Catherine BODET, responsable des collections archéologiques
Musée des Confluences
L’objectif de ce premier temps sur l’histoire des collections préhistoriques du Muséum est de replacer la naissance de la Préhistoire dans son contexte et de préciser comment les idées et les faits se sont articulés pour qu’apparaisse cette discipline. Ce tableau tracé à grands traits nécessiterait d’être circonstancié par l’exploitation des sources (comptes rendus de colloques, correspondances, articles de presse, etc.).
En s’attachant plus particulièrement aux personnalités liées à notre institution, il s’agit également de comprendre comment la collection s’est constituée. Chercher à déceler chez chacun des acteurs les centres d’intérêts, les intentions, le regard porté sur la discipline c’est aussi montrer que la science est avant tout œuvre humaine.
« L’archéologie préhistorique voit le jour dans la seconde moitié du XIXe siècle, à la faveur d’une mutation intellectuelle dans laquelle la France joue un rôle non négligeable ». [1]
Il s’agit d’une révolution mentale tenant à la fois aux nouvelles idées sur le temps du passé humain et à de nouveaux regards sur le matériel jusqu’alors collecté.
En effet, avec l’œuvre de Darwin, Sur l’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle en 1859, les nouvelles théories vont relayer le discours religieux sur l’histoire de l’humanité et permettre dès lors la recherche sur l’origine de l’Homme.
Dès l’Antiquité, la question des origines a suscité de nombreuses théories et questionnements. À la Renaissance, ces pierres bizarres intègrent les cabinets de curiosités et les premiers musées les nomment « pierres de foudre » car elles étaient réputées protéger son porteur de la foudre. Pour autant, si les vestiges du passé ont été rassemblés bien avant le XIXe siècle, on ne savait pas pour autant les ranger et les interpréter.
Ce matériel « revisité » par les pionniers de l’archéologie va permettre de construire la théorie de l’ancienneté de l’humanité.
La préhistoire se situe alors à la confluence des Sciences de l’Homme et de la Nature : c’est du côté des Sciences naturelles, la géologie et la paléontologie par la nécessité de reconstituer les événements du passé à travers les traces qu’ils ont laissés dans le sol. Et c’est aussi l’ethnologie par un de ces objectifs qui est d’expliquer le mode de vie et la pensée des populations disparues.
« Les acteurs de cette révolution sont donc en majorité des naturalistes et la première archéologie préhistorique est avant tout une histoire naturelle de l’homme. » [2]
Dans l’historiographie de la préhistoire, la fondation intellectuelle de la discipline revient souvent à Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes (1788-1868). Pour autant il faut plutôt insister sur la dimension collective et internationale de la révolution préhistorique.
Citons Claudine Cohen et Jacques Hublin pour qui « la naissance d’une discipline exige, en même temps que de profonds bouleversements dans les habitudes de pensée, les modèles intellectuels et les institutions du savoir, une longue maturation collective et ne saurait que dans une représentation naïve être attribuée à un seul homme ». [3]
Si Boucher de Perthes a cristallisé les recherches de personnages tels Casimir Picard, son maître, Paul Tournal et Vatard de Jouannet, il en fait la synthèse avec sa propre expérience dans la vallée de la Somme à Saint-Acheul et à Beauquesne. Le Musée des Confluences possède une pièce historique de ces fouilles.

Biface, Somme, Abbeville, photo J. Plantier
Les observations de Boucher de Perthes conduisent à distinguer deux âges de la pierre : Âge de la pierre taillée et Âge de la pierre polie. Jusqu’alors les industries en pierre, essentiellement des pierres polies, étaient attribuées aux Gaulois, les pierres non polies étant considérées comme des ébauches ou des ratés. En 1859, Boucher de Perthes prononce un discours célèbre « de l’homme antédiluvien » où il affirme l’ancienneté géologique de l’Homme.
