Musée des confluences

La DS de Roland Barthes

 

exposition

Cette page est publiée en écho à l'exposition L'art et la machine présentée au musée des Confluences (13/10/2015-24/01/2016), et plus particulièrement en lien avec la DS revue et corrigée par Gabriel Orozco (1993, Centre national des arts plastiques, en dépôt au musée d'art contemporain de Marseille, inv. FNAC 94003). Elle rend également hommage à Roland Barthes pour le centenaire de sa naissance.

présentation

En 1957, Roland Barthes (1915-1980) publie un ensemble de textes écrits entre 1954 et 1956 et regroupés sous le titre Mythologies, qui proposent deux approches de la culture dite de masse :

  • une critique idéologique de son langage ;
  • une analyse des mythes modernes comme un système de signes qu’il s’agit de comprendre et de démystifier pour sortir des fausses évidences de cette culture.

Parmi ces textes, il consacre trois pages célèbres à « La Nouvelle Citroën », la DS 19, où il se penche sur l’automobile comme mythologie, voire comme œuvre d’art.

« Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique ».

Encensée, admirée et parée de toutes les qualités à sa sortie, la DS de Citroën semble venir « d’un autre univers » où règne la matière lisse, brillante, parfaite, dont les formes s’emboîtent et s’ajustent parfaitement : Barthes s’amuse de l’ardeur du public à toucher cette « Déesse » et à en découvrir les jointures dans des formes qui semblent pourtant tenir toutes seules, « car le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique ».

Ses formes aérodynamiques renvoient moins au sport qu’au confort : « la vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs, comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme classique ». L’importance des surfaces vitrées et bombées l’ouvre vers plus de légèreté, de transparence, de spiritualité, de moins mécanique et de plus organique : « il s’agit donc d’un art humanisé », avec un « tableau de bord [qui ] ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne qu’à la centrale d’une usine ». Avec cette voiture, « on passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite ».

Le discours sous-jacent, porté par le constructeur, les publicitaires et les médias, a été parfaitement compris par le public qui s’est approprié ce modèle au point d’en faire un mythe de la bourgeoisie française. Quelques années après la parution de ce texte, elle est même devenue avec de Gaulle la voiture officielle de la présidence française, carrosse républicain moderne qui accompagne les événements festifs et les drames du pouvoir, dont l’attentat du Petit-Clamart en 1962.

60 ans après la sortie de la DS 19, le mythe reste vif, comme en témoignent l’ardeur des collectionneurs : des DS carrossées par Henri Chapron ont par exemple atteint des chiffres record lors de ventes par Christie’s et Bonhams au salon Rétromobile dans les années 2000, prouvant que la fascination de la machine n’est pas l’apanage des artistes. En 2009, le groupe PSA Peugeot Citroën a sorti la DS 3 en référence à sa glorieuse aînée, sans toutefois en reprendre la ligne ; DS est même devenue une marque du groupe en 2014.

sources complémentaires

bibliographie sélective

de Barthes

  • Barthes Roland, Mythologies, Paris, Seuil, 1957 (1ère édition), 1970 (édition citée, p. 150-152).
  • Roland Barthes sur Mythologies dans l'émission Lecture pour tous de Pierre Desgraupes (29/05/1957) sur le site de l'INA [consulté le 11/11/2015].

sur Barthes

  • Binet Laurent, La septième fonction du langage. Qui a tué Roland Barthes ?, Grasset, 2015.
  • les Mythologies dans Le Gai savoir par Raphaël Enthoven sur France Culture le 23/06/2013 [consulté le 11/11/2015].
  • Sollers Philippe, L'amitié de Roland Barthes, Seuil, 2015.

la DS

ouvrages

  • Collectif, L'art et la machine, catalogue de l'exposition, musée des Confluences - Lienart, 2015 : voir la DS d'Orozko p. 123.
  • Rolin Olivier, Tigre en papier, Paris, Seuil, 2002.
  • Serres Olivier de, Citroën DS. Au panthéon de l'automobile, Anthese éditions, 2005.

films et séries télé

La DS apparaît dans de nombreux films et séries télé, où elle symbolise encore aujourd’hui la voiture française, parfois jusqu’à la caricature. Voici quelques exemples parmi une liste très conséquente :

  • dans les Tontons flingueurs (1963), elle explose devant l’église à la fin du film ;
  • elle est la voiture dans Fantômas se déchaîne (1965), où elle vole comme une… Déesse ;
  • dans Retour vers le futur 2 (1989), elle est utilisée comme un taxi volant dans le futur, mais on l’aperçoit  également dans le passé modifié en 1955. La DS naît donc des voyages dans le temps rendus possibles par une autre voiture mythique, la DeLorean, dont le musée a accueilli 2 exemplaires le 21 octobre 2015 ;

  • elle apparaît dans la série américaine Alias (2001-2006) dans des épisodes censés se dérouler à Paris dans les années 2000, aux côtés de policiers en capeline : les scénaristes croiraient-ils donc que la France n’a pas évolué depuis les années 1960 ?
  • Patrick Jane dans la série américaine Mentalist (2010-) conduit une DS 20 Pallas semi-automatique de 1972, qui s’accorde avec le charme désuet de son costume trois pièces : c’est semble-t-il un hommage de l’acteur Simon Baker à la Peugeot 403 de l’inspecteur Columbo.
Éditeur : 
Seuil
Modifié le : 
8 Novembre 2015