Philippe RICHOUX,
Chercheur associé auprès du Musée des Confluences, maître de conférences honoraire de l’Université Claude Bernard - Lyon 1
L’école entomologique lyonnaise, très florissante au XIXe siècle, comprend de très grands noms de l’entomologie européenne, dont le chef de file fut sans conteste Étienne Mulsant.
De nombreuses collections, contenant des types, nous sont heureusement parvenues malgré leur fragilité et attestent de l’énorme activité de leurs auteurs.
Deux institutions conservent l’essentiel de ces collections : le Muséum national d’Histoire naturelle à Paris (MNHN) et le Musée des Confluences à Lyon, au Centre de Conservation et d’Étude des Collections (CCEC).
Le Muséum national d’Histoire naturelle a reçu indirectement plusieurs collections d’entomologistes de la région lyonnaise, pour la plupart partielles, intégrées dans les collections d’autres entomologistes donateurs.
La collection d’Étienne Mulsant (1797-1880), conservée par son fils Victor (1819-1886), lui même entomologiste, supérieur du collège Sainte-Marie de Saint-Chamond (Loire), resta dans cette Institution. En 1944, à la demande du supérieur, Renaud Paulian, préleva l’ensemble des types de Mulsant et de ses coauteurs (Rey, Godart, Guillebeau) soit environ 140 types d’Hémiptères et de Coléoptères et les remit au Musée national d’Histoire naturelle.
La collection d’Albert Argod-Vallon (1859-1936) de Crest (Drôme) intègre des parties des collections Belon M.J. (1839-1912), Godart A. (1799-1887) et Villard L. (1838-1915).
La collection de Maurice Pic (1866-1957) de Digoin (Saône-et-Loire) intègre des parties des collections Belon M.-J. (1839-1912), Gabillot J. (1823-1907), Grilat R. (? -1915), Jacquet E. (1842-1888), Levrat G. (1823-1859) et Perroud B.-P. (1796-1878).
Le Centre de Conservation et d’Étude des Collections a le privilège d’avoir actuellement dans ses réserves quatre grandes collections complètes d’entomologistes lyonnais du XIXe siècle. Ces collections présentent une vue générale de l’entomologie de ce siècle ; leurs auteurs recouvrant l’ensemble du siècle : Donzel et Foudras pour la première moitié du siècle, Rey et Guillebeau pour la deuxième.
Originaire de Rive-de-Gier (Loire), il prospecta le massif du Pilat. Pour des raisons de santé il dut faire de longs séjours dans le sud de la France, essentiellement dans les régions de Digne (Alpes-de-Haute-Provence) et d’Hyères (Var) où il récolta de très nombreuses espèces de papillons. Il publia les descriptions d’espèces nouvelles dont les types sont dans sa collection.
La collection de Lépidoptères, léguée à la Société linnéenne de Lyon, présente une disposition très intéressante puisque les coffrets de grande taille, sont vitrés sur deux faces, ce qui permet d’observer les faces supérieures et inférieures des ailes sans déranger les exemplaires. Pour cela, sont collées sur les vitres inférieures des rondelles de liège sur lesquelles sont piqués les papillons.
La collection a été mise en dépôt au Muséum de Lyon en 1987.
Entomologiste dès son plus jeune âge, il se consacra, durant toute sa vie, à la récolte et l’établissement de sa collection. En contact avec de très nombreux naturalistes et entomologistes (Godart, Gabillot, Gacogne, Ormancey, Levrat, Armand), il fut l’un des cofondateurs de la Société linnéenne de Lyon en 1822. Il fut le principal mentor de jeunes entomologistes tels que Rey et Guillebeau. À sa mort, la famille donna sa collection au Lycée de Lyon (actuel Lycée Ampère). En 1980, elle fut mise en dépôt au Muséum de Lyon puis cédée à celui-ci en 1993.
Cette magnifique collection, installée dans son meuble d’origine, en noyer, contient une centaine de coffrets tiroirs vitrés de grande taille. Tous les ordres d’insectes, dont un tiers de Coléoptères, y sont présentés. Cette collection, en dehors de son intérêt scientifique évident, représente une méthode particulière de présentation des insectes dite « à la lyonnaise », qu’il a initiée. Les insectes sont montés sur de longues minuties et disposés en série sur des bandes de moelle de sureau, complétées par des croquis de détail.