À partir de 1860, l’ébullition scientifique doublée d’une frénésie de fouilles et d’une multiplication des découvertes provoquent l’organisation rapide d’une communauté scientifique européenne. Les publications se multiplient, les réseaux entre sociétés savantes, musées et collectionneurs privés se constituent.
Des congrès internationaux d’Anthropologie et d’archéologie préhistorique ont lieu chaque année. En 1872 des savants, industriels et financiers créent l’A.F.A.S. (Association Française pour l’Avancement des Sciences), l’objectif étant de rénover le pays par les études et l’esprit scientifique et promouvoir une nouvelle alliance du pouvoir avec les scientifiques et les milieux industriels et faire de la science un facteur de progrès industriel et social.
« Cette transdisciplinarité et l’internalisation de la discipline permettent d’inscrire le débat scientifique dans un espace de légitimité dépassant les carcans nationaux. » [4]
La preuve de l’ancienneté géologique de l’homme étant établie, il s’agit dès lors de structurer la connaissance d’une part par la chronologie et la classification et d’autre part par le développement des cadres théoriques.
«Dans les années 1850 c’est la stratigraphie qui avait permis aux savants anglais et français de régler la question de l’ancienneté de l’Homme. C’est également la stratigraphie qui avait fourni à Édouard Lartet les bases de sa classification paléontologique. » [5]
Il est un des premiers à adopter les idées de Boucher de Perthes et en 1860 et fait paraître un mémoire sur l’ancienneté géologique de l’espèce humaine.
Mais en 1872 avec Gabriel de Mortillet ( 1821-1898), la stratigraphie passe au second plan, sans toutefois disparaître. Pour la première fois c’est l’analyse typologique qui est fondamentale. La succession chronologique de Mortillet est organisée en fonction des lois de l’évolution linéaire alors dominante : l’idée est celle d’un système fondé sur la notion d’un progrès continu et global, de l’objet le plus simple, le plus vieux au plus complexe le plus récent.
« Dans les premières années du XXe siècle, deux controverses remettent en cause la classification industrielle synthétique mais trop rigide de Mortillet. D’une part la « bataille aurignacienne » menée par Henri Breuil (1911) invalide la théorie du développement continu des industries préhistoriques et rétablit la primauté de la pratique stratigraphique. » [6] Henri Breuil questionne moins les formes que le comment et le pourquoi des objets eux-mêmes, allant même jusqu’à s’essayer à la taille du silex.
« D’autre part la reconnaissance d’un art pariétal paléolithique restitue, au-delà de la dimension sociale et culturelle, la portée symbolique et spirituelle de la pensée de l’Homme préhistorique. Certains préhistoriens expriment ainsi leur volonté de dépasser les analyses univoques de leurs prédécesseurs pour poser la question du développement culturel dans sa complexité. » [7]
Dès le milieu du XIXe siècle, Lyon participe au grand mouvement de la vie intellectuelle et scientifique française. À partir de 1833 sous l’impulsion de Claude Jourdan , directeur de 1832 à 1869, les collections du Muséum se constituent.
Rendons compte de cette effervescence par la voix de Louis Lortet, dans le compte rendu de l’A.F.A.S. en 1906 : « les pièces nombreuses et d’une très grande valeur ne cessaient d’affluer au Muséum : les fossiles de l’Auvergne et de l’Allier donnés par Feignoux, la splendide collection de reptiles et poissons fossiles récoltés à Cerin, à prix d’or, par Victor Thiollière, des squelettes d’éléphants, de Mastodontes, de rhinocéros, trouvés dans le bassin du Rhône et enfin des instruments préhistoriques, bronze et silex dont l’étude commençait à intéresser le monde savant ». [8]
Claude Jourdan effectue les premiers achats d’objets archéologiques (1861), objets qui s’entassent dans les caisses au Palais Saint Pierre.
