Musée des confluences

Louis David, directeur du muséum d'histoire naturelle de Lyon (1963-1999)

 

Louis David, figure majeure des sciences naturelles et du muséum d'histoire naturelle de Lyon, nous a quittés en octobre 2016 : c'est l'occasion de lui rendre hommage.

éléments de biographie

Né à Lyon en 1927, Louis David se passionne depuis l'enfance pour les sciences naturelles avec son frère Jean : ils constituent des collections de spécimens en parcourant la région lyonnaise à vélo. En 1980, il donne au musée sa collection qui contient du matériel de son frère : elle est composée de 53 cartons essentiellement de Coléoptères et Lépidoptères français et régionaux, auxquels il faut ajouter quelques Orthoptères, Hémiptères et Odonates.

Louis David était un homme érudit, exquis et plein d'humour. Marié à Elise Gaspard, il est le père de Jean-Marc David, chirurgien-dentiste, et de Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) depuis septembre 2015. Il laisse deux petits-enfants qu'il a eux aussi initiés aux sciences naturelles et aux voyages.

une carrière universitaire riche

Louis David suit des études secondaires au Lycée du Parc à Lyon. Licencié es Sciences naturelles en 1947, il est recruté par le Professeur M. Thoral comme assistant au laboratoire de géologie de l'Université des Sciences. En 1948, il soutient son Diplôme d’Études Supérieures (DES) sur les bryozoaires du Tertiaire et du Quaternaire. Il est nommé Chef de travaux en 1954. En 1956, il soutient à Paris sa thèse de doctorat ès sciences consacrée à l’Étude géologique des monts de la haute Medjerda (en Algérie, à proximité de la Tunisie).

Il est alors nommé successivement maître de conférences en 1959, professeur sans chaire, puis professeur titulaire en 1962-1963, en classe exceptionnelle de 1978 jusqu'à sa cessation d’activité en 1987. Au sein de son université, il est plusieurs fois membre du Conseil de l’Université et assesseur du doyen de la faculté (1967-1970). Il devient président de l’Université Claude-Bernard Lyon 1 entre 1981 et 1982. Parallèlement, il siège dans plusieurs instances nationales : il est ainsi président de la Section 20 du CNRS (1976 -1983), président de la Société géologique de France en 1981 et président du Conseil Supérieur des Universités.

Pour la géologie, il exerce pleinement ses talents et son intérêt pour l’organisation et le management : il contribue au regroupement de laboratoires, alors séparés, au sein d’un même département de géologie et initie le Centre de paléontologie stratigraphique et paléoécologie, le LA1, une unité associée au CNRS qu’il dirige de 1963 à 1985. A l’occasion du  transfert de la Faculté des Sciences du quai Claude-Bernard au campus de la Doua, il réorganise les collections du laboratoire de géologie, qui sont peu à peu identifiées et informatisées. Il renouvelle les anciens Travaux du Laboratoire de Géologie en lançant en 1962 les Documents du Laboratoire de Géologie de Lyon, dont la parution a cessé depuis peu. Il lance également la revue Geobios dont il est longtemps rédacteur, devenue depuis une revue de rang international en paléontologie, stratigraphie et paléoécologie.

Au cours de cette carrière riche, il forme des générations d’étudiants dans le domaine de la paléontologie et de la biostratigraphie et participe à leur insertion dans le milieu professionnel, qu’il soit privé, académique ou celui de la recherche. Plusieurs d'entre eux rejoignent le laboratoire de géologie de Lyon 1 et le LA1. Enseignant mais aussi chercheur, il partage ses activités de recherche entre la paléontologie des bryozoaires cénozoïques de tout le bassin méditerranéen et la géologie régionale lyonnaise, associant la cartographie et la géologie appliquée.

un rôle majeur au muséum d'histoire naturelle de Lyon

Directeur du muséum d'histoire naturelle de Lyon de 1963 à fin 1999, il marque de son empreinte une institution qu'il a largement contribué à faire évoluer. Parmi ses réalisations :

