Musée des confluences

Fermenteur Frenkel

 

utilisation

Ce fermenteur Frenkel provient de l'entreprise Merial, où il a servi à produire en quantité des vaccins contre la fièvre aphteuse (Foot-and-Mouth disease, FMD).

Cette maladie virale très contagieuse, qui touche certains animaux (bovins, moutons, chèvres, porcs, etc.), entraîne des épizooties importantes dans les troupeaux, qu’il faut abattre rapidement pour tenter de limiter la contagion. Dans les années 1930 à 1970, la fièvre aphteuse atteint l’Europe, le Botswana, le Brésil, l’Iran et d’autres pays, dont la production et l’exportation d’animaux sont alors fortement perturbés : il s’agit donc d’un problème majeur pour la santé comme pour l’économie de ces pays.

Chercheur à l'Institut national de recherche vétérinaire créé en 1929 aux Pays-Bas, H.S. Frenkel développe dans les années 1940 une méthode de culture in vitro à grande échelle du vaccin contre la fièvre aphteuse, qui permet de produire de grandes quantités de vaccins à partir de langues bovines infectées. Les fermenteurs Frenkel sont progressivement adoptés par tous les grands laboratoires et permettent de produire suffisamment de vaccins pour éradiquer les épizooties de fièvre aphteuse.

Charles Mérieux est le fils de Marcel Mérieux, qui a fondé à Lyon en 1897 l'Institut biologique Mérieux pour élaborer et produire des vaccins humains et vétérinaires. Il rencontre H.S. Frenkel en 1934 et s'intéresse immédiatement à ses travaux ; en 1949-1950, il retourne le voir à Amsterdam peu de temps après la création de l'Institut français de la fièvre aphteuse (IFFA), afin d'adopter sa méthode et son équipement : l'entreprise Merial, qui est notamment issue de l'IFFA et de la branche santé animale de Mérieux, poursuit la production selon la méthode Frenkel. Ce fermenteur témoigne du passage d'une biologie artisanale à la production industrielle de vaccins, qui permettra la mise en place de politiques de prévention à grande échelle auprès des hommes et des animaux.

En 2009, Merial a donné ce fermenteur au musée des Confluences pour enrichir le département des sciences et techniques créé en 2005 et témoigner de l'importance des industries de la santé à Lyon.

description

Le fermenteur de type Frenkel est composé d'une cuve à enveloppe double en acier inoxydable, d'un couvercle équipé d'une vanne de remplissage et d'une sortie d'air, d'un socle qui bascule pour la remplir et la vider, et de deux montants latéraux : ces derniers comprennent le chauffage et sa régulation, le processus de refroidissement et la stérilisation, la circulation d'eau et les boutons de commande et de contrôle.

Le principe de fonctionnement comporte plusieurs étapes : des bovins non infectés sont abattus et leurs langues sont immédiatement récupérées. Les épithéliums linguaux sont ensuite infectés et maintenus en vie dans un milieu liquide à 37°C sous oxygène. Après multiplication du virus sur les épithéliums dans le milieu, la suspension virale est récoltée et centrifugée. Une seconde mise en culture pouvait être réalisée en ajoutant du milieu frais (méthode dite de multiculture). Les épithéliums sont rejetés après ouverture de la cuve et décontamination.

Le virus est alors inactivé par du formol et sert à fabriquer des doses de vaccin en quantité bien plus importante qu'avec les méthodes précédentes, notamment la méthode de Waldmann : celle-ci impliquait en effet de récupérer sur un troupeau infecté les aphtes contenant le virus pour préparer l'antigène vaccinal, ce qui rendait la production dépendante d'animaux vivants et aboutissait à des rendements très faibles.

inscriptions

  • Villanova St Priest 69 - N°212 1709 CAP 700L - Date 2 4 1969 23179 19680 - Décret du 2 avril 1926 PE 4 bar PS 2 (cuve) , Français
  • Merial

expositions

  • Le fermenteur est présenté dans l'exposition permanente Sociétés, dans la partie consacrée à la création et à l'innovation industrielle.

Chaque société définit les frontières entre santé et maladie et les moyens mis en oeuvre pour soigner. La santé met en jeu notre rapport à la vie et à ses limites, réelles ou représentées, fantasmées ou refusées. Afin de mieux lutter contre les maladies et d’en prévenir l’apparition, le monde de la santé innove, s’industrialise et produit des médicaments en masse. Il ne supprime pas pour autant l’inégalité d’accès aux soins et pose d’inévitables questions éthiques entre scandales sanitaires, demande sociale et limites à ne pas franchir.

Adossées à une longue tradition hospitalière et vétérinaire, les industries de la santé se développent dans la région lyonnaise à la fin du XIXe siècle, à partir de la chimie des colorants. Cette cuve de fermentation témoigne du passage, au milieu du XXe siècle, de la fabrication artisanale à la production industrielle des vaccins, qui a permis dans ce cas d’enrayer les épidémies de fièvre aphteuse décimant les bovins.

sources complémentaires

bibliographie sélective

  • Barteling S. J., "Foot‐and‐mouth disease vaccineproduction and research in the Netherlands", in Veterinary Quarterly, 1987, 9 : sup1, 5-15.
  • Demesttre Philippe, «A century of veterinary vaccinology : the Mérieux initiative», in Arch. Virol., 1995, 140, p. 2293-2301.
  • Dumons Bruno, «Marcel Mérieux (1870-1937), l’émergence de la bactériologie industrielle entre Saône et Rhône» in Les Cahiers d’Histoire, 1992, n°3-4, p. 327-335.
  • Frenkel H.S., «Research on foot-and-mouth disease. III. The cultivation of the virus on a practical scale in explantations of bovine tongue epithelium», Am. J. Vet. Res., 1951, 12, 187-190.
  • Lombard M., Pastoret P.-P. et Moulin A.-M. «A brief history of vaccines and vaccination», in Rev. Sci. Tech. Off. Int. Epiz., 2007, 26 (1), p. 29-48.
  • Machowiak C., Dubouclard C., Fontaine J., Roumiantzeff M., Camand R., La culture du virus de la fièvre aphteuse sur épithélium lingual de bovin en survie, nouvelle technique permettant une augmentation du rendement en virus, Commission européenne de lutte cobtre la fièvre aphteuse, réunion annuelle du groupe de rechreche FAO, 1967, 14 p.
  • Machowiak C., Dubouclard C., Favre H., Roumiantzeff M., Fontaine J., Terre J., Bornarel P., "Etude de la culture du virus de la fièvre aphteuse sur épithélium lingual de bovin en survie", perspectives actuelles, in Bull. off. int. Epiz., 1969, 71 (1-2), p. 3-45.
  • Moreau Yves (Dir.), Sans frontière entre les 2 médecines, témoignages, Marcy-l'Etoiel, Musée des sciences biologiques Docteur Mérieux, 2007, 70 p.
  • Toma B., Dufour B., Rivière J. et al. 2014, "La fièvre aphteuse", polycopié des Unités de maladies contagieuses des Ecoles vétérinaires françaises, Mérial (Lyon), 66 p.

archives

  • Don du fermenteur Frenkel par Merial, validation par la commission scientifique régionale Rhône-Alpes des collections des musées de France du 7 septembre 2009 : formulaire DRAC (7/09/2009, cote Amus841), avis favorable (6/10/2009).

collection

 

 

 

Éditeur : 
musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
12 Décembre 2014
Crédits : 
musée des Confluences (Lyon, France), don de Merial