Musée des confluences

Les tribulations d’une casserole chinoise au Niger

 

résumé

Partant d’une poterie atypique, exhibée lors d’une enquête dans le Sud-Est du Niger, les auteurs tentent de reconstituer le processus qui a vu des récipients émaillés, fabriqués en Afrique de l’Ouest et en Asie, se substituer progressivement à d’autres produits dans les trousseaux de mariage, pour en venir à incarner la richesse des femmes, leur urbanité et leurs compétences esthétiques. Ce travail vise à collecter des matériaux qui seront discutés et mis en perspective, lorsqu’il s’agira d’élaborer une grille d’analyse multiscalaire des dynamiques culturelles.

Dans la première partie de l’article, la trajectoire des produits émaillés est retracée depuis leur exposition chez les parents de la mariée jusqu’à leur mise en place et leur exhibition dans la chambre de la nouvelle épouse, au domicile du mari. Cette trajectoire permet de saisir les enjeux économiques et sociaux sur lesquels se fondent l’accumulation et l’exposition de tels produits. Les auteurs explorent alors les critères qui sous-tendent la valeur des assemblages matrimoniaux. Celle-ci relève d’abord du nombre et de l’homogénéité des pièces, mais également de leur origine – réelle ou supposée – ce qui entraîne une analyse des circuits d’approvisionnement, partiellement liés aux migrations circulaires et au pèlerinage à La Mecque.

La seconde partie de l’article aborde les assemblages matrimoniaux dans une perspective historique. On voit comment les récipients émaillés se sont progressivement substitués aux calebasses dans la plupart des populations du Niger et comment cette substitution a accompagné et engendré d’importantes transformations dans l’économie matrimoniale, le rôle des femmes, la mobilité sociale et les goûts esthétiques. Les auteurs replacent enfin le phénomène dans une perspective géographique plus large, qui permet de comprendre pourquoi les assemblages matrimoniaux comportent des récipients émaillés dans une zone étendue d’Afrique de l’Ouest, mais également pourquoi ces produits ne se sont pas substitués aux calebasses ou à d’autres catégories de biens matrimoniaux dans certaines populations.

abstract

Starting from a peculiar pottery vessel displayed during an ethnographic fieldwork in South-Eastern Niger, the authors seek to reconstruct the process through which enamelware manufactured in West Africa and Asia have gradually replaced other items in marriage trousseaux and become the main expression of women’s wealth, urbanity, and aesthetic skills. Data hereby gathered are then discussed and analyzed in the next paper (Zeebroek et al., this volume), with a view to develop a multiscalar analytical framework for exploring cultural dynamics.

The first part of the paper describes the trajectory of enamelware; from the moment they are displayed in the bride’s home, up to when they are put into place and exhibited in the room the bride will occupy within her husband’s home. This allows for the identification of the social and economical elements at stake in the accumulation and display of such products. Next, the authors explore the criteria underlying the value of marriage trousseaux. These pertain to the number and typological homogeneity of items, but also their origin (real or putative), which requires that supply networks be also taken into consideration, and notably those in connection with circular migrations or the Mecca pilgrimage.

In the second part of the paper, marriage trousseaux are put into historical perspective. One sees how enamelware have gradually replaced calabashes in most populations of Southern Niger, and how this replacement has both followed and generated major changes in marital economy, the role of women, and aesthetic tastes. Authors then consider the phenomenon from a wider geographical perspective, which helps to understand why marriage trousseaux incorporate enamelware in a large part of West Africa, but also why such products have not replaced calabashes or other kinds of matrimonial goods in several populations.

relation

Extr. Techniques et Cultures : Des Choses, des gestes, des mots, n°51 : 18-89, consultable en ligne sur revues.org

exposition

Cette notice fait écho à l'exposition Potières d'Afrique (28/06/2016 - 30/04/2017), où est diffusé un entretien avec Olivier Gosselain.

 

Éditeur : 
Editions de la Maison des sciences de l'homme
Modifié le : 
3 Décembre 2014
Crédits : 
Editions de la Maison des sciences de l'homme