Musée des confluences

Minitel 1

 

 

utilisation

Le Minitel est lancé en 1982, 4 ans après le célèbre rapport de Simon Nora et Alain Minc sur l’informatisation de la société, qui souligne l’importance de l’information et de la communication dans nos sociétés modernes. Ce rapport, qui rencontre de grandes résistances, invente également le mot de télématique, contraction de téléphone et d’informatique.

Dans le prolongement du rattrapage technologique de la France en matière de téléphonie et de communication, la Direction générale des télécommunications (1941-1998), devenue ensuite France Télécom (1988-2013) puis Orange, lance un outil qui permet aux abonnés du téléphone d’accéder pour la première fois à une gigantesque base de données : l’annuaire téléphonique. Le terminal, appelé Minitel pour Médium interactif par numérisation d'information téléphonique, est distribué gratuitement dans les agences France Télécom et les Postes avec le soutien des pouvoirs publics qui mettent en avant cette innovation française. Fabriqué à grande échelle, ce terminal bon marché présente une interface simple qui explique en grande partie son succès : le nom du terminal se confond très vite avec l’ensemble des services qu’il propose.

Dès 1984, des fournisseurs de service mettent en place des kiosques pour proposer d’autres applications, comme la consultation d'horaires de trains ou de comptes bancaires, les achats en ligne ou encore les messageries, inventant de nouveaux usages dont le plus célèbre - et le plus rentable - est la messagerie rose. Une fois la connexion établie avec le réseau téléphonique, reconnaissable grâce à un sifflement strident, l’usager accède aux différents services en tapant par exemple 36 11 pour l’annuaire téléphonique (le moins coûteux) ou 36 15 pour le kiosque dont les célèbres messageries, à compléter avec le code ou le nom du service souhaité. En 1996, on compte ainsi 25 000 services accessibles pour 6.5 millions de terminaux et un milliard d’euros de revenus. L’interface graphique, assez rudimentaire même si elle évolue au fil du temps, privilégie la rapidité du réseau au rendu visuel.

Le Minitel ouvre la voie aux services en ligne et au maniement d'une interface écran-clavier, ce qui permet ensuite de généraliser rapidement l'usage d'Internet auprès de la population française.

Les services du Minitel devaient cesser de fonctionner au 30 juin 2012, mais un recours d'usagers les a prolongés jusqu'au 30 juin 2013.

description

Quel que soit son modèle, le minitel est un terminal constitué de « 4 modules principaux :

  • un clavier pour envoyer des textes ;
  • un écran pour les recevoir ;
  • un modem, modulateur-démodulateur pour assurer les « traductions » entre le texte tapé et les données transmises et reçues ;
  • une carte mère électronique pour coordonner l’ensemble. » (Jacomy B., voir bibliographie, p. 329-330).

Ce Minitel 1 de Télic-Alcatel est composé d'un boîtier plastique beige et marron comprenant un écran, un clavier rabattable, une poignée sur la partie supérieure pour le déplacer, et une double connexion : électrique et téléphonique avec une prise gigogne ou prise en T. Les premiers modèles de Minitel présentent un clavier alphabétique peu pratique, qui est très vite remplacé par un clavier classique (AZERTY) comme en témoigne cet exemplaire. 

Le principe de base du Minitel est de faire transiter par le réseau téléphonique des données textuelles ou graphiques dont clavier et écran constituent les unités d’entrée et de sortie. Son utilisation, très simple pour l’usager, masque une grande complexité technique pour transformer le message tapé en signal analogique puis numérique, et inversement pour le recevoir sur l’écran.

