Préserver les spécimens, le paraffinage des coquilles

Les coquilles des mollusques sont constituées de couches de cristaux d’aragonite et de calcite (d’origine minérale) et d’une protéine fibreuse, la conchyoline (d’origine organique) qui leur sert de matrice. Cette protéine est structurellement proche de la chitine dont est fait la cuticule des insectes, et de la kératine qui remplace la chitine chez les Vertébrés. La cuticule ou périostracum, qui recouvre bon nombre de coquilles comme les mulettes (Margaritifera), est essentiellement constituée par cette protéine et a un aspect corné caractéristique. Elle est fragile et relativement souple, sauf lorsqu’elle se dessèche : les protéines perdant leur propriété fibreuse et élastique par rupture des liaisons hydrogène, le périostracum devient cassant, se fissure puis s’écaille par les contraintes liées à la rétractation.

Les spécimens de collection ont besoin, pour être préservés, d’être régulièrement « graissés » afin que la conchyoline retrouve son élasticité en rétablissant les liaisons hydrogène à la base de sa structure fibreuse. La conchyoline « gonfle » et retrouve alors une partie de sa souplesse mais bien évidemment, les fissures ne sont pas réparées. La cosmétologie procède de même avec la kératine en utilisant des baumes gras et autres crèmes hydratantes à base de vaseline. Pour le périostracum des coquilles, nous utilisons indifféremment l’huile de paraffine ou l’huile de vaseline.

La collection Georges Coutagne au musée des Confluences comprend un plateau entier d’une espèce en danger critique d’extinction, la « grande Mulette ». Les exemplaires proviennent de la Saône où l'espèce n’a jamais été revue. Il est important de préserver ces spécimens qui témoignent de sa présence dans le bassin du Rhône il y a plus d’un siècle – les plus grands individus récoltés dépassent les 18 cm de largeur.

Extraits des caisses arrivées au musée en 2006, les spécimens ont été paraffinés, probablement pour la première fois depuis leur découverte en 1879.

 

Les mulettes de la boîte de gauche vaselinées vs celles de droite non encore traitées

 

Certains exemplaires présentent une surface entièrement craquelée ; graissage et recollage à la colle de poisson des éléments tombés sont les seules actions réalisables facilement.

Détail des craquelures du périostracum

 

L’application de la vaseline ou de la paraffine s’effectue avec un pinceau à poils doux dans le sens du développement de la coquille : pour les bivalves, en suivant les stries concentriques d’accroissement, ou par tamponnage dans les zones fragiles, cassantes ou très craquelées.

Paraffinage

 

Si certains exemplaires ont été très abimés, la plupart ont retrouvé une certaine jeunesse… L’opération devra cependant être reconduite régulièrement pour leur bonne conservation.

Margaritifera auricularia, exemplaire-témoin de sa présence dans la Saône en 1879