Musée des confluences
Vincent Cuisset
Taxidermiste, Ostéologue, Sculpteur

Ma première visite commence tout naturellement par l'exposition consacrée à Émile Guimet, l'origine, l'ADN du Musée des Confluences !
Coup de cœur immédiat pour cette surprenante et astucieuse mise en scène de Marianne Klapisch et Mitia Claisse, qui se dévoile peu à peu, par jeux de cache, grâce à cette toile, alternant réverbérations et transparence. Comme un songe, un tour de magie, une hallucination.

Grand coup de cœur suivant pour le cabinet de curiosités et sa Chambre des Merveilles si bien nommée.

Avec une note particulière pour cette fresque atypique de poissons naturalisés : je sais combien l'art de l'ichtyo-taxidermie est parmi les plus délicats et difficiles ! J'apprécie ce visuel parfaitement réussi, tant par l'originalité de sa présentation que par la qualité des mises en couleur et l'esthétique de chacune des naturalisations de poissons.

Vient ensuite la salle Origines, les récits du monde, avec dès l'entrée un frisson, un face à face intimidant, imposant et hors de proportions : je me sens si petit, si vulnérable, comme une proie fragile devant ce gigantesque squelette fossile de Camarasaurus. À l'aide de son long cou, en courbe harmonieuse, il vient au-devant du spectateur.
Ce premier émoi surmonté, malgré les 155,6 millions d'années qui nous séparent, je ne peux m'empêcher de rêver que peut-être, certains de ses congénères ou lointains cousins demeurent toujours cachés, bien vivants. Je songe tout particulièrement à ce mystérieux dragon africain au long cou, qui habiterait les rivières inhospitalières et reculées d'Afrique centrale, à ce fameux "Mokélé-mbembé" que le cryptologue Michel Ballot cherche sans relâche depuis dix ans, recensant les nombreux témoignages des Pygmées, qui depuis plus d'un siècle, suggèrent l'existence jusqu'à nos jours de ce dernier dinosaure... (Cf. À la recherche du Mokélé-mbembé de Michel Ballot aux Editions du Trésor.)

Je découvre avec plaisir la  grande salle Espèces, la maille du vivant et retrouve Sophie la girafe, en compagnie de bon nombre de grands mammifères naturalisés. Ils sont tous de très belle facture... mon œil de taxidermiste y est particulièrement sensible !

Mais je suis attristé et ému devant la vitrine des espèces disparues, parmi lesquelles ce Dodo, l'oiseau emblème de l'Île Maurice ; je reconnais ce très rare squelette, celui-là même dont s'est servi Camille Renversade lors de son projet de reconstitution (un écorché des plus fidèles, auquel j'ai eu le plaisir d'apporter conseils et aide pour l'habillage en plumes de dindon).
 
Il y a aussi ce Thylacine naturalisé, semblable à celui du Muséum de Paris, que j'ai contribué à restaurer voici quelques temps, et qui m'a particulièrement touché ! Il ne reste que quelques vieux films de ces derniers loups de Tasmanie en captivité, juste avant leur extinction en 1936. L'irréparable a été commis pour ces espèces, et combien d'autres encore ? 
Cette vitrine est à mon sens la plus importante de toutes, de par son impact émotionnel et l'importance du message de sensibilisation qu'elle transmet ; sur un sujet aussi vital et fragile que celui de la biodiversité, l'éclairage du Musée des Confluences est donc très précieux ! 
 
Crédit photo : Jean-Marc Halitim