Musée des confluences

Double rouleau en plumes rouges

 

description

Cette monnaie, ou tevau en langue vernaculaire, est constituée de plus de 50 000 plumes de Myzomela cardinalis, oiseau passereau des forêts de l’île Ndende en Mélanésie. Témoin d'une tradition familiale séculaire transmise de père en fils et d'un savoir-faire technique très complexe, sa fabrication représente plus de 700 heures de travail et requiert la participation de trois types de spécialistes : les chasseurs d'oiseaux, les fabricants de la bande de plumes et les assembleurs du rouleau monnaie. Les plumes sont collées avec de la gomme de mûrier en plaquettes, elles-mêmes assemblées avec de la fibre d'hibiscus pour former une bande de plusieurs mètres de long. La fibre nattée s'enroule à ses deux extrémités autour d'une bande d'écorce concentrique de banian. Graines et coquillages  ornent les rouleaux. Sur l'envers de la bande figure un motif géométrique fait de fibres noircies, signature du fabricant de la monnaie. A l'intérieur de chacun des rouleaux, une inscription, AIM et PP, dont la signification reste incertaine.

Jusque dans les années 1920, le tevau était la base des échanges entre les îles. Il permettait d'acquérir des personnes, épouse ou concubine, ou des biens de valeur, pirogue de haute mer... Avec l'installation des missions religieuses et le renforcement de l'administration coloniale, la monnaie de plumes a été remplacée par la monnaie papier. Des rouleaux continuèrent cependant à circuler jusqu'à la fin du siècle dernier pour les compensations, les dots et l'organisation d'importantes cérémonies.

Cet objet a été acquis par le muséum d'histoire naturelle de Lyon en 2002 dans le cadre du développement de la collection de monnaies océaniennes.

exposition

Cet objet est présenté dans l'exposition permanente Sociétés, le théâtre des hommes dans la partie intitulée Echanger, évaluer, hiérarchiser.

Au-delà de l’acte économique, l’échange de biens peut revêtir une dimension sociale, affective et même politique. En Océanie, à la différence du système monétaire occidental, les personnes sont liées entre elles par des échanges qui réaffirment ou déstabilisent les hiérarchies. Ces échanges sont régis par des pratiques d’évaluation et règles d’équivalence entre plusieurs biens qui fonctionnent simultanément comme des objets utilitaires et comme des monnaies. Par l’accumulation, la redistribution ou la thésaurisation de monnaies se font, se défont et s’expriment ici clairement les pouvoirs.

Cette monnaie est plus précisément présentée sur le plateau de collections qui aborde la thématique de l'échange en Océanie. Pour compenser le départ de la future épouse, la famille du marié donne des biens précieux et ouvragés à la famille de l’épouse. Ces monnaies, par leur facture, manifestent le prestige des clans ainsi alliés. Elles peuvent aussi s’échanger lors de funérailles pour compenser la perte du défunt.

Exchanging, organising, prioritising

More than being just an economic act, the exchange of goods can have a social, emotional and even a political dimension. In Oceania, in a change from the way the western monetary system operates, people are bound together by exchanges that reaffirm or destabilise hierarchies. These exchanges are governed by assessment practices and rules of equivalence related to several goods that have a dual role; they act as utilitarian objects and as currency. Power is created, undermined or clearly wielded here through the accumulation, redistribution or hoarding of currencies.

To compensate for the departure of the future bride, the husband’s family gives precious goods and crafts to the wife’s family. These currencies, because of their craftsmanship, serve to demonstrate the prestige of the clans thus allied. They may also be exchanged during funerals to compensate for the loss of the deceased.

bibliographie sélective

  • Coupaye L., Terres d'Échanges. Les collections publiques océaniennes en Aquitaine, Editions Musée du Périgord, 1998 (cote 5401).
  • Le Roux G., Monnaie de plume de Santa-Cruz. Melandri M. & Revolon S. Eclat des ombres. Arts en noir et blanc des Îles Salomon, musée du quai Branly, pp.120-121, 2014 (cote DOC000188).
  • Vanderstraete A., Monnaies objets d'échange - Afrique - Asie - Océanie, Ed. Somogy/Musée Barbier-Mueller, 2016, pp.129-132, 194 (cote 12392).
  • Waite D., Conru K., Trésors des îles Salomon. La collection Conru, Editions 5 Continents, 2008 (cote 10303).

 

Éditeur : 
Musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
4 Juillet 2016
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon, France)