Musée des confluences

Collection Giordano

identification

La collection Giordano comprend 116 microscopes simples, inventoriés sous les numéros 2009.9.1 à 2009.9.116. Elle couvre une période allant de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle. Les pays représentés sont l'Angleterre, l'Allemagne, les Pays-Bas, la France et les Etats-Unis. L'Italie, incontournable pour la fabrication des lentilles, en est absente.

contexte

Raymond V. Giordano est antiquaire aux Etats-Unis, où il est spécialisé dans les instruments scientifiques. Il y a environ 50 ans, il découvre chez un  particulier un microscope simple dont les matériaux, le montage et l'efficacité l'intriguent et le fascinent : c'est le début d'une collection qui se poursuit pendant 40 ans, pour aboutir à environ 160 instruments.

En 2006, il organise une exposition de 125 d'entre eux au MIT museum à Cambridge (Etats-Unis), qui donne lieu au catalogue Singular beauty : c'est une véritable découverte pour le public et pour nombre de spécialistes, car ces instruments ne corrrespondent pas à l'image habituelle qu'on se fait des microscopes. Anthony J. Turner, historien des sciences, accompagne le musée des Confluences pour aider à créer les collections sciences et techniques : il prévient le musée de l'intérêt exceptionnel de cet ensemble. Bruno Jacomy, directeur scientifique et Laëtitia Maison-Soulard, responsable des collections, parviennent à convaincre Michel Côté et le département de se porter acquéreur. Grâce au soutien du Fonds Régional d'Acquisition des Musées et de l'Institut Mérieux, 116 microscopes sur 125 sont acquis en 2009 par le département du Rhône pour le musée des Confluences.

description

Les microscopes sont dits simples quand l’oculaire et l’objectif ne font qu’un, qu'il y ait une ou plusieurs lentilles. On peut donc observer l’objet agrandi sans inversion, sans déformation et sans défaut chromatique, ce qui en fait dès le début du XVIIe siècle des instruments très fiables et performants. Les loupes font partie des microscopes simples, mais la différence de dénomination et d'usage dépend du grossissement des lentilles : les loupes se limitent en effet à l'observation de ce qui est visible à l'oeil nu, tandis que les microscopes permettent d'observer l'invisble.

microscope de poche de Browning - crédit photo Olivier Garcin

Il s'agit dans l'ensemble de petits instruments aux matériaux divers selon les époques et les lignées de fabricants : le bois est typique d'instruments du XVIIe siècle, tandis que l'ivoire se rencontre beaucoup au XVIIIe siècle et le laiton à partir de la fin de ce même siècle. Leur finition est soignée, parfois luxueuse pour les microscopes destinés à des cabinets prestigieux. Nombre d'entre eux sont démontables et conservés dans un boîtier en galuchat (peau de poisson ou de requin) ou en bois, recouverts à l'intérieur de velours ou de soie.

Parmi les 116 microscopes, on rencontre de grands noms de la science tels que Christiaan Huygens, Louis Joblot, Charles Darwin ou François Vincent Raspail : leur pratique de l'observation les a souvent conduits à améliorer des instruments existants, à en concevoir de nouveaux ou encore à les faire fabriquer selon leurs besoins. Dès l’apparition des premiers microscopes au XVIIe siècle, les scientifiques ont souvent mené leurs observations à l’aide de plusieurs instruments de grossissements variés, qu’ils soient simples ou composés. Cependant, jusque dans les années 1850, les microscopes composés présentaient des défauts optiques importants qui en limitaient les performances. Les principales découvertes scientifiques jusqu’au milieu du XIXe siècle ont donc été le fait de microscopes simples, ce qui est peu connu.microscope de Leeuwenhoek - crédit photo Olivier Garcin

C’est avec ce type d’instrument que la quête de l’infiniment petit a connu une étape décisive, en franchissant la barrière de l’invisible grâce à un amateur éclairé, Antoni van Leeuwenhoek : ce marchand-drapier de Delft (Pays-Bas) a en effet conçu un instrument à partir des années 1670 avec lequel il a découvert des « animalcules », qui s'avèrent être des protozoaires, des spermatozoïdes ou encore des bactéries. Il a ainsi jeté les bases de la microbiologie. Mais scientifiques et amateurs observent aussi des ailes de papillons, des graines, des cellules sanguines ou encore des cristaux.

