Musée des confluences

Machine à chiffrer

 

utilisation

L'art de chiffrer des messages pour les rendre secrets, ou cryptographie, existe au moins depuis l'Antiquité égyptienne vers 1900 avant notre ère, quand un scribe utilisa de faux hiéroglyphes pour masquer le contenu d'un texte. Depuis lors, la nécessité d'assurer la sécurité des échanges dans les milieux diplomatiques et militaires n'a cessé de favoriser le développement de la cryptographie, à l'aide de codes de plus en plus sophistiqués puis de machines spécifiques.

Avant et pendant la seconde guerre mondiale, les machines à chiffrer ont joué un rôle stratégique important, notamment lorsque les Alliés ont réussi à casser le code de la machine allemande Enigma, avec l'aide des Polonais : l'un des protagonistes les plus fameux de cet exploit est le Britannique Alan Turing (1912-1954), qui intègre dès avant la déclaration de guerre le projet secret de cryptanalyse à Bletchley Park.

De nombreux cryptographes se sont reconvertis après guerre dans les services de renseignements des différents pays : ce modèle américain a ainsi été produit par l'ancêtre de la National Security Agency (NSA) pour sécuriser les communications entre les membres de l'OTAN, dans le contexte de la guerre froide. 20 000 exemplaires ont été produits et mis en service dans les différents pays de l'OTAN.

Dès le milieu des années 1960, sa conception était obsolète : elle n'a cependant été définitivement retirée qu'au milieu des années 1980, après qu'un exemplaire a été transmis aux Soviétiques.

description

La machine à chiffrer de type TSEC/KLB-7 est composée d'une valise de transport en 2 parties et de la machine proprement dite. Cette dernière se présente comme une machine à écrire portable et comporte 8 rotors montés sur cylindres masqués sous un capot, dont 7 sont en mouvement et présentent chacun 36 points de contact. Sur cet exemplaire, les rotors sont manquants et la valise verte de transport est probablement postérieure à la machine.

Cette machine à chiffrer est issue du modèle KL-7 créé à la fin des années 1940 et produit à partir de 1952 : elle était appelée Adonis ou Pollux, dans la lignée de célèbres appareils de cryptage comme l'Enigma allemande. Dans les années 1960, nombre de ces machines ont été renommées afin de se conformer à la nouvelle nomenclature TSEC (pour Telecommunication security) : le 1er modèle KL-7 de l'Armed Forces Security Agency (AFSA) est donc devenu la KLB-7 de la National Security Agency (NSA). Une machine similaire est présentée au National Cryptologic Museum, le musée de la NSA, situé dans le Maryland aux Etats-Unis.

N° de série : National Security Agency - KLB-7/TSEC - NON-REG N°76528 (sur l'avant de la machine).

exposition

  • La machine à chiffrer est présentée dans l'exposition permanente Sociétés.

La cryptographie et l'informatique sont liées de différentes manières : les premiers ordinateurs ont permis de casser les codes des machines à chiffrer, dont le fonctionnement est électromécanique. Inversement, à l'heure de l'explosion des échanges informatiques, les clés de cryptage sont désormais dématérialisées et visent à garantir la sécurité et l'authenticité des messages, tout en préservant la vie privée.

L'objet est présenté dans la partie consacrée aux échanges et à la mise en réseau des savoirs, avec deux autres objets sciences et techniques : un accélérateur de particules et un Micral N. Les sciences et techniques ne peuvent en effet se concevoir sans échanges : idées, connaissances, instruments ou encore outils virculent et s'adaptent dans le temps et l'espace, comme en témoignent par exemple la boussole chinoise, la mécanique grecque ou les mathématiques arabes. Le rythme et la nature de ces échanges dépendent étroitement du contexte de production des savoirs, entre secret et partage. Avec l’essor de réseaux numériques mondialisés, les échanges entre chercheurs, ingénieurs et citoyens ont connu une accélération sans précédent, modifiant dans le même temps pratiques et enjeux : inflation des données et traitement en temps réel posent la question de la maîtrise des savoirs scientifiques et techniques, de leur conception à leurs conséquences.

La présence de ces trois objets correspond également à une thématique qui était davantage développée dans des versions précédentes de l'exposition. Il s'agissait de montrer l'importance du militaire dans la recherche et l'innovation, menées au sein de projets confidentiels et stratégiques, avant d'aboutir parfois à des applications quotidiennes : c'est le cas d'Internet par exemple, issu du réseau militaire Arpanet, du GPS, ou de matériaux innovants comme le titane.

  • La machine à chiffrer fait également écho à l'exposition L'art et la machine présentée au musée des Confluences (13/10/2015-24/01/2016).

sources complémentaires

bibliographie sélective

  • Jorion Paul, "Turing ou la tentation de comprendre", in L'Homme n°153, 2000, p. 251-268 [consulté le 27/09/2016].
  • Stern Jacques, La science du secret, Paris, Odile Jacob, coll. « Sciences »,1998, 203 p.

liens

  • site du National Cryptologic Museum.
  • site de Jerry Proc sur ce modèle de machine à chiffrer.
  • Van Waerebeke Denis, Comment les maths ont vaincu Hitler - La drôle de guerre d'Alan Turing, 2014. Documentaire diffusé le 6/06/2014 à 21H45 sur Arte, accompagné d'un dossier sur le site d'Arte : infographie sur la vie et l’œuvre d'Alan Turing, histoire de la cryptologie, débat.
  • Codebreaker - Alan Turing's life and legacy, exposition au Science Museum de Londres (21/06/2012-20/10/2013).
  • dossier documentaire de la Cité des Sciences - Bibliothèque des Sciences et de l'Industrie sur Alan Turing [consulté le 27/09/2016].
Éditeur : 
Musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
1 Mars 2015
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon, France), dépôt d'Universcience – collections muséologiques,