L’œuvre des directeurs du muséum au XIXe siècle :
Gilibert, Mouton-Fontenille, Jourdan, Lortet

Louis DAVID, directeur du muséum 1963-1999

Quatre directeurs ont dirigé le Muséum d’histoire naturelle de Lyon après la Révolution, c’est à dire de 1796 à 1909 pour ce qui est du XIXe siècle. Chacun, en ses domaines privilégiés mais aussi en faveur des autres disciplines, a œuvré à l’enrichissement des collections.

Emmanuel GILIBERT (1741-1814)

Directeur 1796-1814

1768 : Médecin, il est passionné par la botanique qu’il enseigne.

1772 : Il publie « L’anarchie médicinale, ou la médecine considérée comme nuisible à la santé ».

1774-1783 : Sur la recommandation de Haller et de Genan, il est appelé par Stanislas II, roi de Pologne, pour réorganiser l’école de Médecine de Grodno puis de Vilna (Vilnius, Lituanie). Il crée un célèbre jardin botanique dans cette ville. Parution de plusieurs livres sur la flore lituanienne.

1784 : Retour à Lyon comme médecin chef pour les épidémies et médecin de l’Hôtel Dieu.

1789 : Début de son engagement en politique.

1792 : Administrateur des Collèges et professeur d’histoire naturelle à l’Institut pour l’Éducation publique.

1793 : Arrivé second au premier tour de scrutin pour l’élection du maire, il est emprisonné en vue d’obtenir son désistement. Il refuse et, le 27 février, est élu maire de Lyon : il subit de fortes pressions et finit par démissionner le 4 mars. Il sera pourtant maintenu en prison, transféré à Mâcon le 11 avril où il sera finalement acquitté début mai.

Rôle actif durant la rébellion et le siège.

Réussit à s’enfuir lors de la défaite et, pendant 18 mois, il mène une vie errante dans le Midi, jalonnée de deux tentatives de suicide.

1795 : Retour à Lyon.

1796-1803 : Création de l’École centrale où il enseigne l’histoire naturelle et joue le rôle de directeur.

Création du jardin botanique dans le clos de La Déserte, à la Croix-Rousse.

Direction des cabinets d’histoire naturelle, ébauche du Muséum, confié à l’Académie avant la Révolution ; mais les collections sont restées au Palais Saint-Pierre et ne seront transférées à La Déserte qu’en 1808 (arrêté du préfet de 1802).

1804-1814 : après 1803, cet excellent professeur continue à donner des cours publics municipaux dans le cadre du Jardin. Il mourra en 1814.

Il est, avant tout, un botaniste qui sera traducteur et adaptateur de Linné (même si l’adaptation est parfois très libre).

Philippe MOUTON-FONTENILLE (1769-1837)

Directeur 1816-1830

D’abord professeur au lycée (école Centrale), il devient directeur du Muséum en 1816.

C’est un naturaliste mais avec deux spécialités majeures, l’ornithologie et la botanique, ainsi qu’en témoignent ses publications principales.

C’est seulement deux ans après le décès de Gilibert que la municipalité lui confie les collections et l’enseignement de l’histoire naturelle. Or les travaux de transfert du muséum au sein du Palais Saint-Pierre, bien que décidés dès 1813, se traînent avec une lenteur désespérante. En 1824, l’architecte demande qu’on double le nombre des ouvriers pour finir le chantier, ce qui sera fait en 1826, après treize années !

Seuls les herbiers ne seront pas transférés et resteront à la Déserte ; depuis ils seront gérés par le jardin botanique et non par le muséum. Quant aux autres collections il est difficile d’en faire le bilan entre les entrées et les destructions : ce n’est qu’après 1826 que les collections personnelles de Mouton-Fontenille peuvent rejoindre les autres et qu’un petit budget d’achat et d’entretien est enfin obtenu.

Lui aussi est traducteur et adaptateur de Linné, comme Gilibert.

Claude JOURDAN (1803-1873)

Directeur 1832-1869

Professeur de zoologie à la faculté des Sciences dont il sera le Doyen. C’est à 29 ans, en 1832, qu’il devient aussi directeur du Muséum.

Un projet de grands travaux est lancé au sein du Palais Saint-Pierre pour accueillir dignement le Muséum : achèvement en 1836, inauguration en 1837.

Après avoir parcouru la France pour enrichir les collections, il obtient l’autorisation de visiter la Suisse, l’Allemagne, la Hollande et l’Angleterre.

