La Société Linnéenne de Lyon, ses collections

et ses relations avec le Muséum

Yves TUPINIER et Christian BANGE,

anciens présidents de la Société Linnéenne de Lyon

Introduction

Après des débuts timides au XVIIe siècle, la création d’académies et de sociétés savantes provinciales prenant en compte les sciences naturelles parmi leurs objets d’étude a bénéficié au XVIIIe siècle d’un développement important. [1] Bien qu’à Lyon, dépourvue d’Université et de Parlement, et vouée en principe au rôle de place financière, les circonstances fussent moins favorables que dans les villes où siégeaient des États et des cours souveraines dont les membres étaient généralement cultivés ou se targuaient de compter au nombre des « curieux », il s’établit néanmoins en 1700 une Académie qui, après diverses tribulations, prit le titre d’Académie des Sciences, Arts et Lettres. Plusieurs de ses membres ont compté dans le domaine des sciences de la nature – nous nous bornerons à rappeler les noms de Claret de La Tourrette et de Gilibert, dont on parle par ailleurs au cours de ce colloque – et c’est tout naturellement que l’Académie bénéficia de legs importants qui la mirent en possession de bibliothèques et de collections d’histoire naturelle. Elle fut supprimée, comme toutes les Académies, à la Révolution, et ses collections confisquées constituèrent le noyau des collections publiques, qu’il s’agisse de l’actuelle Bibliothèque municipale, du Musée des Beaux-Arts ou du Muséum d’Histoire naturelle. Lorsque l’Académie ressuscita après la tourmente révolutionnaire, d’abord sous le nom d’Athénée en l’an VIII (1800) avant de reprendre son titre d’origine quelques années plus tard, elle ne reprit pas possession de ses collections. Il advint que des naturalistes étrangers lui fissent hommage de matériaux intéressants – c’est le cas du Prince Alexandre Sapieha qui, de passage à Lyon, fit en juillet 1804 une communication sur la géologie du Mont Cenis et déposa à l’Académie des échantillons minéralogiques qui validaient ses dires – mais elle ne les conserva pas, et, dans l’exemple que nous citons, les objets offerts par Sapieha furent remis à Gilibert, qui présidait la séance, afin d’être déposé dans le Cabinet d’Histoire Naturelle de la Ville, dont il était précisément le Conservateur en même temps qu’il était Professeur au Jardin Botanique. [2] Il serait utile de procéder à une étude des archives de l’Académie pour déterminer combien d’objets sont entrés par ce canal dans les collections du Muséum.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on voit essaimer à partir des Académies existantes des Sociétés d’Agriculture, à l’initiative du pouvoir central. Ces sociétés spécialisées se voyaient assigner une tâche bien précise, s’occuper de l’agriculture, du commerce et des arts et de tout ce qui s’y rapporte, et leur recrutement était bien moins élitiste que celui des Académies, puisque les académiciens qui acceptaient d’en former le noyau initial pouvaient s’adjoindre des hommes de l’art, voire « de bons fermiers, des laboureurs intelligents, des vignerons, etc. » [3] La Société Royale d’Agriculture de Lyon, créée en 1761, connut des périodes d’activité et de déclin avant la Révolution, et elle fut dissoute elle aussi en 1793, avant de reprendre vie dès le 9 floréal an VI (28 avril 1798) sous le nom de Société d’Agriculture, d’Histoire naturelle et d’Arts utiles de Lyon. Elle compta à cette époque parmi ses membres de bons naturalistes, tels que l’infatigable Gilibert, mais aussi Sionest ou Mouton-Fontenille, qui fut professeur au Lycée impérial et à la Faculté des Sciences avant de devenir Directeur du Cabinet d’Histoire naturelle de la ville en 1816, et elle inséra dans ses Annales, tout au long du siècle, des mémoires importants portant sur l’histoire naturelle : Hénon, Jordan, Mulsant, Locard, membres de la Société Linnéenne, mais aussi Fournet, Jourdan, Falsan, pour citer des personnages qui ont joué un rôle important dans la gestion et l’enrichissement du Muséum, furent des membres actifs de la Société d’Agriculture. Toutefois, on ne voit pas qu’elle ait constitué des collections.