  • il renforce l'équipe scientifique du musée en recrutant dans les années 1970 des conservateurs en sciences de la terre (Michel Philippe, 1975), sciences de la vie (Joël Clary, 1979) et en ethnographie (Roland Mourer, 1977) : ils sont à l’origine d’une politique scientifique et culturelle ambitieuse, avec une gestion plus rigoureuse et un enrichissement important des collections, notamment à la suite des fouilles menées par le muséum ;
  • il lance la rénovation progressive des expositions permanentes dans le bâtiment Guimet : la grande salle, très abîmée par l'orage de grêle en 1955 qui avait entraîné la fermeture du musée pendant 7 ans, est rénovée à plusieurs reprises (1967, 1995), avec une scénographie plus aérée. De nouveaux espaces sont proposés et inaugurés, comme la galerie de la protection de la nature en 1970, la section d'égyptologie en 1977, la galerie régionale rénovée en 1979 ou encore la section sur le monde des insectes en 1991 ;
  • après 2 expositions modestes proposées par Jean Viret, son prédécesseur, il met en place à partir de 1969 une programmation régulière d’expositions temporaires, avec 46 expositions «de prestige» et une dizaine plus modestes : le public répond présent et la fréquentation du musée augmente considérablement au cours de ces années ;
  • il poursuit la politique de publications scientifiques en reprenant les Nouvelles archives du museum d’histoire naturelle de Lyon, dont la parution devient plus régulière : 40 volumes des Nouvelles archives et 3 volumes de Mémoires paraissent sous sa direction. Ces publications donnent lieu à de nombreux échanges de revues et contribue à la notoriété internationale du muséum. Louis David s'attache également à vulgariser les sciences avec la série "L'homme et...", qui comprendra 27 volumes sur la préhistoire, les dinosaures, l'eau, le café, etc. Il s'intéresse également à l'histoire du muséum et publie plusieurs articles et ouvrages sur ce sujet ;
  • ouvrages et revues du musée sont souvent édités avec l'aide de l'Association Régionale de Paléontologie et Préhistoire et des Amis du Musée (ARPPAM), fondée par Louis David. L'ARPPAM participe également à l'enrichissement des collections ;
  • il lance l'informatisation des collections, devenue indispensable avec la conservation de plus de 2 millions d'objets ;
  • au départ de Benoît Fayolle en 1968, le second musée Guimet de Lyon et le musée colonial sont fermés au public. Louis David réintègre les objets du muséum qui étaient présentés dans ces deux musées, dont les collections sont fusionnées avec celles du muséum ; ce dernier prend alors le nom de "musée Guimet d'histoire naturelle" ;
  • les anciennes salles du musée colonial sont progressivement transformées pour y installer des laboratoires de moulage, restauration, taxidermie, photographie et de nouvelles réserves ;
  • avec l'aide de Roland Mourer, il fait déposer en 1979 la collection de l'Oeuvre de la Propagation de la Foi, propriété des Oeuvres Pontificales Missionnaires (OPM) ;
  • en 1991, la gestion du musée est transférée de la Ville de Lyon au Département du Rhône : le musée reprend alors son nom de muséum d'histoire naturelle de Lyon. Louis David propose un projet de rénovation plus large du bâtiment, afin de repenser en profondeur les espaces d'expositions, mieux accueillir les chercheurs et pallier la saturation des réserves en offrant aux objets de meilleures conditions de conservation : ce projet aboutira à l'ouverture en 2002 du Centre de conservation et d'étude des collections (CCEC).

Louis David est le dernier directeur du musée à avoir mené en parallèle une carrière universitaire et scientifique. Il inscrit son action dans la continuité d'anciens directeurs majeurs comme Jean Emmanuel Gilibert, Claude Jourdan, Louis Lortet ou encore Claude Gaillard.

son implication dans les académies lyonnaises

Louis David a également fait partie de 2 académies lyonnaises :

  • l'Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Lyon (dite "du bas") où il entre en 1976. Il y propose régulièrement des conférences et s'investit dans le classement de la bibliothèque et des archives. Il préparait également un dictionnaire des académiciens, pour lequel il avait rédigé plusieurs notices ;
  • l'Académie du Gourguillon et des Pierres plantées (dite "du haut"), qui rassemble des gones (des Lyonnais) autour de l'héritage haut en couleurs et en verbe de Nizier du Puitspelu, alias Clair Tisseur. Il y entre en 1986 et y est dénommé Chaon Grattepierre en référence à ses activités de géologue. En 2002, il publie une histoire de cette académie et fait paraître en 2003 le Littré du Gourguillon, dictionnaire du parler lyonnais dans le sens français-lyonnais, complément au fameux Littré de la Grand'Côte (lyonnais-français) paru en 1895.

