Musée des confluences

L'attachement aux choses

 

résumé

Les sciences sociales ont souvent entretenu une vision strictement positiviste des objets, sorte d’échantillons de civilisation infaillibles et univoques. C’était la doctrine de l’objet-témoin. Passer d’une étude des objets en tant que sources d’un savoir sur les hommes en société à une étude des objets comme faits sociaux complexes, dans leur relation avec les hommes et dans leur influence sur les relations entre les hommes, tel est le pari de ce livre. En effectuant un tour d’horizon des travaux récents, l’auteur se propose de retracer l’évolution du traitement des objets par les sciences sociales et notamment par l’anthropologie.

La méthode biographique met en évidence l’enchevêtrement des objets dans un réseau d’intérêts particuliers et d’enjeux collectifs, pour mieux saisir le devenir des objets par le jeu de leurs attachements aux acteurs sociaux. Un ensemble d’études de cas, issues d’enquêtes de terrain sur les objets en société, viendra illustrer cette démarche critique touchant à différents domaines de recherches traditionnellement distincts. Quelques propositions conceptuelles et méthodologiques complètent cet ouvrage, pensées comme des ouvertures de nouveaux chantiers et de zones d’échanges entre les savoirs.

À l’heure d’un vaste remodelage du paysage muséal et de la dématérialisation annoncée du patrimoine comme de certaines pratiques quotidiennes, qu’en est-il des liens entre les hommes et les objets auxquels ils tiennent (4e de couv.) ?

Les réflexions de Thierry Bonnot font écho aux réflexions muséographiques menées par le musée des Confluences pour concevoir les expositions permanentes et temporaires : établir la biographie d'un objet de musée et en rendre compte de manière satisfaisante dans le coeur des expositions est une véritable gageure, car les textes de présentation sont forcément restreints et frustrants. De plus, retracer la vie de l'objet avant son entrée au musée dans sa conception, sa fabrication, ses usages ou encore ses représentations sociales nécessite de le documenter de manière approfondie, en accédant par exemple aux témoignages des usagers, ce qui n'est pas toujours possible.

Pour autant, la démarche enrichit considérablement la vision des objets souvent présentés hors de leur contexte et encourage notamment les musées à approfondir leurs connaissances et leurs muséographies. Cette méthode est à la base de la recherche de Séverine Derolez, doctorante de l'Université Claude-Bernard Lyon 1, qui étudie les accélérateurs de particules de type Cockcroft-Walton dans le cadre d'une convention CIFRE avec le musée des Confluences (2012-2015).

l'auteur

Thierry Bonnot est anthropologue, chargé de recherches au CNRS et membre de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS, Paris).

 

Éditeur : 
CNRS éditions
Modifié le : 
25 Août 2015