L’ensemble des terminaux minitels forment le réseau Télétel, dont les données sont transmises de plusieurs manières :

  • via le réseau téléphonique commuté ou RTC pour accéder aux points d’accès vidéotex (PAV) ;
  • via le réseau Transpac entre les points d’accès vidéotex et les serveurs qui centralisent l’information ;
  • avec le protocole de communication X.25 pour les données du réseau Transpac, ce qui permet de découper l'information en paquets se suivant dans le même ordre dans un circuit. Ce protocole, réputé fiable mais gourmant en ressources, est devenu une norme internationale de transmission de données standardisée par l'UIT (Union International des Télécommunications). Elle a été utilisée dans de nombreux pays, ce qui a permis au Minitel d’échanger à l’international via le réseau Transpac.

La fabrication des Minitels a été confiée par la Direction générale des télécommunications à 3 fabricants : Matra, Radiotechnique (Philips) et Télic-Alcatel. Plusieurs modèles se sont succédé ou ont coexisté, dont le Minitel 2 avec mot de passe et répertoire, le Minitel 5 portatif ou encore le Minitel 10 comportant un téléphone.

Par rapport au réseau Internet tel que nous le connaissons, les différences sont importantes :

  • les minitels sont de simples terminaux sans mémoire ni applications internes, contrairement aux ordinateurs ;
  • la connexion entre terminaux, accessible depuis le 36 18, reste limitée ;
  • bien que le réseau Transpac permette de communiquer avec des réseaux du même type à l'étranger, l’expérience du Minitel est restée franco-française. Pour autant, les créateurs d'Arpanet, ancêtre d'Internet, reconnaissent s'en être inspirés ;
  • à partir du milieu des années 1990 et jusqu’à l’arrêt de ses services en 2013, le Minitel cohabite avec Internet, basé sur le protocole de transmission des données TCP/IP.

expositions

  • Ce Minitel 1 est présenté dans l'exposition Sociétés, aux côtés d'un Minitel 5 et d'un visiophone.

Avec l’avènement du numérique dans les télécommunications, voix, images et données circulent dans les mêmes fils à des vitesses sans cesse grandissantes. Internet rend leur diffusion mondiale et met un terme aux réseaux analogiques du visiophone et du Minitel.

En termes d’innovation, dont la thématique est développée dans la partie « Créer » de cette exposition, le Minitel est intéressant à plusieurs titres : il s’agit d’une innovation à la fois technique (le réseau) et d’usage (les services), qui ne répond pas à un besoin exprimé par les utilisateurs, mais à une proposition d’ingénieurs du Centre national d’étude des télécommunications (CNET). Après la vague d’équipement électroménager de l’après-guerre, il signe l’arrivée massive dans les foyers des premiers objets de communication, qui se poursuit aujourd’hui avec la multiplication des terminaux (smartphone, tablette, ordinateur, etc.) et l’essor des objets connectés. Enfin, il consacre l’avènement des réseaux mondiaux de communication, qui succèdent dans l’histoire des techniques aux réseaux énergétiques (voir Jacomy en bibliographie).

sources complémentaires

bibliographie sélective

  • Altier Christian, Télécommunications, Des objets qui racontent l'histoire, Lyon, EMCC, 2001, p. 106-107.
  • Jacomy Bruno, Une histoire des techniques, Paris, Seuil, 1990, p. 329-338.
  • Le Roch Irène, "Téléphone et minitel : comment être plus sociable", dans Technologies du quotidien, La complainte du progrès, Paris, Autrement, collection Sciences en sociétés n°3, 03/1992, p. 68-74.
  • Schafer Valérie, « L’administration des télécommunications, de l’opérateur de réseau à l’acteur de communication », Journée d’étude Du Minitel à Internet... 30 ans de services en ligne organisée par l’Association armoricaine de recherches historiques sur les télécommunications (Armorhistel), Rennes, 14 octobre 2011.
  • Thierry Benjamin, Schafer Valérie, Le Minitel. L’enfance numérique de la France, Nuvis, 2012.

liens

 

Éditeur : 
musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
4 Février 2015
Crédits : 
Dépôt des collections historiques Orange (Soisy-sous-Montmorency)