Il achète des pièces d’archéologie régionale, des objets des palafittes, des silex du Danemark auprès de marchands comme Vaganay, montreurs de curiosités auprès du Dr Lafond, ou de Victor Gross, auteur de l’ouvrage sur « les habitations lacustres du lac de Bienne » en 1873.
Les achats, unique mode d’entrée, persistent jusqu’en 1875. Puis la pratique d’acquisitions tend à disparaître : le mode d’entrée devient le don, l’échange avec d’autres institutions. S’établit alors une véritable politique scientifique initiée par Louis Lortet.
En 1870, Le Muséum occupe une salle du palais des arts, donnant sur la place des Terreaux (1870-1913). Sous la direction de Lortet, les collections du Muséum s’accroissent : tous départements confondus, ce sont près de 26 000 objets entrant dans les collections en 1872 et 19161 en 1873. Lortet réorganise les collections sur de nouvelles bases en s’entourant d’une part de scientifiques :Albert Falsan, géologue, Dumortier, paléontologiste, ou l’abbé Ducrost, archéologue et d’autre part de collaborateurs comme Ernest Chantre ( 1843-1924).
La première collaboration significative est celle avec l’abbé Ducrost (1868-1878) et concerne le site de Solutré.
Le site est découvert en 1866 par Henri de Ferry et Adrien Arcelin. L’abbé Ducrost participe aux fouilles et en 1870 il publie en collaboration avec Lortet l’étude de la station préhistorique de Solutré dans les Annales de la société de Géologie« l’étude de la station préhistorique de Solutré » puis en 1872 dans les Archives du Muséum d’histoire naturelle de Lyon.
Ce grand fonds représente plus de 1700 silex et ossements ; il donne un panorama des premières fouilles effectuées sur le site du Crôt du Charnier et les fossiles directeurs de la collection Ducrost montrent que toutes les périodes du Paléolithique supérieur connues sur le site (hormis le protosolutréen) sont représentées dans cette collection (20 000 à 16 000 ans av. JC).

Portrait d’Ernest Chantre, fonds photographique du Musée des Confluences
Si la collaboration scientifique entre Louis Lortet et l’abbé Ducrost jette les bases de la collection préhistorique, la politique des collections prend toute sa dimension avec Ernest Chantre à partir de 1870.
Citons à nouveau Lortet dans son allocution devant l’A.F.A.S. :
« Je suis obligé de citer à part le nom de mon ami M. Ernest Chantre, nommé sous-directeur et dont le zèle pour augmenter les collections du Muséum et pour leur entretien ne s’est jamais ralenti un instant depuis 30 ans. C’est grâce à l’aide de ce savant aussi éminent que modeste, que le directeur actuel a pu accomplir une tâche qui bien souvent semblait dépasser ses forces. C’est dans les laboratoires du Muséum et dans la galerie d’anthropologie que, depuis l’année 1878, M. Chantre a organisé et fait des conférences. Comme complément de son enseignement à l’Université, il y dirige chaque semaine un certain nombre de ses élèves dans des exercices pratiques d’anthropométrie. » [9]
Effectivement, entre 1870 et 1880, Chantre, géologue et professeur à l’Université, dispense un cours d’anthropologie au Muséum.
Il crée une galerie anthropologique et d’ethnologie préhistorique inaugurée le 2 février 1879 en présence de son ami Paul Broca et la même année il est nommé sous directeur du Muséum. Plus tard il assure un cours d’ethnologie à la faculté de Lettres (de 1892 à 1901).
Les collections sont alors classées géographiquement : collections « ethnologiques » (Inde, Mexique, Nouvelle Calédonie), collections de silex nord-américains, d’Égypte rapportées par Lortet et Chantre, crânes déformés de la nécropole de Koban au Caucase, silex du Danemark, du Liban… Les centres d’intérêt de Chantre sont nombreux et s’inscrivent dans le mouvement international de l’archéologie préhistorique.

La salle Préhistoire au Palais des Arts, fonds photographique du Musée des Confluences.