Au-delà de sa logique interne, la collection s’intègre dans l’histoire de l’institution car elle entre en résonance avec de nombreuses collections en sciences de la vie, notamment en entomologie : parmi les plus anciens spécimens, certains ont peut-être été observés et classés à l’aide de ce type de microscopes simples.

Elle permet également d'étudier le commerce des instruments scientifiques dynamisé par des concepteurs et fabricants renommés tels que John Cuff, John Ellis, les Dollond, George Lindsay, Edmond Culpeper, James Wilson, William Withering, William et Samuel Jones, Bancks, Beck and Beck, Charles Chevalier, Nachet ou encore Bausch & Lomb.

La collection mériterait une étude optique complète pour étudier les types de lentilles, leur grossissement et leurs matériaux, qui sont eux aussi divers : verre taillé et poli de différentes manières (sphérule de verre, lentilles de Stanhope ou de Coddington), cristal de roche, etc.

conditions d'accès et d'utilisation

79 microscopes ont été sélectionnés pour l'exposition Espèces, où ils sont présentés dans une vitrine consacrée à la frontière "homme-animal" dans la culture occidentale : contrairement à d'autres cultures où les rapports au sein du vivant sont plus harmonieux, elle instaure en effet une séparation radicale entre nature et culture, où les non-humains deviennent un objet d'étude. Grâce aux observations de scientifiques et d'amateurs, les microscopes accompagnent le développement de la pensée scientifique : décrire, classer, nommer le vivant, c'est le maîtriser et le mettre à distance.

Le reste de la collection est conservé au CCEC, où les instruments sont accessibles sur demande auprès du responsable des collections scientifiques et techniques.

sources complémentaires

autres collections du musée des Confluences

  •       Collections d'entomologie
  •       Collections de botanique
  •       Collections de minéralogie

autres collections en France

  •       Muséum Henri-Lecoq à Clermont-Ferrand : voir notamment l'exposition Infiniment petit.

autres collections en Europe

bibliographie sélective

  • BOUTIBONNES Philippe, Van Leeuwenhoek, l’exercice du regard, Paris, Belin, 1994, collection « Un savant, une époque », 336 p.
  • BOUTIBONNES Philippe, « L'œil de Leeuwenhoek et l'invention de la microscopie », in Alliage n°39, 1999. Consultable en ligne : http://www.tribunes.com/tribune/alliage/39/boutibonnes_39.htm
  • COLL., Voir l’infiniment petit : des instruments du Musée d’histoire des sciences retracent les grandes étapes de la microscopie, Genève, Musée d’histoire des sciences, dossier documentaire, octobre 2008.
  • COUPIN Henri, Ce qu’on peut voir avec un petit microscope, Paris, éditions de Francia, 1944, 133 p., dix planches renfermant 263 figures.
  • COUVREUR E., Le microscope et ses applications à l’étude des végétaux et des animaux, Paris, Librairie J.-B. Baillière et fils, 1888, 350 p. 112 ill.
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  • ELLIS John, Essai sur l’histoire naturelle des corallines, Hondt, 1754.
  • FOURNIER Marian, Early microscopes : a descriptive catalogue, Leiden, Museum Boerhaave, 2003.
  • GIORDANO Raymond V., Singular Beauty : simple microscopes from the Giordano collection, catologue of an exhibition at the MIT Museum September 1st 2006 to June 30th 2007, Cambridge, MIT museum, 2006.
  • GIORDANO Raymond V., The Discoverers’Lens : a photographic history of the simple microscopes (1680-1880), Tallmadge, Classical Science Press, 2012.
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  • TURNER G. L’E., Collecting microscopes, New-York, Christie’s international collectors series, 1981.
  • TURNER G. L’E., The great age of the microscope : the collection of the Royal Microscopical Society through 150 years, Bristol, IOP publishing ltd, 1989.
  • VAN SETERS W.H., « Shagreen » on old microscopes, dans Journal of the Royal Microscopical Society, 1951, vol. LXXI, p. 433-439.

 


 

Éditeur : 
musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
20 Janvier 2015
Crédits : 
musée des Confluences (Lyon, France)