les activités scientifiques en malacologie

Avec un demi-million de spécimens et des collections historiques et scientifiques de première importance, les collections de malacologie du musée des Confluences offrent aux chercheurs français et étrangers une base de travail très importante, parfois incontournable lorsqu’il s’agit de consulter les spécimens-types d’espèces n’existant nulle part ailleurs.

Ces collections demeurent encore peu connues du monde scientifique, malgré une meilleure communication à partir des années 2000. Ainsi, le séminaire dédié aux mollusques continentaux, organisé à Lyon les 15 et 16 mars 2003 – soit quatre mois après l’inauguration du Centre de conservation et d’étude des collections – fut l’occasion de mieux les faire connaître. C’est dans ce même esprit que 2007 voit la double parution d’un fascicule des Cahiers scientifiques dédié aux collections malacologiques à destination du public spécialisé, et d’un livret sur les Escargots et limaces de Rhône-Alpes à destination du grand public. Cet opuscule, dont les dernières pages sont consacrées aux collections, fait par ailleurs un lien implicite entre la conservation des collections dans les musées et celle des espèces dans la nature.

Des partenariats avec l’ENS de Lyon (qui détient des collections historiques et pédagogiques) et l’Université Claude Bernard-Lyon 1 (collections historiques comme la collection Rebours) ont été aussi l’occasion d’échanges autour de la problématique des collections de coquilles et de sensibilisation des étudiants à la gestion de ces collections. Plusieurs séances destinées à la gestion et à la valorisation des collections ont été organisées à l’ENS et durant plusieurs années, de nombreux étudiants sont venus, en retour, participer à des missions d’inventaire et de récolement au musée des Confluences.

Nous présentons quelques thématiques et axes de recherche actuels en lien avec les collections malacologiques du musée des Confluences.

les spécimens-types de Michaud et Terver

Les collections historiques de Michaud et de Terver, deux malacologistes de la première moitié du XIXe siècle, sont particulièrement demandées à cause des types qu’elles renferment. Plusieurs des espèces décrites par ces auteurs sont fondamentales, soit parce qu’elles correspondent à des espèces largement distribuées ou très connues dans le monde malacologique, soit parce qu’elles servent à caractériser des genres tel l’Helix alabastrites de Michaud, espèce-type du genre Alabastrina. Lothar Forcart en 1954 consultait déjà ces collections à la recherche du type de l’Helix nitens décrit par Michaud.

Une partie des types des espèces marines a été révisée par Franck Boyer et les types de plusieurs espèces ont été sollicités pour différentes études : Helix boissyi (†Wolfgang Graack), Helix cariosula et dupoteti (Alberto Martinez-Ortí, Museu Valencià d'Història Natural, Espagne), Gibbula serratilinea (Antonio Callea et Roberto Martignoni, Museo Zoologico « La Specola », Université de Florence, Italie), ou Pleurotoma philberti (Giannuzzi Savelli, Palerme, Italie).

la faune algérienne

Les travaux de Michaud et Terver sont considérés comme fondateurs pour la connaissance de la malacofaune continentale d’Algérie. Les espèces décrites par ces auteurs ont été et font l’objet de recherches particulières dans le cadre de la révision des mollusques d’Afrique du Nord, menée par Eike Neubert (Naturhistorisches Museum Bern, Berne, Suisse) en collaboration avec des malacologistes marocains, algériens et tunisiens, comme Intidhar Abbès (Université de Tunis, Tunisie). Une série très importante de publications est en cours, s’appuyant lorsque cela est nécessaire sur les précieuses collections de Michaud et de Terver.

les mollusques « stygobies »

Les Hydrobiidae et les Moitessieriidae sont des familles regroupant de très petits mollusques d’eau douce, dont beaucoup vivent dans les milieux souterrains (espèces stygobies). La découverte de ces petites espèces, certaines ayant des formes très particulières, au niveau des résurgences, dans les puits ou les fontaines, a suscité l’engouement de nombreux malacologistes dès le milieu du XIXe siècle avec les études de Bourguignat, de Locard, de Paladilhe, de Nicolas et de Coutagne (les collections de ces deux derniers sont au musée des Confluences). Après une longue interruption, leur étude a de nouveau marqué l’intérêt des malacologistes à la faveur de nouvelles méthodes d’exploration et des techniques d’extraction améliorées du sédiment (pompe Bou-Rouch, immersion et récupération du surnageant à l’étamine, etc.). De nombreuses nouvelles espèces ont été découvertes et cette activité ragaillardie par des découvertes inédites, à partir des années 1980, se poursuit encore aujourd’hui.

Les types des nombreuses « Lartetia » de la collection Nicolas ont été étudiés par Gerhard Falkner (Bayerische Staatssammlung für Paläontologie und historische Geologie, Hetlingen, Allemagne) et Hans D. Boeters (München, Allemagne), les spécimens ont été microphotographiés par Peter Glöer (Hetlingen, Allemagne) et les résultats publiés dans la revue Heldia.

Plus récemment, les Moitessieria de l’ensemble des collections ont été entièrement révisées par Jordi Corbella et Glòria Guillén (Espagne). D’autres recherches de spécimens-types de mollusques stygobies ont été entreprises pour nos collègues Alain Bertrand, dans le cadre de l’Atlas préliminaire de répartition géographique des mollusques stygobies de la faune de France, et Henri Girardi, pour ses études sur les Hydrobioïdes, en particulier dans la collection Sayn.

