesurées au Musée des Confluences. Les analyses sont en cours. Ce travail va se poursuivre dans les prochaines années et devrait nous permettre de mieux comprendre l’origine et les fonctions de l’iridescence chez les colibris.