Dès sa jeunesse, il manifesta un goût prononcé pour l’entomologie et explora la région lyonnaise avec son condisciple Guillebeau. Au contact des entomologistes lyonnais, mais surtout de Foudras, il acquit une expérience qui lui valut de devenir le principal collaborateur de Mulsant dans la réalisation de « l’Histoire naturelle des Coléoptères de France » et de « l’Histoire des punaises de France » puis de continuer cette œuvre à la mort de celui-ci.
Sa collection, dans son meuble d’origine, fut léguée à sa mort au Muséum de Lyon. Elle se compose principalement de 138 boîtes de Coléoptères et de 21 boîtes d’Hémiptères. Les insectes, dans leur majorité, sont piqués « à la lyonnaise » ; à la fin de sa vie, il utilisa pour les plus petits et les plus fragiles la méthode des insectes collés sur des paillettes. Pour les localités de ses captures, il utilisa un code de pastilles colorées qui malheureusement deviennent difficiles à décrypter avec le temps. Heureusement, avec sa collection, Rey a laissé un catalogue très précis d’une bonne partie de son contenu, ce qui permet de contrôler les localités.
Comme son condisciple et ami Rey (pensionnat Gaillard à Lyon), il s’intéressa très jeune aux Coléoptères, commença à monter une collection aidé par Foudras et les entomologistes lyonnais. Très occupé par ses activités professionnelles, il délaissa l’entomologie durant près de trente ans. À partir de 1874, il reprend ses voyages et excursions entomologiques en France et en Europe dans le but d’accroître sa collection.
Sa collection de Coléoptères, fut acquise par le naturaliste Paul de Fréminville (1859-1939) qui l’intégra dans sa collection d’insectes (environ 180 cartons) mais en authentifiant les exemplaires de Guillebeau. Elle fut cédée au Musée de Brou (Bourg-en-Bresse) puis mise en dépôt au Muséum de Lyon en 1997.
Spécimens de la collection Fréminville.
Photo V. Marengo© Musée des Confluences
Ces quatre collections entomologiques majeures, représentatives de l’activité de « l’école entomologique lyonnaise du XIXe siècle » sont actuellement au Centre de Conservation et d’Étude des collections du Musée des Confluences, arrivées dans des conditions toutes différentes. Ce Centre de Conservation présente des moyens de conservation et de mise à disposition des chercheurs de grande qualité que n’ont pas actuellement les autres institutions scientifiques de la région (universités, musées, associations naturalistes, etc.).
Entre autres, la Société linnéenne de Lyon et le Musée de Brou à Bourg-en-Bresse (Ain) ont pensé que leurs collections patrimoniales seraient à la disposition des chercheurs dans de bien meilleures conditions d’étude pour ce matériel très ancien donc fragile. On ne peut que souhaiter que cette politique de mise en dépôt perdure, le regroupement des collections anciennes et même des plus récentes, offertes à différentes institutions ou conservées dans les familles ne peut que les valoriser et attirer les chercheurs.
CAMBEFORT Yves. Des coléoptères, des collections & des hommes, Paris, Muséum national d’Histoire naturelle, 2006, 375 p.
CLARY Joël, ALLEMAND Roland et RICHOUX Philippe. « L'école entomologique lyonnaise du XIXe siècle », Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, n°57, vol. 9, 1988, p. 287-293.
FELLISIS-ROLLIN Jules. « Notice nécrologique sur Étienne MULSANT», Annales de la Société entomologique de France, n°10, 1881, p. 403-412.
GOUTAGNY Etienne. « Un entomologiste de réputation mondiale : FRANCISQUE GUILLEBEAU Maire du Plantay de 1858 à 1874 », Revue de l’Académie de la Dombes, n°6, 1987, p. 14.
MARSEUL Sylvain Auguste (de). « Les Entomologistes et leurs écrits », L'Abeille, n°26, 1882-1887, p. 1-286.
MULSANT Marc. « Étienne Mulsant (1797-1880), entomologiste & poète », Actes des journées d’études 1993, Amplepuis et sa région. Lyon, Union des Sociétés historiques du Rhône, 1994, p. 9-20.