Bruno JACOMY, conservateur en chef des collections du Musée des Confluences
Le Muséum de Lyon est actuellement en pleine mutation. Une mutation majeure vers un nouveau musée, le Musée des Confluences, qui aujourd’hui commence à sortir de terre.
Ce changement important s’inscrit dans une histoire plus que bicentenaire qui a vu naître le Muséum d’Histoire naturelle puis le musée Guimet, a connu des regroupements de collections, des constructions nouvelles, des déménagements, des changements de noms, une vie finalement mouvementée…
Comme à chaque rebondissement important de cette histoire, la mutation actuelle est l’occasion de faire le point, de jeter un regard en arrière pour mesurer le chemin parcouru, comprendre comment se sont déroulés les événements et surtout pourquoi ces changements d’orientation se sont produits, dans le contexte des différentes époques.
L’histoire de l’institution est assez bien connue. Quelques ouvrages et plusieurs travaux universitaires nous relatent assez précisément cette aventure qui a vu un cabinet de curiosités se muer en Muséum, ce musée d’histoire naturelle rejoindre un musée des religions, puis un musée colonial, l’institution que nous connaissons aujourd’hui en constituant la synthèse.
Mais comme généralement en pareil cas, on s’aperçoit que les collections elles-mêmes, qui constituent pourtant la chair de ce musée, n’ont pas eu droit à ce travail de mémoire. Les collections se révèlent, comme souvent, être le parent pauvre de cette histoire. Pourtant, ce sont ces objets et spécimens qui font la personnalité du musée et qui témoignent fidèlement de la personnalité des hommes qui ont jalonné son histoire. Les collections sont variées dans les zones géographiques, les critères de rareté ou de représentativité, la beauté ou le côté spectaculaires, mais elles ne sont jamais le fruit du hasard. Les objets reflètent bien les centres d’intérêt, les orientations scientifiques ou culturelles des directeurs, professeurs ou collectionneurs qui ont fait ce musée. Des personnages que nous allons côtoyer au cours de ces rencontres et que, souvent, on aurait bien du mal à faire entrer dans une catégorie bien définie. Tout à tour naturalistes, géologues, anthropologues, historiens, archéologues, ils ont rassemblé, collecté, rapporté de l’autre bout de la planète ce qu’ils estimaient utile à l’enseignement de la population. Et demain, nos successeurs pourront discerner, au vu de ces collections qui continuent à s’accroître, la politique culturelle qui nous conduit aujourd’hui vers le musée des Confluences.
Un simple tour d’horizon du contenu du Muséum de Lyon, mis en regard de celui des autres muséums dont la France s’est dotée tout au long du XIXe siècle, dégage toutefois un profil difficile à identifier. Le Muséum de Lyon est-il l’archétype de ces musées associant l’homme au sein de la nature et l’homme dans ses cultures, généralement extra-européennes, ou bien, à l’opposé, notre Muséum est-il un cas à part, un musée atypique, fruit de la détermination de quelques hommes, d’une culture scientifique particulièrement active, d’une volonté politique dynamique, d’un milieu culturel et industriel ouvert à la quête de la connaissance ?
C’est pour répondre à ces questions que nous avons souhaité réunir ce colloque, non pas pour restituer une histoire que nous aurions déjà écrite, mais au contraire pour initier un travail en profondeur sur l’histoire des collections.
Qui les a constituées ? Dans quel but ? Pour qui ? Dans quelles circonstances ? Avec quels moyens ? Comment étaient-elles présentées ? Tout reste à faire et c’est pourquoi nous avons organisé ces rencontres en trois chapitres : le contexte local, national et international, la constitution des collections elles-mêmes et la muséographie de ces différents types d’objets culturels.
Dans chaque cas nous essaierons avant tout de mettre à plat ce qui est connu à ce jour, dans les deux principales catégories qui fondent cette collection : les sciences naturelles d’un côté, l’ethnologie extra-européenne de l’autre. Ce qui apparaît d’emblée comme un dénominateur commun à cet ensemble à première vue disparate, c’est un état d’esprit partagé par la plupart des collectionneurs qui ont constitué ce riche corpus. Un état d’esprit qui pourrait se résumer en trois mots : connaissance, mission et réseau.
En résumé, ces réseaux multiples, entrecroisés, ont forgé, et forgent toujours, la culture commune d’un milieu investi d’une mission de service public de partage de la connaissance.
Le milieu lyonnais, pétri d’une culture technique et industrielle, a-t-il joué un rôle particulier dans cette histoire d’hommes, de collections, d’institutions ? C’est une question, parmi bien d’autres, à laquelle ce colloque apportera sûrement quelques éclaircissements. C’est en tout cas ce que nous voudrions voir émerger des échanges qui nous réunissent aujourd’hui.