Tout autre est la situation de la Société Linnéenne de Lyon. Elle se crée le 23 septembre 1822 par la réunion des membres de la Société Linnéenne de Paris (honoraires ou correspondants) résidant à Lyon. C’est d’abord, pendant quelques semaines, une Colonie linnéenne, mais elle va très vite adopter le titre de Société Linnéenne de Lyon. Elle réunit d’anciens élèves de Gilibert ou de ses successeurs à la direction du Jardin Botanique, l’abbé Dejean, puis J. B. Balbis. Assisté par Mme Lortet, ancienne élève et collaboratrice de Gilibert qu’elle avait aidé à publier son Calendrier de Flore en 1809, (ouvrage qui constitue une véritable flore lyonnaise), Balbis rassembla autour de lui au Jardin Botanique une vingtaine de naturalistes lyonnais. Plusieurs étaient membres de la Société d’Agriculture, et continuèrent d’ailleurs de lui apporter leur concours, mais d’autres ne l’étaient pas. En revanche, la Société Linnéenne de Paris comptait à Lyon un autre membre honoraire, c’était Mouton-Fontenille ; dûment invité à participer à la fondation de la nouvelle société, il se borna à faire hommage d’un de ses ouvrages, mais s’abstint par la suite de prendre part à ses travaux. [4] Si la Société Linnéenne de Lyon reste fidèle aux obligations que lui impose la Société Linnéenne de Paris d’honorer la mémoire de Linné et de Tournefort par des manifestations telles que séances publiques ou excursions sur le terrain à leurs dates anniversaires (mai et décembre), elle honore Linné sans affectation, et retient d’abord du grand naturaliste suédois un état d’esprit et une méthode de travail, en se conformant à l’obligation de prendre en compte tous les êtres vivants, quels qu’ils soient, et de procéder à leur description avec un vocabulaire précis et une méthodologie rigoureuse. Mais elle n’hésitera pas à adopter la méthode naturelle pour le classement de la Flore lyonnaise publiée sous ses auspices en 1827, tout comme de ses collections botaniques.

La Société reçut rapidement l’autorisation des autorités, et bénéficia de leur protection. Elle put tenir ses réunions à l’Hôtel de la Préfecture, situé alors au cœur de la ville, près de l’actuelle place des Jacobins – la rue de l’Ancienne Préfecture en rappelle le souvenir – et y bénéficia jusqu’à la démolition de ce bâtiment en 1860 d’un local qui lui permit d’y loger sa bibliothèque et ses collections.

La Société Linnéenne se fixait comme but statutaire « d’accélérer les progrès de cette science [l’histoire naturelle], et principalement d’explorer les richesses naturelles que renferment le Lyonnais et les provinces limitrophes. » [5] Même si la Société d’Agriculture partageait cet objectif, elle consacrait principalement son activité à l’agriculture, aux inventions d’instruments aratoires, aux activités industrielles, ce qui n’intéressait guère les naturalistes. Mais il semble aussi qu’une autre cause ait joué dans la fondation de la Société Linnéenne : le désir de constituer une bibliothèque et des collections qui puissent servir au travail de ses membres.

La Société Linnéenne de Lyon et ses collections

En effet, dès 1822, avant même que la Société ait définitivement adopté ses statuts – ce qui eut lieu dans la séance solennelle du 28 décembre 1822 – les membres de la Société Linnéenne se sont efforcés de constituer des collections puis de les enrichir. Cela faisait partie de leur programme ; les statuts prévoyaient explicitement, dans leur article 19, que « les collections d’histoire naturelle sont confiées à la garde de trois Conservateurs, qui sont choisis parmi les Titulaires dans la séance de mars, et nommés pour trois ans. Ils peuvent être réélus sans interruption. » [6]

Effectivement, au moment même ou la Société prit forme, un effort tout particulier fut fait pour constituer une bibliothèque dont le fonds fut fourni par un don important (plus de cent ouvrages précieux de botanique remis par Benoit Vaivolet, ancien Syndic du Baillage de Beaujolais, puis ancien Président du Directoire du département après la réaction thermidorienne), ainsi que des collections. Celles-ci se développèrent à l’origine dans trois domaines : la botanique, la conchyliologie et les sciences de la terre, comme on peut le constater à la lecture du compte rendu d’activité publié en 1836 dans le premier volume des Annales : le secrétaire général (c’était le minéralogiste Toussaint Clemençon) a dressé la liste des donateurs et indiqué succinctement la nature des objets donnés. [7] Onze membres titulaires ou correspondants avaient participé à la formation de l’herbier, huit avaient donné des spécimens zoologiques, et pas moins de dix-huit membres avaient donné des fossiles et des échantillons minéralogiques. [8] Si les membres titulaires, résidant obligatoirement à Lyon, n’étaient admis qu’après lecture d’un mémoire scientifique, et moyennant le paiement d’une cotisation assez élevée (30 francs à l’origine, outre un droit d’entrée de 20 francs), les correspondants étaient dispensés de ces obligations : on les choisissait parmi les savants qui avaient bien voulu faire don de leurs ouvrages ou gratifier la Société d’échantillons intéressants, ce qui favorisait l’accroissement de la bibliothèque et des collections.

