Musée des confluences

Les Bishnoïs du Rajasthan : entre religion et écologie

 

auteur

Maria Mélanie Chauveau est doctorante au laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative de l'université Paris-Ouest-Nanterre-la Défense et au laboratoire d'éco-anthropologie et d'ethnologie du Muséum national d'histoire naturelle.

résumé du service des ressources documentaires

L'article de Maria Mélanie Chauveau illustre parfaitement le propos de l'exposition Espèces, dans les relations responsables et durables que les hommes peuvent entretenir avec les autres espèces.

L'auteur étudie depuis plus de 15 ans les relations homme-animal. C'est dans le cadre de son étude de terrain en master 2 qu'elle va à la rencontre des Bishnoïs du Rajasthan, communauté de plus de 800 000 membres, demeurant essentiellement dans le désert de Thar, dont les préceptes religieux prônent le respect des autres espèces. Le bishnoïsme, branche visnhouite au sein de l'hindouisme, a pour particularité de suivre comme règles de vie 29 niyam, établis par le prophète Sri Jambeshwar entre le 15 et 16e siècle. Trois de ces niyams sont fondés sur la reconnaissance et l'interdépendance des espèces, que l'on nomme dans la société occidentale contemporaine sous le terme d'éthique environnementale :

  • Niyam 18 : Jeev dahia palani - être compatissant avec tous les êtres vivants
  • Niyam 19 : Runkh lilo nahi dhave - ne pas couper d'arbres verts
  • Niyam 22 : Amar rakhave thaat - offrir abri et nourriture aux animaux domestiques pour les préserver de l'abattoir.

Les Bishnoïs entretiennent ainsi des liens forts depuis plusieurs siècles avec la faune et la flore environnante, plus spécifiquement  avec l'arbre khejri, les antilopes (Antilopes cervicapra), les gazelles chinkara (Gazella beneditii) et les vaches. Cette relation forte qui passe par l'attention au plus faible, le nourrissage, la lutte contre le braconnage permet une augmentation constante de ces espèces. L'engagement des Bishnoïs est entier et complètement désintéressé, pouvant aller jusqu'au don de leur vie. Ainsi, un jeune homme a trouvé la mort le 29 janvier 2014 en voulant s'interposer entre des gazelles et des braconniers.

En conclusion, l'auteur  soulève de nombreuses questions sur la persistance de ces relations, dans un pays en pleine expansion démographique et soumis aux changements environnementaux globaux.

relation

Ext. Espèces, revue d'histoire naturelle, n°16, juin-août 2015.

Éditeur : 
Kyrnos Publication
Modifié le : 
6 Juin 2015
Crédits : 
Droits détenus par l'éditeur