sources complémentaires

bibliographie sélective

museum

  • David Louis, Histoire du Musée 1772-1982, Lyon, ARPPAM, 1982, 55 p.
  • David Louis, Histoire du Muséum de Lyon, Muséoguide, Lyon, ARPPAM, Muséum d'histoire naturelle de Lyon, 1998, 96 p
  • David Louis, "Histoire du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon", in Nouvelles archives du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon, 1997, fascicule 35, p. 5-56.
  • David Louis, Flori Patrice, Le museum d'histoire naturelle de Lyon, Lyon, Muséum d'histoire naturelle de Lyon et L'Antilope, 1997.
  • David Louis, Muséum et parc. Lyon-Tête d'Or, Lyon, ARPPAM, 1999, 68 p.

sciences

  • Coll., Livre jubilaire du cent cinquantenaire 1830-1980, Paris, Société géologique de France, Mémoire Hors-Série N°10, 1980, 413 p.
  • David Louis, "La comète de Halley", in Bulletin municipal officiel de la Ville de Lyon n°4573, 15/12/1985, 2 p.
  • David Louis, "Autopsie d'une momie égyptienne du Muséum de Lyon", in Nouvelles archives du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon, 1987, fascicule 25, p. 5-7.
  • David Louis, L'homme et...l'eau, Lyon, Le Léopard d'Or et Museum d'Histoire naturelle de Lyon, 1990, 84 p.
  • David Louis, L'homme et...les animaux de la préhistoire, Lyon, Le Léopard d'Or et Museum d'Histoire naturelle de Lyon, 1993, 96 p.
  • David Louis, L'homme et...les dinosaures, Lyon, ARPPAM, 2e édition, 1994, 112 p.
  • Vigneau Cédric, David Louis, L'homme et...les poisons, Lyon, ARPPAM et Museum d'Histoire naturelle de Lyon, 1996, 112 p.
  • David Louis, L'homme et...les eaux dormantes, Lyon, ARPPAM et Museum d'Histoire naturelle de Lyon, 1996, 112 p.
  • David Louis, "In memoriam Pierre Fumey 1929-1996", in Nouvelles archives du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon, 1997, fascicule 35, p. 61-62.
  • David Louis, Philippe Michel, "In memoriam Alexis Chermette 1902-1996", in Nouvelles archives du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon, 1997, fascicule 35, p. 63-70.
  • David Louis, "En hommage à Michel Philippe à l'occasion de son départ à la retraite", in Cahiers scientifiques, Lyon, muséum d'histoire naturelle de Lyon, fascicule 8, 2005, p. 99-113.
  • Guérin Claude, Evin Jacques, "De Claude Jourdan à Pierre Mandier : 150 ans d'étude du Quaternaire rhodanien", in Cahiers scientifiques, Lyon, muséum d'histoire naturelle de Lyon, hors-série n°3, 2005, p. 61-69.
  • David Louis, Écrire les sciences de la nature. Tout ce qu'il faut savoir pour rédiger mémoires, thèses et articles, Paris, Vuibert, 2011, 217 p.
  • David Louis, Mongereau Noël, L'exploration géologique du Fossé rhodanien, Paris, Presses des Mines, 2014, 373 p.

Académies

  • David Louis, 1720-2000. L'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon. Trois siècles d'histoire lyonnaise, Lyon, Editions lyonnaises d'art et d'histoire, 2000, 480 p.
  • Grattepierre Chaon, L'alme et inclyte Académie du Gourguillon et des Pierres plantées, un siècle de très véridique histoire lyonnaise, Lyon, Editions lyonnaises d'art et d'histoire, 2002, 112 p.
  • Grattepierre Chaon, Le Littré du Gourguillon. Le vrai parler lyonnais, Lyon, Editions lyonnaises d'art et d'histoire, 2003, 285 p.

archives et collections

Musée des Confluences

  • collection d'insectes de Louis et Jean David
  • dossiers d'archives non classés
  • portraits photographiques

Archives départementales du Rhône

  • Publication sur l'histoire du muséum, préparation : dossier documentaire de Louis David (1700-1909 dont copies, cote 4T209)
  • Muséum d'histoire naturelle (1906-2000, cotes 3757W1-270), dont aménagements muséographiques (3757W122-142), expositions temporaires (3757W143-213) et portraits pris lors des inaugurations de salles et d'expositions (3757W212-213)

Archives municipales de Lyon

  • Dénomination du musée Guimet, changement ; Musée Guimet et Muséum d'histoire naturelle de Lyon, fusion des collections : délibération 78/0671 du conseil municipal de Lyon (03/07/1978, cote 2018WP28_78_0671)

 

Éditeur : 
Musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
21 Octobre 2016
Crédits : 
musée des Confluences (Lyon, France), CC BY-SA