Musée des confluences

Le marteau-pilon du Creusot

 

exposition

Cette page est publiée en écho à l'exposition L'art et la machine présentée au musée des Confluences (13/10/2015-24/01/2016) : un marteau-pilon est en effet représenté dans le tableau de Joseph-Fortuné Layraud, Le marteau-pilon, forges et aciéries de Saint-Chamond (1889, prêt de l'Écomusée du Creusot-Montceau, inv. 88.7.1) et deux autres dans la grande toile de François Bonhommé, Forgeage d’un arbre à l’usine d’Indret (1864).

utilisation

Le marteau-pilon a été conçu par l'ingénieur François Bourdon (1797-1865), qui développe à la fin des années 1810 une solide expérience dans les usages industriels de la vapeur : il construit en effet un moulin à vapeur à Mâcon, avant de fonder une compagnie de bateaux à vapeur sur la Saône. Après un séjour au Creusot, aux Etats-Unis puis en Angleterre, François Bourdon revient en 1837 au Creusot pour réorganiser les ateliers de construction des établissements Schneider. En 1840, il invente un marteau-pilon de 2,5 tonnes actionné par la vapeur, dont le brevet est déposé en 1841 par Schneider : ce premier marteau-pilon permet de forger les gros arbres de transmission des 1ers navires transatlantiques.

Au même moment en Angleterre, l'ingénieur James Nasmyth développe un outil similaire dans un contexte industriel proche, mais c'est Bourdon qui le construit et le met en oeuvre le premier : Nasmyth le constate en visitant le Creusot en 1842. C'est un grand classique des mécanismes d'innovation, qui aboutissent à développer à une même époque des techniques proches dans des pays différents, pour répondre à des besoins similaires : le téléphone en est un autre exemple bien connu.

Construit en 1875 10 ans après la mort de François Bourdon, le marteau-pilon du Creusot, photographié ici, entre en action le 23 septembre 1877 pour forger avec une masse utile de 100 tonnes des pièces métalliques en fer ou en fonte de plus en plus grandes : canons d'artillerie forgés et non plus coulés, plaques de blindage des navires militaires, roues de locomotives, voitures de chemin de fer, etc. A cette époque et pour de longues années, il reste le marteau-pilon le plus puissant au monde. L'industrie métallurgique est alors en plein essor et en concurrence sévère avec d'autres pays industrialisés, dont l'Angleterre et la Prusse. Une maquette en vraie grandeur en est présentée à Paris en 1878 lors de l'exposition universelle au Champ-de-Mars.

D'autres forges s'équipent bientôt de machines-outils très puissantes : les aciéries Krupp à Essen construisent et utilisent des marteaux-pilons de 50 tonnes, tout comme celles d'Aboukoff près de Saint-Pétersbourg, ou de Perm dans l'Oural. La fonderie de Saint-Chamond utilise quant à elle un marteau-pilon de 80 tonnes.

Démonté en 1931, ce marteau-pilon de 100 tonnes est donné à la ville en 1969, qui l'installe place du 8 mai 1945 à l'entrée sud : il devient le symbole du Creusot et de son riche patrimoine industriel local.

description

Le marteau-pilon est composé de plusieurs éléments : sur des fondations de 8,50 m de profondeur repose la chabotte, qui joue le rôle de l’enclume. Le marteau est constitué d’un pilon de 100 tonnes qui peut être soulevé à une hauteur de 5 mètres grâce à un piston, que la vapeur sous pression pousse vers le haut à l’intérieur d’un cylindre de 1,90 m de diamètre.

Lorsque la vapeur s'échappe, l'ensemble formé par le piston et le marteau retombe et frappe la pièce avec une force considérable et... un grand retentissement qu'on entend jusqu'à 10 km à la ronde ! Le marteau-pilon est actionné par un seul homme à l'aide de deux volants pour contrôler la vapeur. Il est également très précis, puisqu'un forgeron expérimenté peut fermer une bouteille avec un bouchon de liège sans la briser. Quatre fours et quatre grues à vapeur, de 100 et 150 tonnes, sont installés à proximité.

sources complémentaires

bibliographie

  • "Marteau-pilon" in Lami Eugène-Oscar, Dictionnaire encyclopédique et biographique de l'industrie et des arts industriels, Paris, Librairie des dictionnaires, 1881, tome 6, p. 328-331 (disponible en ligne sur Gallica, consulté le 23/12/2015) ;
  • Badereau Antoine de, "Bourdon ou Nasmyth, un débat sur l’invention du marteau-pilon" in Bulletin de l'Académie François-Bourdon, n°3, 2002 ;
  • Coll., François Bourdon, ingénieur bourguignon, catalogue de l'exposition, Le Creusot, Académie François Bourdon, 1998 ;
  • Beaud Claude, "L'innovation dans les établissements Schneider (1837-1960)", in Histoire, économie et société, 1995, volume 14, n°3, p. 501-518 (disponible sur Persée, consulté le 23/12/2015).

liens

 

Éditeur : 
musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
20 Décembre 2015
Crédits : 
musée des Confluences (Lyon, France), domaine public