Musée des confluences

Microscope simple de Huygens

 

utilisation

Cet instrument permet au XVIIe siècle d’observer des préparations de spécimens, en particulier des protozoaires. Il a été conçu par le célèbre astronome et physicien néerlandais Christiaan Huygens (1629-1695), qui s’intéresse lors de son séjour parisien à l’optique et à la nature de la lumière. Dans cette période d’essor de la microscopie, Huygens propose un nouveau type d’instrument pour explorer l’invisible, en s’inspirant des réalisations d’autres pionniers de cette technique d’imagerie naissante, comme Nicolaas Hartsoeker (1656-1725) et Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723). Huygens innove en équipant son instrument d’une platine amovible et d’un diaphragme pour concentrer la lumière sur la lentille. Ce modèle, efficace et maniable, connaît un grand succès – et ce jusqu’au XIXe siècle – auprès de plusieurs fabricants d’instruments en Europe.

C'est Jean de Pouilly qui a réalisé cet exemplaire à Paris dans les années 1680. Le soin apporté à la gravure des plaques en laiton et à la finition du manche en ivoire vise à séduire une clientèle d’amateurs fortunés, qui pouvaient ainsi en faire usage dans leur cabinet de curiosités. Des six exemplaires gravés par Pouilly restant aujourd’hui dans le monde, celui-ci est le seul à avoir conservé son boîtier d’origine.

description

Le microscope de Huygens fabriqué par Jean de Pouilly est composé d'un microscope simple et d'un boîtier. L'instrument comporte dans sa partie supérieure deux plaques de laiton entre lesquelles sont insérés une lentille et une platine de spécimens, qui peut être changée. Un diaphragme permet de contrôler la lumière incidente, tandis qu'une vis sert à la mise au point. Le boîtier, qui ressemble à l'étui d'un violon miniature, s'ouvre à l'aide de charnières et est fixé par 3 fermoirs.

Le physicien et astronome Christiaan Huygens perfectionne le microscope simple de Leeuwenhoek en lui adjoignant un diaphragme et une platine tournante de spécimens. Le modèle sera repris par les fabricants d'instruments jusqu'au XIXe siècle.

Microscope en laiton gravé, lentille en verre, manche en ivoire. Boîtier en bois recouvert à l'intérieur de soie rouge et à l'extérieur de galuchat noir ; fermoirs en métal.

exposition

Ce microscope, le plus prestigieux de la collection Giordano, est présenté dans l'exposition permanente Espèces, la maille du vivant, dans la partie qui questionne la frontière « homme – animal », sous le titre La nature : un objet de collection et d’observation.

La séparation radicale entre la nature et la culture n’a de sens que dans la pensée occidentale. Les humains y forment des collectifs se différenciant par leur culture et excluant les autres êtres vivants. Ce n’est qu’à partir du xviie siècle que cette idée émerge véritablement. Progressivement, la vision occidentale du monde devient anthropocentrique. La nature se réduit à l’environnement de l’homme et à un objet d’étude qu’il peut maîtriser et posséder. Cette transformation va offrir un cadre très favorable au développement de la pensée scientifique.

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les sciences de la nature jouissent d’un très grand engouement. On s’émerveille des découvertes et on collectionne des objets naturels plus insolites les uns que les autres. C’est l’époque où se constituent les cabinets de curiosités. L’un d’eux sera à l’origine de ce musée.

Les progrès techniques jouent un rôle important dans l’instauration de ce nouveau rapport au monde. L’apparition et le développement des microscopes contribuent à l’objectivation de la nature. L’observation à travers l’instrument en renforce la mise à distance.

Au siècle des Lumières, la soif de connaissance touche tous les milieux, mais les scientifiques et les amateurs les plus fortunés ont à cœur de montrer leur intérêt pour la science en commandant des objets d'une facture exceptionnelle.

bibliographie sélective

  • FOURNIER Marian, "Personal styles in microscopy : Leeuwenhoek, Swammerdam and Huygens", dans Generali Dario et Ratcliff Marc J., From makers to users, [Milan], Leo S. Olchki editore, 2007, p. 217-225.
  • GIORDANO Raymond V., Singular Beauty : simple microscopes from the Giordano collection, catologue of an exhibition at the MIT Museum September 1st 2006 to June 30th 2007, Cambridge, MIT museum, 2006.
  • GIORDANO Raymond V., The Discoverers’Lens : a photographic history of the simple microscopes (1680-1880), Tallmadge, Classical Science Press, 2012.
  • LA BERGE Ann, « The history of science and the history of microscopy », dans Perspectives on Science, MIT, volume 7.1, 1999, p. 111-142.
  • TURNER G. L’E., Essays on the history of the microscope, Oxford, Senecio publishing company ltd, 1980.
Éditeur : 
musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
13 Décembre 2014
Crédits : 
Collection Giordano acquise avec le soutien de l’Institut Mérieux