la conservation

La conservation est l'une des missions fondamentales des musées.

conservation et valorisation, une contradiction permanente

Les institutions patrimoniales, dont les musées, se trouvent soumises à un paradoxe fondamental : d’un côté, elles ont pour mission de conserver le patrimoine dans des conditions optimales et de l’autre, elles doivent les mettre en valeur auprès du public. Or toute présentation nuit inévitablement à la bonne conservation de ce patrimoine, du fait de la lumière, de la poussière, de mauvaises conditions climatiques ou encore des manipulations. À l’inverse, si les collections d'un musée étaient uniquement conservées dans des conditions idéales, elles resteraient méconnues de tous et perdraient donc tout intérêt.

Les conservateurs, les responsables de collections et les régisseurs, chargés du mouvement des objets et de leur bonne conservation, cherchent donc constamment à pallier ces contradictions. La proportion des collections présentées ne dépasse pas, dans la plupart des cas, 5 à 10 % de l'ensemble : il est donc indispensable de mettre en oeuvre des réserves de qualité présentant toutes les garanties de conservation préventive nécessaires et, en parallèle, de prévoir des conditions d’exposition assurant une dégradation minimale aux objets présentés, voire de mettre en place une rotation des objets les plus fragiles afin de leur laisser le temps de « se reposer » après une exposition plus ou moins prolongée. Ainsi, pour une seule parure de plumes amérindienne exposée, trois autres sont nécessaires dans les collections pour permettre une bonne conservation des matières et de leurs couleurs.

Dans le cas du musée des Confluences, la conception des expositions a pris en compte dès l’origine cette double nécessité en instaurant un principe de présentation évolutive dans les espaces dévolus aux publics et en créant, en parallèle, des réserves modèles au Centre de conservation et d'étude des collections (CCEC).

l'essor de la conservation préventive

Le CCEC s'inscrit parfaitement dans la mise en oeuvre de la conservation préventive, qui a largement bénéficié des principes édictés par l'ICOM (Conseil international des musées) et des recherches menées par des institutions comme le CICRP (Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine) et le C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France).

Selon le vieil adage « mieux vaut prévenir que guérir », il s'agit de se donner les moyens d'assurer des conditions de conservation optimales afin de limiter les dégradations : inertie thermique des bâtiments, climatisation adaptée à chaque type de collections, surveillance et contrôles réguliers, conditionnements adaptés en matériaux neutres, formation aux manipulations, etc.

Au-delà, le musée est en train d'élaborer un plan d'urgence afin de prévenir les conséquences d'un sinistre : incendie, inondation, infestation, tout doit être envisagé pour mettre en place les équipements et les formations adéquates. Ce plan nécessite également de repérer finement les collections afin de définir des priorités d'évacuation ou de sauvetage. Enfin, les services de sécurité et de secours doivent eux aussi être sensibilisés à la nature des biens pour limiter les dégradations dues à leur intervention. En lien étroit avec le service des musées de France au ministère de la Culture et de la Communication, le Comité français du Bouclier Bleu a développé une expertise en matière de plan de prévention et d'urgence, tout en mobilisant des professionnels de la conservation et de la restauration lors de sinistres majeurs.

les facteurs de dégradation

L’altération des collections est due à plusieurs facteurs, de nature physique (lumière, poussière, température, hygrométrie, etc.) ou biologique (insectes ou moisissures qui se nourrissent de la matière organique des objets). Mais des dégradations peuvent aussi survenir lors de manipulations maladroites ou d’accidents météorologiques, comme ce fut le cas lors des violents orages de grêle qui ont endommagé la toiture du muséum en 1874 (Palais Saint-Pierre) et en 1955 (bâtiment Guimet).

Ces dégradations affectent à des degrés variés tous les types de collections. La matière organique est sans doute la plus fragile, et la plupart des objets d’un musée de sciences naturelles et humaines en contiennent, qu’il s’agisse d’os, d’animaux ou d’objets composites faits de peau, de plumes, de bois etc. Les objets contenant des métaux ou des minéraux peuvent également être affectés par des oxydations ou des réactions chimiques dues, entre autres, à l’humidité ou aux rayons ultraviolets. Beaucoup d’objets étant de nature mixte, comme par exemple les instruments scientifiques anciens (comprenant laiton, cuir, bois ou papier) ou les masques africains (en bois, soie d’araignée, dents animales ou cheveux par exemple), il est illusoire d’appliquer des principes de conservation fondés uniquement sur les matériaux utilisés.

la restauration

Même si l’accent est mis aujourd’hui sur la conservation préventive, il va de soi que beaucoup de pièces nécessitent un recours à un traitement curatif pour pallier les dégâts du temps ou de restaurations antérieures. Les recherches scientifiques récentes en matière de restauration des collections de musée ont permis de définir avec une grande précision les traitements à faire – ou au contraire à éviter – sur les objets, afin de préserver leur intégrité et de rendre toute intervention réversible : le musée des Confluences s'est appuyé sur l'expertise du CICRP et du C2RMF pour faire valider sa méthodologie et le choix de certains prestataires.

Compte tenu de l’extrême variété de tailles et de matériaux des collections du musée des Confluences, la quasi-totalité des restaurations est en effet effectuée par du personnel extérieur agréé par le Service des musées de France auprès de la Fédération française des professionnels de la conservation-restauration, dans le respect du code de déontologie de l'ICOM. Bien souvent, une étude préalable se révèle nécessaire pour analyser la composition des pièces en vue de leur restauration.

Ces restaurations peuvent être lancées à l’occasion d’événements particuliers, comme des prêts pour des expositions extérieures ou des études scientifiques. Elles peuvent également intervenir dans le cadre d'opérations de plus grande envergure, comme l'ouverture d'un musée : c'est le cas au musée des Confluences où des programmes pluriannuels de restauration sur les spécimens naturalisés ont été mis en oeuvre pour analyser l’état des pièces et, selon les cas, en stabiliser l’état, assainir les objets ou les traiter plus profondément. De plus, un chantier des collections a été mis sur pied avec l’assistance d’un prestataire extérieur, pour préparer à la fois l’ensemble des pièces prévues pour être exposées au musée des Confluences, et l’ensemble des collections de sciences humaines avant leur transfert dans les réserves du nouveau musée.

Certaines de ces restaurations ont marqué les esprits par leur qualité ou leur ampleur : la restauration du quart de cercle par Romain Jeanneret, restaurateur métal de la Haute Ecole-Arc de Neuchâtel sous la direction de Stéphane Crevat, a ainsi été menée avec un comité de restauration pluri-disciplinaire. Son mémoire de fin d'étude a été présenté aux JERI 2012 à Lyon pour témoigner de sa démarche exemplaire. Citons également les restaurations et soclages du Camarasaurus, de la rhytine de Steller ou encore du fameux mammouth de Choulans.

Les rapports de restauration seront progressivement mis en ligne, avec l'accord des restaurateurs : en effet, s'il s'agit bien d'archives publiques immédiatement communicables, les restaurateurs disposent de droits de propriété intellectuelle sur les photographies réalisées lors de leur intervention. Leur autorisation est donc indispensable.