études taxinomiques et faunistiques diverses

La révision de groupes taxinomiques nécessite parfois de voir de très nombreux exemplaires provenant de multiples localités ; les scientifiques, outre leurs collectes personnelles, font alors appel aux musées pour élargir leur corpus de données. Signalons par exemple la révision des Trochulus par Aline Dépraz (Université de Lausanne, Suisse), des Rumina par Vanya Prevot (Institut royal des Sciences naturelles, Belgique) ou des Pyramidula par Francisco Welter-Schultes (Zoologisches Institut der Universität, Goettingen, Allemagne), trois genres de mollusques terrestres.

Des espèces rares ou peu connues sont également l’objet de demandes particulières : Gyraulus riparius et Myxas glutinosa (Jaroslav Picka, République Tchèque) ou Coelostele cylindrata (Cédric Audibert) le musée des Confluences étant l’un des rares lieux où peut être observée cette espèce, originaire de Turquie et jamais revue depuis sa description il y a plus d’un siècle (coll. Coutagne).

Des études portant sur le polymorphisme des mollusques, comme les Cepaea par Sandrine Heusser, ou sur la répartition géographique des espèces (ex. Trissexodontidae, par Alain Bertrand) ne se font pas sans l’étude de nombreux spécimens.

études muséologiques et histoire des sciences

Au croisement de la science, de l’histoire et de la muséologie, les catalogues raisonnés valorisent les collections en mettant l’accent sur l’abondance du matériel, la variété des espèces représentées et des localités d’où elles proviennent, ou en faisant ressortir les pièces les plus remarquables au point de vue historique et scientifique. Ces catalogues raisonnés peuvent être réalisés par collection nominale telles les études sur les collections Michaud et Terver déjà mentionnées, par provenance géographique comme celle portant sur le matériel de Turquie (Cédric Audibert) ou par systématique, comme la révision intégrale des moules d’eau douce américaines par Arthur Bogan (North Carolina Museum of Natural Sciences, Etats-Unis) dont une partie a été publiée dans les Cahiers scientifiques. L’étude des Moitessieria par Jordi Corbella relève aussi de cette dernière catégorie, de même que celle menée actuellement sur les Sphaeriidae par Jacques Mouthon.

Certaines études combinent plusieurs approches : à la fois systématique, géographique et nominative, telle l’étude très limitée au matériel typique provenant des Açores et décrits par Morelet et Drouët (António Manual de Frias Martins, Universidade de Lisboa, Lisbonne, Portugal).

Parfois ce sont les archives associées aux collections qui sont consultées. C’est ainsi que les limaces énigmatiques Krinickia lumbricoides et Arion provincialis décrites par Coutagne ont fait l’objet d’une demande documentaire (dessins aquarellés de l’auteur), les spécimens originaux ayant disparu ou restant peu exploitables (Daniel Pavon). Enfin des études biographiques de malacologues, et s’appuyant en partie sur les collections ou les archives du musée des Confluences, ont été réalisées : l’Abbé Dupuy (par Henri Cap), Eugène Caziot (par Bernard Rousselet), Georges Coutagne (par Cédric Audibert et Frédéric Vivien), Eugène Nicollon (par Jean Vimpère) et Victor Demange (par Delphine Souvay). Certaines ont été publiées sous forme de monographies.

Dans le même esprit, une étude en cours porte sur les collecteurs recensés dans quelques grandes collections du musée des Confluences (Michaud, Coutagne, Roüast, Sayn et Nicolas) : elle a pour objectifs de mieux documenter les collecteurs et d’avoir une vue synoptique des réseaux d’échange existant entre malacologistes au XIXe siècle. Ce travail constitue le sujet de stage de Julia Rance, étudiante en licence Sciences et Technologies à Lyon.

L’ensemble des collections a fait l’objet d’un audit global lors du récolement décennal des collections en 2014, faisant suite au travail de documentation réalisé depuis dix années par Cédric Audibert et Joël Clary et qui avait abouti en 2007 à la publication d’un catalogue général des collections.

conclusion et perspectives

La quantité de matériel et la richesse des collections du musée des Confluences nécessitent un travail préalable de classement et d’inventaire, de recherche et de documentation absolument considérable. Sans l’aide de bénévoles, de stagiaires et de vacataires, les collections ne seraient pas aux trois-quarts inventoriées, numérotées, conditionnées et localisées au portoir ; elles ne seraient pas, pour la partie inventoriée, aux 9/10e récolées sans l’intervention de prestataires extérieurs, la plupart étudiants en Licence professionnelle ayant une option en conservation du patrimoine. Sans l’intervention des chercheurs, elles ne seraient pas valorisées au plan scientifique ou historique. Le travail qui reste à accomplir va bien au-delà de la gestion muséale et de l’inventaire : il s’inscrit dans une démarche d’actualisation permanente des données en lien avec les progrès de la connaissance et dans l’objectif d’une gestion rigoureuse et d’une documentation précise des lots pour une exploitation scientifique optimale. C’est cette rigueur de gestion dans le respect des collections qui est à la base de leur réputation croissante dans le monde malacologique, incitant des malacologistes tels Alain Bertrand à souhaiter voir sa collection être un jour aux côtés de celles de Sayn ou de Coutagne.

On ne peut qu’espérer voir la malacologie progresser sur ses trois axes de développement principaux : la gestion et l’inventaire avec la participation de bénévoles, d’étudiants, de chercheurs en retraite, la recherche documentaire et la recherche scientifique (taxinomie, histoire des sciences, etc.).