Musée des confluences

La collection des palettes prédynastiques égyptiennes du Muséum (Lyon)

 

titre complet

La collection des palettes prédynastiques égyptiennes du Muséum (Lyon). Etude des objets (traces de fabrication et d'utilisation) et présentation des palettes et du fard prédynastiques dans leur contexte historique, archéologique, social et funéraire.

résumé

L'étude des palettes à fard prédynastiques du Muséum permet plusieurs types d'analyses : sur la technique de fabrication, sur les traces d'utilisation consécutives au broyage des pigments, et sur la présence ou non d'un dépôt de matière. L'étude technique montre que la réalisation des palettes ne répondait pas à des règles strictes : l'épaisseur, les dimensions, le traitement des surfaces, des bords et de la décoration sont variés. Les traces d'usinage final n'ont pas été masquées et leur état de conservation dépend du degré d'utilisation de l'objet. Les palettes sont fonctionnelles sur les deux faces et les traces de broyage sont caractérisées par des petites cupules (piquetage) et des stries d'écrasement du minéral. Des vestiges de pigments sont souvent rencontrés : pigment vert à base de minerai de cuivre, pigment rouge (ocre, hématite ou limonite), ou pâte blanche à brune malaxée au doigt (traces d'empreintes digitales) sur la surface de la palette. En dehors des traces de pigment ou de broyage, des vestiges d'usure par suspension sont observables dans les trous parfois prévus à cet effet et indiquent que l'objet était conçu non seulement pour la peinture corporelle mais également comme un objet de parure destiné à être porté sur l'individu qui en était le dépositaire.

Nous savons maintenant grâce aux actuelles fouilles du site d'Adaïma que ces objets, longtemps considérés comme uniquement funéraires, sont avant tout caractéristiques du monde des vivants. L'étude de leur contexte archéologique dévoile qu'ils sont identitaires et se rapportent à la peinture corporelle et à toute une symbolique complexe qui diffère en fonction de la couleur utilisée. La palette à fard évoluera jusqu'à devenir le support d'une iconographie en rapport étroit avec la propagande royale. Les palettes ornées, bien plus qu'un support, signent avant tout la mort d'un groupe d'individus investis d'un certain pouvoir récupéré par la monarchie naissante. L'intérêt de ces objets porte ainsi bien au-delà du simple maquillage, d'autant plus qu'un certain nombre seulement d'individus en possédaient. L'utilisation de pigment fait référence à toute une gamme d'interprétation : prophylaxie, médecine, protection fonctionnelle ou magique ; la palette s'avère être bien plus qu'un simple outil et l'acte même de broyer a été valorisé. Elle se définit comme une marque individuelle et sociale. Les objets qui lui sont directement associés dans les sépultures et les décorations qu'elles présentent indiquent que leur fonction est en relation avec la pratique de la magie. La palette et le fard expriment des notions directement liées au système social, magico-religieux et politique de la communauté. Bien plus qu'un outil, la palette est un objet de culture en lui-même, écartant une unique interprétation fonctionnelle. Esthétique, médecine, prophylaxie, magie et pouvoir sont autant de relectures possibles des significations anciennes.

abstract

The study of the slate cosmetic palettes of the Museum allows more than one piece of analysis : about technique of manufacture, about traces of utilization resulting from grinding pigments, and about the presence or not of a deposit of substance. The technical analysis reveals that the realization of palettes did not respond to precise rules : the thickness, the size and the treatment of the surface, of the edges and of the decoration are diversified. The traces of final manufacturing were not hidden and their state of preservation is subordinate to the utilization degree of the objects. The palettes are functional on the two faces and the grinding traces are characterized by small cupules (staking out) and scratches of mineral crushing. Remains of pigments are frequently observed : green pigment from copper ore, red pigment (hæmatite, ochre or limonite), or white or brown paste mixed with fingers on the surface of the palettes (traces of thumb-prints). Beyond the pigment or grinding traces, remains of wear by suspension are sometimes observed in the holes allowed for that purpose and reveal that the palette was conceived not only for tegumentary paint but also like an adornment intended to be weared on the individual.

Actually, we know thanks to the current excavatings and discoveries at el Adaïma that palettes, considered since a long time only as funerary objects, are characteristic of the lifetime world. The study of their archaeological context reveals that they are protective and identification objects. They relate to tegumentary paint and to a many-side symbolic which differs in function of the colour used. Slate palette evolved so far to become the support for an iconography closely linked to the royal propaganda. Those adorned palettes, being far more than a mere support, show the end of life of a group of individuals whose granted power has been taken over by the arising monarchy. Therefore, the importance of those objects goes much beyond their use in making-up, all the more since only a limited number of people would own them. The use of pigments refers to a whole range of significance : disease prevention, medicine, functional or magical protection ; the palette happens to be far more than a simple tool and the very use of grinding has been highlighted. It is defined as both an individual and a social indicator. These objects wich are closely related to it in the burial places and the adornments that are shown suggest that there is a connection between their function and the pratice of magic. Through the palette and the paint, the notions that are expressed have a direct link to the social, magical/religious and political system of the community. Far more than a tool, the palette is a cultural object, dismissing the idea of an exclusively functional signifiance. Through aesthetics, medicine, prophylaxis, magic and power, there are different potential ways of interpreting ancient forms of significance.

relation

Extr. des Cahiers scientifiques du muséum d'histoire naturelle de Lyon, fascicule 9, 2005, p. 5-63.

source

Bibliothèque du musée des Confluences.

 

 

Éditeur : 
Musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
15 Janvier 2015
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon, France)