Dès 1867 Ernest Chantre apporte sa contribution à la définition de la discipline en avançant le terme de palethnologie et à sa construction théorique par la prise en compte du critère technologique des outils. Il participe également au débat sur les monuments mégalithiques et son apport sur l’Âge du bronze est fondamental. Soucieux de rendre publics les résultats de ses recherches, il s’attache à publier rapidement. Il échange avec Gabriel de Mortillet, figure dominante de l’archéologie et Émile Cartailhac (1845-1921).
Gabriel de Mortillet, professeur d’anthropologie à Paris, est conservateur du musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye depuis 1868. Il fonde la revue Matériaux pour l’histoire philosophique et positive de l’Homme, bulletin des travaux et découvertes concernant l’anthropologie, les temps antéhistoriques, l’époque quaternaire, les questions de l’espèce et la génération spontanée.
En 1873 au Congrès de l’A.F.A.S. à Lyon, Mortillet expose sa théorie du précurseur de l’homme. Chantre comme Cartailhac émettent quelques réserves.
En 1874, au congrès de Stockholm, Mortillet propose de diviser l’Âge du Bronze en France en deux époques : celle du fondeur et celle du chaudronnier. Chantre participe au Congrès et les archives départementales du Rhône conservent des échanges entre les deux hommes à ce sujet. La publication de Chantre en 1875 intitulée Âge du Bronze. Recherche sur la métallurgie en France fera référence et mettra fin à de longs débats.
Chantre collabore en 1869 et pendant de nombreuses années avec Émile Cartailhac à la revue les Matériaux pour l’histoire naturelle et primitive de l’homme, revue succédant à celle créée par Mortillet en 1864.
Par ces liens privilégiés, Cartailhac donne en 1879, 110 pièces du site de Laugerie en Dordogne.

Portrait de Gabriel de Mortillet, fonds photographique du Musée des Confluences.
C’est durant l’hiver 1853-1854 que l’existence de palafittes sur les bords du lac de Zurich est rapportée par Ferdinand Keller (1800-1881), archéologue et antiquaire. Les préhistoriens de l’Europe entière se précipitent vers les lacs suisses puis vers les lacs français, allemands et italiens.
Les rives du
lac, entre eau et forêt, étaient attirantes pour les agriculteurs de la fin de
la préhistoire. Elles ont livré une série de sites fondamentaux dans la
connaissance du Néolithique et de la protohistoire européenne ; leur caractère
exceptionnel réside dans la conservation presque parfaite des matériaux les
plus fragiles dans un milieu humide. Les relations avec Keller permettent de
nombreuses acquisitions.
Portraits du Dr F. Keller et J. d’Ollier de Marichard, fonds photographique du Musée des Confluences.
Chantre s’inscrit dans un véritable réseau dans lequel figurent les plus grands noms de l’archéologie régionale, française et étrangère.
Il entretient une étroite collaboration avec Jules Ollier de Marichard (1824-1901), pionnier de la préhistoire ardéchoise sur la question des monuments mégalithiques. Au retour du Congrès de Bruxelles en 1872, ensemble ils visitent « le camp de Solutré ». Dans une lettre adressée à Ollier de Marichard , Chantre fait état de la valeur de ses collections et lui rappelle sa promesse de donner une série d’objets ardéchois au Muséum de Lyon soit 120 pièces. [10]
Chantre échange également avec Hippolyte Muller (1865-1933), pionnier de préhistoire alpine, autodidacte et fondateur du Musée Dauphinois de Grenoble.

Portraits de groupe, fonds photographique du Musée des Confluences.
Ses rapports avec les archéologues étrangers sont nombreux : il s’agit de l’Anglais et géologue John Evans, des Suédois Montelius et Retzius et bien d’autres. Il rencontre ces scientifiques lors des colloques auxquels il participe.
En 1869 au Congrès de Copenhague il retrouve Quatrefages, Smith, Henri Martin, Alexandre Bertrand.

