Musée des confluences

Rhytine de Steller

 

description

La rhytine (Hydrodamalis gigas) "ressemble aux phoques par sa région antérieure, et aux baleines et dauphins par sa région postérieure et sa queue" selon Steller, médecin et naturaliste, membre de l'expédition qui l'a découverte. Ce mammifère marin mesure 7 à 9 m de long. Il a aussi été nommé vache de mer car il broutait des algues qu'il broyait au moyen de deux plaques cornées pourvues de crêtes et de sillons ; ces plaques étaient dénuées de dents et attachées au palais et à la mâchoire inférieure.

Il est possible que les sirènes aient un lien avec les rhytines. Chez Homère, il s'agissait de redoutables femmes à corps d'oiseaux ; en Europe du Nord, les sirènes étaient des femmes fatales à queue de poisson. Des traditions nombreuses et diverses se sont télescopées, aboutissant à une légende très composite. Le seul point commun entre toutes les sirènes est leur caractère marin. Des navigateurs, obnubilés par l'absence de femme dans leur entourage des mois durant, ont pu voir dans la rhytine (ou une espèce voisine) la sirène pisciforme. Des animaux marins si patauds et si gras, bizarrement, peuvent véhiculer une certaine sensualité tant par leur peau tendue, sans écailles, que par les deux mamelles thoraciques des femelles. D'autant que certaines d'entre elles pressent leurs petits sur leur poitrine, en les enveloppant de leurs nageoires antérieures pour les faire téter, attitude qui évoque fortement celle d'une mère humaine. C'est ainsi que l'imagination des marins, frappée à la vue de ces bêtes bien réelles, aurait, au fil des siècles, réussi un tour de force : transformer des animaux lourds en êtres aquatiques dangereux par leurs charmes. Ce qu'évoque le nom du groupe auquel appartient la rhytine : les Siréniens.

Remarquable pour son lard épais et goûteux et sa peau d'une solidité extraordinaire, qui servait à confectionner des embarcations légères, ce mammifère marin fut l'objet d'une chasse funeste : trente ans ont suffi aux hommes pour exterminer cette espèce dans les Îles du Commandeur (mer de Béring) où elle vivait.

Le squelette du musée des Confluences est complet.

précisions

Il est précisé au livre d'entrée que ce squelette de rhytine entre en collection le 3 mai 1898 : " Reçu du Havre, squelette de Rhytine", par l'intermédiaire de monsieur De Lalande, qui donne aussi au musée en 1895 un crâne et une mâchoire de rhytine : "Un crâne de Rhytina stelleri de l'île du Commandeur (Behring Island) et une mâchoire supérieure et inférieure".

histoire

"La Rhytine vivait sur l'archipel des îles du Commandeur et en particulier sur l'île de Béring. Elle fut totalement exterminée en 1768. Un siècle plus tard, en 1878-79, l'explorateur suédois Nordenskiöld recueillit plusieurs caisses d'ossements, suivi par les Américains.

En 1896, Alexandre Laurence de Lalande, consul de France à San Francisco, entreprit d'obtenir un squelette complet pour le muséum de Lyon. C'est son collègue, le consul impérial de Russie, Vladimir Artsimovitch, qui se chargea d'obtenir le squelette auprès de Nicolas Prebnitsky, gouverneur des îles du Commandeur.

Le squelette a vécu des heures difficiles : le transport devait se faire à bord d'un navire russe jusqu'à Port Saïd pour être relayé par un bateau français. Mais, de négociations en tribulations, la Rhytine mit près de deux ans pour enfin arriver à Lyon, en 1898. Il ressort de la correspondance entre les consuls et le muséum que le squelette a d'abord gagné Vladivostok ; ensuite a-t-il pris la voie de terre (transsibérien) ou plus probablement la voie maritime mais jusqu'à Odessa, sans s'arrêter à Port Saïd ? Il ne reste plus de trace écrite permettant de lever le doute.

L'essentiel est, aujourd'hui, qu'il existe un squelette complet au muséum de Lyon parmi les rares qui subsistent à travers le monde."

Texte de Michel Philippe, extrait de : Clary J., Philippe, M., Roy L., 2000 - Histoires naturelles, Des objets qui racontent l’histoire, Lyon, EMCC, Conseil général du Rhône.

exposition

La rhytine est présentée dans l'exposition Espèces, la maille du vivant.

L’être humain et ses activités sont mis en cause dans la disparition de nombreuses espèces. Pression démographique, surexploitation des ressources vivantes, destruction des habitats naturels, pollutions, introduction d’espèces et mondialisation des faunes et des flores en sont les causes principales. À partir de sa découverte en 1741, les navigateurs ont fait des hécatombes de ce paisible mammifère marin pour sa viande, sa graisse et sa peau. Seulement 27 ans auront suffi pour exterminer le plus grand des siréniens, dont ne subsistent aujourd’hui que quelques rares squelettes à travers le monde.

Le maintien démographique d'autres espèces subissant les mêmes pressions est constaté, notamment chez le dugong. Même si le dugong est uen espèce vulnérable en voie de disparition dans pluieurs régions du globe, il est présent de manière contante sur les cotes du nord-est autsralien. Ce maintient paraît résulter du lien étroit entretenu entre le dugong et les populations locales. La pêche rituelle dont est l'objet le dugong semble garantir la préservation durable de l'espèce.

bibliographie sélective

  • Clary J., Philippe, M., Roy L., 2000 - Histoires naturelles, Des objets qui racontent l’histoire, Lyon, EMCC, Conseil général du Rhône.
  • Gaspard-David Elise, 1994 - L'homme et les animaux disparus, Lyon, ARPPAM, p. 15-19.
  • Jousse Hélène, Guérin Claude, Philippe Michel, 2006 - "Les rhytines de Steller (Mammalia, Sirenia, Dugongidae) du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon", Les cahiers scientifiques du muséum d'histoire naturelle de Lyon, fascicule 10, p. 5-49.
Modifié le : 
5 Mars 2015
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon, France)