Un autre fait très remarquable, c’est que les préfets du Rhône ne se contentèrent pas d’héberger la Société ; il leur arriva d’assister à ses séances et d’enrichir ses collections : dès 1826, on signale que M. le Préfet – il s’agit du comte de Brosses – fait don « d’un magnifique échantillon de galène (plomb sulfuré) provenant d’un filon récemment découvert dans la commune de Propières » ; le même personnage donna quelques mois plus tard « un échantillon de roche feldspathique des environs de Bonifacio ». [9] La chose ne doit pas trop surprendre : les administrateurs de la Restauration se recrutaient parmi les membres de l’aristocratie et continuaient d’être fidèles au modèle de l’Ancien Régime, en portant une estime particulière à la culture des lettres et des sciences et en se flattant de détenir des bibliothèques, des collections d’objets d’art et des cabinets d’histoire naturelle. Par la suite, la Société continua d’entretenir de bonnes relations avec les préfets. À peine installé, Paulze d’Ivoy, le nouveau fonctionnaire mis en place par le régime de Louis-Philippe, reçut une délégation de la Société (16 août 1830), et quelques années plus tard, le préfet Rivet assista à la séance du 15 juin 1835 et fit don de deux oiseaux empaillés, un ibis noir et une aigrette blanche.

Il fallait loger dignement ces collections. Devant cet afflux d’objets, la Société fit en 1836 l’acquisition de deux armoires vitrées au prix de 370 francs (somme élevée pour l’époque, qui représentait environ une année de recettes). [10] En 1840, on prévoyait d’effectuer des réparations, dans les locaux, « et bientôt nous pourrons avec orgueil admettre les étrangers à visiter notre petit musée. » [11] En 1841, le préfet du Rhône, qui hébergeait la Société dans l’hôtel de la Préfecture mit une troisième salle à la disposition de la Société ; celle-ci s’empressa d’y transférer une partie des collections minéralogiques et d’y placer « des tiroirs recouverts de cadre vitrés […] pour y étaler la collection de conchyliologie. » [12]

Les renseignements sur l’accroissement des collections sont beaucoup plus difficiles à recueillir après 1850, car les comptes rendus d’activité ont cessé d’être publiés, à quelques exceptions près, et les procès verbaux manuscrits sont malheureusement incomplets. Il semble toutefois que l’enrichissement des collections ait concerné plutôt la zoologie (qui jusqu’alors comportait des vertébrés, en particulier des oiseaux, ainsi que des coquilles), et surtout l’entomologie : alors que celle-ci était peu importante jusqu’alors, le legs de la collection de papillons constituée par Donzel, en 1850, marqua le début du rassemblement de plusieurs collections entomologiques importantes. En revanche, et pour près d’un siècle, l’accroissement des herbiers a été des plus limités à partir de cette époque, si ce n’est le legs de l’important herbier bryologique qui avait été formé par Louis Debat, décédé en 1906. Il en alla de même, semble-t-il, des collections géologiques. Il faudra attendre 1923 pour voir mentionner plusieurs dons substantiels : fossiles (notamment trilobites et poissons du silurien d’Angers) de G. Crozel, haches et silex taillés du même donateur, échantillons minéralogiques de Gagnaire, Etiévant, Agniel, Barioz et Varichon, de Bonnal. L’accroissement des herbiers attendit encore plus longtemps. [13]

Les collections de 1822 à 1850

Les indications que l’on peut recueillir sur les collections rassemblées lors des débuts de la Société Linnéenne méritent d’être examinées en détail :

1 – Herbiers

Dans le premier recueil d’Annales, publié en 1836, le secrétaire général de la Société, Michel, a mentionné les collections botaniques dans les termes suivants :

« Et si nous possédons un herbier complet du département du Rhône ; si nous nous sommes enrichis des plus rares productions de la flore du Dauphiné et du Languedoc, des Alpes, de la Suisse et du Jura, ne faut-il pas en remercier madame Lortet, MM. Roffavier, Aunier, à qui nous en sommes redevables. […] C’est au zèle généreux des membres dont je viens de prononcer les noms, auxquels je me hâte d’ajouter ceux de MM. Dugas, Morel Dépaisse [sic, c’est Morel d’Epeisse], Madiot, Montagne et Seringe, que notre Société doit toutes ses richesses scientifiques. […] le frère et la famille de M. Valuy […] vous ont remis […] toutes les collections et tous les travaux […] de ce jeune naturaliste enlevé trop tôt aux sciences dont il était l’espoir […] ». [14] .