Congrès de Copenhague de 1869, fonds photographique du Musée des Confluences

Congrès préhistorique de France à Tours, 1910, fonds photographique du Musée des Confluences
Dans les années 1875, Mortillet et Chantre établissent des liens amicaux avec les scientifiques scandinaves.
À Moscou, au congrès et à l’exposition anthropologique en 1879, ils retrouvent Montelius, Retzius, Smith, ainsi que les Français Broca, Quatrefages, Carthaillac.
Toutes ces collaborations scientifiques permettent à Ernest Chantre d’enrichir le Muséum : Evans donne en 1875 du matériel lithique d’Angleterre, d’Irlande, du Danemark et du Groenland et des objets plus ethnographiques du Groenland (modèle de bateau et de raquette).
Chantre pratique l’échange avec le musée royal de Bruxelles (en 1876) ou avec le musée de Fribourg.
Il accomplit de nombreuses missions scientifiques et collecte un matériel important (1879 : Arménie ; 1881 : Russie et Caucase où il fouille la nécropole de Koban ; 1880 : Portugal et Espagne ; 1883 : Italie, Autriche, Russie ; 1894 : Cappadoce ; 1897-98 : Égypte et Nubie ; 1907-08 : Tunisie).
L’approche scientifique de Chantre semble osciller entre les antagonismes du XIXe siècle, c’est-à-dire entre « deux ordres de recherche, l’un relatif au Paléolithique tourné vers les sciences naturelles, l’autre relatif au Néolithique et aux âges des métaux tournée vers les sciences historiques. » [11] .
Pour autant, au regard de ses études, il tente une synthèse en utilisant l’étude comparative des mobiliers archéologiques dans une perspective culturelle.
Chantre associe Claude Gaillard à ses recherches scientifiques dès 1886. Préparateur au laboratoire du Muséum en 1887, Gaillarden devient directeur en 1909.
Il organise le déménagement des collections du Palais St Pierre au Muséum boulevard des Belges (1913), bâtiment inauguré le 14 juin 1914 par Édouard Herriot.
Ce n’est qu’en 1925 qu’une nouvelle galerie dite d’anthropologie au premier étage la rotonde est ouverte aux publics ; elle rassemble en fait des documents relatifs à la Préhistoire et à la Paléontologie humaine, avec quelques séries d’objets ethnographiques. Il s’agit des fouilles de Léopold Chiron aux grottes Chabot et Figuier, des fouilles Laurent et Cote à Soyons, Orgnac et des fouilles Pissot et Côte dans l’Ain.
Il faut attendre 1939, pour voir la création d’une salle de préhistoire.

La salle de préhistoire en 1939, fonds photographique du Musée des Confluences
« […] pour le classement et la présentation des instruments en pierre taillée ou polie, Le Muséum de Lyon a bénéficié de la collaboration de plusieurs savants préhistoriens, entre autres Mme et M. Saint-Just-Péquart de Nancy, du Dr Loppé de la Rochelle, de feu le Dr Henri-Martin, de M. Passemard de Nîmes et surtout de notre très dévoué concitoyen Claudius Cote. Les principales collections de l’industrie lithique proviennent de Solutré, de la Quina, de Curson dans la Drôme, des grottes de Soyons et de diverses stations préhistoriques des bords de l’Ain. Les instruments d’époque moustérienne et aurignacienne sont dus en partie aux recherches à La Quina de notre bien regretté collègue et ami, le savant Dr Henri Martin, ainsi qu’aux fouilles de Claudius Côte à la Quina et au Roc en Charente. Une superbe série de quartzites taillés a été découverte en 1889 à Curson associée aux ossements d’un mammouth de même âge que le mammouth trouvé en 1859 montée de Choulans […]. De plus nous avons eu la bonne fortune de recevoir l’une des sépultures les plus typiques de Téviec en Bretagne. Cette sépulture appartient à la période mésolithique ; elle a été très gracieusement offerte par Mme et M. St Just Péquart, les savants et très actifs préhistoriens de Nancy.
