Musée des confluences

Natte à fourmis

 

cartel

Dans les récits mythiques des Amérindiens d’Amazonie, les êtres vivants formaient à l’origine un ensemble culturel où humains et non humains n’étaient pas nettement distingués. Ils se sont ensuite différenciés morphologiquement en collectifs distincts correspondant aux différentes espèces. Mais tous restent considérés comme des personnes, ils sont dotés d’une âme, entretiennent des relations sociales et seule leur apparence les différencie. La pensée amérindienne tisse des liens entre tous les êtres vivants, un réseau très dense où aucun élément n’est important en soi. En Amazonie, les indiens de tel groupe et ceux de tel autre se perçoivent comme des espèces différentes. Pour le matérialiser, parures, masques et peintures corporelles prolongent le corps et constituent une sorte d'habit d'espèce que les membres du groupe portent par-dessus leur forme d'humain. Ce type de natte, appliquée sur le corps lors de rituels, peut prendre la forme d’êtres mythiques. Au centre, les fourmis ou les guêpes infligent de terribles piqûres.

description

L’objet se compose d’une structure en vannerie, de forme zoomorphe. Sur ces deux faces, cette vannerie est recouverte de petites plumes et de duvets collés avec une résine noire (appelée mani : Symphonia globulifera). Les plumes sont réparties par couleurs et selon des formes géométriques. Sont présentes : de petites plumes rouges (Ara macao), noires (Crax cf. alector), jaunes multicolores (Ara macao), du duvet blanc à base marron (Crax cf. alector). Au centre de cette vannerie, un carré sans plume est délimité par un fil de coton. Au sein de celui-ci sont présents quelques cadavres de fourmis Ilak (Paraponera clavata). L’être représenté par cette vannerie est le monstre mulokot, ce monstre fait parti de la catégorie des ipoh, monstres aquatiques anthropophages (d'après D. Davy, 2007). Il est également représenté sur les ciels de case (maluwana). Il s’agit de la forme favorite pour le second maraké effectué par un individu et à travers ces kunana « poissons emplumés », il apparaît que les Wayana ont regroupés deux univers intermédiaires, le monde des airs et de l’eau (d'après R. Duin, 2009). (C. Benecchi, 2013)

précision

Cette natte à fourmis est un élément du grand rituel Wayana nommé maraké. Il s’agit d’un objet personnel nommé kunana, destiné à n’être utilisé qu’une seule fois, pour le rite d’application des fourmis ou guêpes. Soulignons cependant que l’application des fourmis et des guêpes n’a lieu que pendant les derniers jours du maraké, ceux-ci constituant l’apothéose d’une série très complexe de rituels s’échelonnant sur plusieurs mois. Le nom correct en Wayana pour cette fête est eputop aptau. Ce sont les tepiem (les impétrants au rituel) qui fabriquent leur propre kunana et en choisissent sa forme. Quelques jours avant le rituel d’application, les tepiem présentent leur kunana au public. Ces derniers sont alors attachés par une corde de coton à un bâton. Au matin du ëputop, les tepiem accompagnés d’autres hommes se rendent dans la forêt à la recherche des fourmis et/ou abeilles. Le kunana est apporté dans la forêt et placé contre un arbre. Afin de récolter sans danger les guêpes et fourmis ilak (Paraponera clavata), on les étourdi avec un narcotique composé de feuilles de Cecropia peltata, et par fumigation. Les tepiem rentrent de forêt avec leurs kunana attachés à un bâton et comportant désormais plus de 300 fourmis ou abeilles qui commencent à s’éveiller de leur anesthésie. Après douze heures de danse, et au moment du lever du soleil les tepiem retournent sur leur banc où ils sont débarrassés de leurs parures. Ce sont les grands-mères (ou éventuellement les grands-pères) des tepiem qui sont en charge d’appliquer le kunana sur leur corps. A ce moment, le tepiem ne doit pas montrer le moindre signe de souffrance. Après avoir été piqué chacun fait un tour de la place devant les spectateurs avant de se rendre dans un hamac neuf pour se reposer dans le carbet des tepiem. Le dernier maraké en date a eu lieu en 2004 en Guyane française. La raréfaction des connaissances autour de ce dernier au sein des communautés engendre de réelles difficultés à sa perpétuation. Il fait aujourd’hui l’objet d’une étude en vue de la demande d’inscription sur la liste de sauvegarde du patrimoine immatériel de l’Unesco. (D'après A. Métraux, 1947, D. Davy, 2007 et R. Duin, 2009, et la fiche inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France, Le maraké, 2011).

bibliographie non exhaustive

  • Duin R., 2009 - Wayana socio-political landscapes, multi-scalar regionality and temporality in Guiana. Thèse de doctorat (Ph. D.) à l'Université de Floride.
  • Davy D., 2007 - Vannerie et vanniers, approche ethnologique d'une activité artisanale en Guyane française. Thèse de doctorat (Ph. D.) à l'Université d'Orléans.

 

 

 

Éditeur : 
Musée des Confluences
Modifié le : 
3 Novembre 2014
Crédits : 
musée des Confluences (Lyon, France), CC BY-SA