Le mouvement scientifique est intense autour du Muséum enfin digne de ce nom. L’Académie, les sociétés Linnéenne, d’Agriculture, de Médecine… contribuent à créer une riche bibliothèque et les donateurs de collections se pressent. En 1841, le 9ème Congrès scientifique se tient à Lyon.

Mais, à partir de 1848, Jourdan se désintéresse peu à peu du musée (dont le budget a aussi diminué de 20 %) pour ne se consacrer qu’à ses recherches personnelles sur le bassin du Rhône. Il accumule les fossiles dans les caves tandis que les animaux empaillés servent de décor pour le Grand Théâtre et de modèles pour les peintres.

Le déclin est lent, mais régulier, dans l’indifférence générale, y compris celle de son directeur.

Heureusement, Jourdan, déjà conseiller municipal et conseiller général, décide de se présenter aux élections nationales du corps législatif. Pour ne pas être gêné dans sa campagne, il démissionne de ses postes de professeur et de directeur (bel exemple !)…

Il ne sera pas élu, mais le Muséum sera sauvé.

Louis LORTET (1838-1909)

Directeur 1870-1909

Homme exceptionnel…Docteur en Médecine et docteur es Sciences naturelles.

1868 : Professeur d’histoire naturelle à l’École préparatoire de Médecine.

1869 : Chargé de cours de zoologie à la faculté des Sciences.

1874 : Professeur de zoologie et physiologie à la faculté des Sciences.

1877 : Quitte ce poste pour occuper la chaire de parasitologie et histoire naturelle à la faculté de Médecine, nouvellement créée. Il en est aussitôt le premier Doyen et le restera jusqu’en 1904.

1870-1909 : directeur du Muséum qui attire, au palais Saint-Pierre, jusqu’à 500 000 visiteurs à la fin du siècle.

 L. Lortet est :  physiologiste et parasitologue, zoologiste et paléontologue, archéologue et égyptologue, accessoirement …sportif (2 ascensions la même semaine au sommet du mont Blanc pour étudier le mal des montagnes, 1869), géographe, préhistorien…

Il crée les Archives du Muséum, série d’ouvrages de prestige qui durera jusqu’en 1999. Elles abritent sa grande monographie sur la « Faune momifiée de l’Égypte ancienne », toujours d’actualité.

Il lance l’Association lyonnaise des amis des sciences naturelles qui, en parallèle avec la Ville ou le Conseil général, permet d’acquérir, ou d’attirer, d’importantes collections qui s’ajoutent à celles que Lortet ramène lui-même de ses nombreuses missions : Grèce, Syrie, Liban, Palestine, Turquie, Égypte… C’est elle qui est à l’origine de l’intégration du mammouth de Choulans (découvert dans le 5ème arrondissement de Lyon) dans les collections, devenu depuis le véritable symbole du muséum.    

Il est à l’origine du projet de construction d’un Muséum au sein du parc de la Tête d’Or, malheureusement avorté en 1885.

De 1879 à 1909, Lortet a été secondé dans sa tâche par un sous-directeur : Ernest Chantre.                                    

Conclusion :

Les quatre directeurs qui se sont succédés à la tête du muséum de Lyon au cours du XIXème siècle sont à l’origine du très grand essor du musée : patrimoine de très grande importance quantitativement et qualitativement, juste et considérable renommée scientifique, fréquentation inégalée par le public.


Quelques références bibliographiques :

D’Emmanuel GILIBERT :

Démonstrations élémentaires de botanique… par La Tourette et Rozier, revu, complété, illustré par Gilibert, 6 vol.,  Lyon 1796.

Abrégé du système de la nature de Linné.  Lyon, 1802.

Histoire des plantes d’Europe, 3 vol., 1806.

Synopsis plantarum horti lugdunensis,  Lyon, 1810.

De Philippe MOUTON-FONTENILLE :

Tableau des systèmes de botanique généraux et particuliers… Lyon, 1798.

Analyse du système sexuel de Linné, Lyon, 1798.

Observations et expérimentations sur l’art d’empailler et de conserver les oiseaux, Lyon, 1801 (en collaboration avec Hénon, directeur de l’école Vétérinaire).

Dictionnaire des termes techniques de botanique, Lyon, 1803.

Système des plantes, 5 vol, Lyon, 1804-1805 (traduit et adapté de Linné, première traduction française).

Catalogue raisonné des livres de botanique… Lyon, 1809.

Traité élémentaire d’ornithologie, 2 vol, Lyon, 1811.

Traité élémentaire d’ornithologie, 2 vol., Lyon, 1811.