M. Pissot […] a bien voulu nous offrir un squelette humain néolithique découvert en collaboration avec le Dr Le Tessier, dans l’abri Gay, sur la rive gauche de l’Ain […]. À tous ces objets de l’âge de pierre ont été ajoutés de nombreux documents de l’âge du bronze et du Premier âge du fer recueillis dans les environs de Lyon, dans les Alpes, en Suisse, en Corse, au Caucase, en Asie Mineure et en Égypte […]. À l’entrée de la salle a été disposée avec l’aimable collaboration de M. Claudius Cote, une petite vitrine pour servir à l’initiation préhistorique […]. Toutes ces collections sont loin d’être parfaites. Elles seront peu à peu améliorées, augmentées, grâce à l’activité scientifique de nos concitoyens. » [12]
Plusieurs campagnes de fouilles sont conduites entre 1928 et 1934. Elles ont mis en évidence de riches habitats associés à des nécropoles et ont fait de Téviec (avec Hoédic) un des sites majeurs pour la compréhension du Mésolithique en Armorique.
Sur l’Île de Téviec, dans le golfe du Morbihan, plus d’une douzaine de sépultures étaient rassemblées sur quelque 300 m2 fouillés par Marthe et Saint- Just Péquart, pionniers de l’archéologie insulaire. La plupart contenaient 2 ou 3 individus associant parfois jusqu’à 6 individus et presque toujours adultes et enfants. Les corps ont été déposés en flexion forcée dans des fosses et sont accompagnés d’un riche mobilier funéraire : parures de coquillages, lames tronquées.
L’extrême sérieux des recherches des époux Péquart et leur approche de terrain en font les grands spécialistes des fouilles des années trente en France.

Fouille de sépultures, Morbihan, Téviec.
Nous disposons d’archives de courriers échangés entre Claude Gaillard et Marthe Péquart au sujet de la présentation d’une double sépulture. En fait les deux squelettes proviennent de deux sépultures différentes mais dans un esprit pédagogique Gaillard et Mme Péquart se sont accordés pour une présentation aux visiteurs.

Double sépulture, Morbihan, Téviec, collection Musée des Confluences
Véritable collectionneur, donateur de nombreuses collections (Musée du Louvre, Musée des Beaux-arts de Lyon), numismate, collectionneur de tableaux, il donne au Muséum plus de 3 000 objets entre 1906 et 1943. Les dernières pièces entreront dans les réserves en 1960 (legs de Mme Cote).
Archéologue lui-même, Claudius Cote complète la collection de Solutré après une véritable « chasse » à l’objet dont voici quelques extraits.
« Monsieur et cher collègue, ne vous préoccupez pas de songer que vous allez devenir un commerçant en préhistoire ! Quand vous saurez que je suis un amateur sérieux et que toutes mes collections sont léguées au Muséum de Lyon (mes collections sciences naturelles y sont déjà et forment de vastes salles. Renseignez vous auprès de mes amis Breuil, Bouyssonie, Lejeune, Schleicher, la famille de mon regretté Henri Martin ? Ils vous diront qui je suis pour enrichir le Muséum de Lyon. Du reste les 3 pièces que je vous demande de me céder seront bien mieux à leur place à Lyon qu’à Paris ou Londres ! (…) » Dans un autre courrier : « certainement vous me connaissez mal, si vous saviez les salles entières que j’ai données au Muséum de Lyon, vous comprendriez que ma collection de préhistoire ne sera pas dispersée mais formera une démonstration de l’Histoire²de la Préhistoire française. C’est pour cela que je ne cherche que des types parfaits et que chaque gisement est représenté par les plus beaux types… » [13]
Le dernier récolement des collections (23 000 objets) nous offre de belles surprises : en effet nous redécouvrons une collection de 215 pièces du Cap Blanc en Mauritanie. Ces objets collectés et étudiés par Mme Crova lors de fouilles entre 1909 et 1912 étaient inconnus. Théodore Monod arrivé en 1922 en Mauritanie n’en avait pas connaissance.
Nous redécouvrons également les collections de Minet El Dalieh (actuel Liban), station néolithique découverte par le Père Raoul Desribes en 1914, collections que nous partageons avec le musée de Beyrouth (don en 1925 de 80 pièces de Minet el Dalieh en Syrie et de 120 des stations des Sables de Beyrouth).
Perspectives de recherches :
L’étude historiographique va tout d’abord se préciser par l’exploitation des archives. Elle va se focaliser sur la personnalité d’Ernest Chantre et sur ses fouilles au Caucase. L’analyse de son fonds photographiques (2000 pièces), de ses albums d’hommes illustres, de ses voyages et archives personnelles nous permettra de mieux cerner celui qui fut en son temps un précurseur.
Nous pourrons ainsi éclairer la situation particulière du Muséum de Lyon dans l’histoire des muséums français.
- COHEN C. , HUBLIN J.-J., Boucher de Perthes, les origines romantiques de la Préhistoire, Paris, Belin 1989.
- COYE N., « Remous dans le creuset des temps : la Préhistoire à l’épreuve des traditions académiques (1850-1950) », n° 4 tome 102, in Bulletin de la SPF 2005.
- COYE N., La Préhistoire en parole et en acte. Méthodes et enjeux de la pratique archéologique (1830-1950), Paris, L’Harmattan 1997.
- DORTIER J. F., « La Naissance de la Préhistoire », in Sciences Humaines, n° 171, mai 2006
- GROENEN M., Pour une histoire de la Préhistoire, Paris, Jérôme Million 1994.
- LAMING-EMPERAIRE A., Origines de l’archéologie préhistorique en France, de superstitions médiévales à la découverte de l’homme fossile,Paris, Picard,1964
- LAMING-EMPERAIRE A., L’archéologie préhistorique, Paris, Seuil 1966.
- RICHARD N., L’invention de la Préhistoire, une anthologie, Paris, Presses Pocket 1992.
-TSCHERTER E., PAILLOLE C., Jules Ollier de Marichard, ardéchois passionné et pionnier de la Préhistoire, Vivier-sur-Rhône, Somapub, 2006.
[1] Noël Coye, « La Préhistoire ,une science utile », in La Préhistoire en France, 100 ans de découvertes, Dossiers d’archéologie, n°296, septembre 2004
[2] Coye N., Remous dans le creuset des temps : la Préhistoire à l’épreuve des traditions académiques (1850-1950) in Bulletin de la S.F.P., n°4, t.102, 2005
[3] Cohen C., Hublin J.-J., Boucher de Perthes, les origines romantiques de la Préhistoire, Paris, Belin, 1989
[4] Idib p.4
[5] Idib, p.5
[6] Idib p.5
[7] Idib, p.5
[8] Louis Lortet, Le Muséum d’histoire naturelle de Lyon par le Docteur L. Lortet, A.F.A.S., Congrès de Lyon 1906, Lyon, Rey, 1906, Archives du Musée des Confluences
[9] Idib
[10] Tscherter E., Paillole C. Jules Ollier de Marichard (1824-1901), ardéchois passionné et pionnier de²la Préhsitoire, Somapub, Viviers-sur-Rhône, 2006.
[11] Laming-Emperaire A.,Origines de l’archéologie préhistorique en France, des superstitions médiévales à la découverte de l’homme fossile , Paris, Picard, 1964.
[12] Allocution de Claude Gaillard, inauguration de²la salle Préhistoire, 23 juillet 1939, archives du Musée des Confluences
[13] courrier à Testot-Ferry, 23 novembre 1939, archives Musée des Confluences