Dans la « Liste des principaux dons faits à la Société Linnéenne de Lyon », qui figure à la suite de ce compte rendu (pp. 43-53) apparaissent les noms d’Aunier (« un grand nombre de plantes du Dauphiné et autres »), Balbis (« un grand nombre de plantes pour les herbiers »), Madame Lortet (« collections de plantes du Mont-Cenis, des Alpes de la Suisse et du Mont d’Or, recueillies avec M. Roffavier »), M. de Martinel (« série d’échantillons de céréales ; graines étrangères, etc. »), Montagne (« plantes des environs de Lyon ; collections de plantes »), Roffavier (« collections de plantes du Mont-Cenis, récoltées avec madame Lortet ; plantes du Jura, récoltées avec M. Aunier ; grand nombre de plantes pour les herbiers »), Seringe (« les deux premières centuries contenant les cypéracées et les joncées de la Suisse ; un fascicule du genre Salix ») ; M. Valuy, de Lyon, frère du précédent [i. e. Pierre Valuy], (« son herbier et ses autres collections »). D’autres membres sont cités pour « divers objets d’histoire naturelle », sans plus de précision ; parmi eux figurent plusieurs naturalistes intéressés par la botanique (Champagneux, Dériard, Foudras, Madiot, Vaivolet), qui ont effectivement remis des spécimens d’herbier.

En consultant le Registre manuscrit des objets donnés à la Société, nous voyons qu’à partir du 20 décembre 1822, donc avant même l’adoption des statuts, Roffavier et Aunier ont déjà donné, l’un 374 espèces, l’autre 158. Le mouvement s’accélère au cours des premiers mois de 1823, avec des dons de Champagneux (101 spécimens), Balbis (204), Dériard (64), Vaivolet (181) et surtout Madame Lortet qui, en remettant 745 spécimens, double la taille de l’herbier phanérogamique, et lui procure également un grand nombre d’échantillons de cryptogames (190) provenant parfois de spécialistes renommés. En outre, les voyages accomplis par les uns et par les autres sont à l’origine de nouvelles accessions : en octobre 1823, Roffavier et Aunier déposent 110 échantillons recueillis au cours de l’herborisation qu’ils ont accomplie ensemble dans le Jura. Aussi, après une année d’existence, l’herbier a-t-il atteint plus de 2000 espèces. Les apports continuèrent d’affluer pendant les années suivantes, en particulier avec un apport important de Montagne, le cryptogamiste réputé, en 1829 (565 spécimens), puis il se ralentit à partir de 1830. Comme à cette époque on ne se préoccupait guère de rassembler d’abondants matériaux en vue d’établir la répartition géographique des végétaux, les botanistes de la Société durent assez rapidement considérer que leur herbier pouvait passer pour complet, et s’il accueillit des spécimens de quelques espèces jusqu’alors manquantes, l’herbier ne donna plus lieu à des accroissements importants. On se borna à lui incorporer l’herbier délaissé par Valuy et à établir, sans faire beaucoup de frais nouveaux, un « Herbier de la Flore lyonnaise » séparé, pouvant servir de témoin à la Flore Lyonnaise publiée en 1827 par Balbis sous l’égide de la Société.

Le compte rendu de l’année 1839, dû au Dr Clémençon, fait l’éloge des collections botaniques, sans mentionner d’accroissement notable : « La botanique, confiée à la surveillance éclairée et laborieuse de M. Roffavier, nous offre des herbiers précieux par leur riche développement et leur état parfait de conservation, et en première ligne nous devons placer l’herbier de la Flore lyonnaise, surveillé chaque année avec soin et augmenté avec zèle par notre conservateur et ses collègues en botanique : il peut être consulté avec fruit par les savants nationaux et étrangers. » [15] En 1840, le compte rendu a été rédigé par Alfred Rey, qui fait une nouvelle fois l’éloge de la réunion des plantes de la Flore lyonnaise, rendue de plus en plus complète », et mentionne un don important : « C’est avec plaisir et reconnaissance que nous avons accepté l’envoi fait par M. Bernard de Nantua ; les plantes alpines, pyrénéennes et méridionales, reçues de ce botaniste, sont toutes bien desséchées et conservées : parmi elles plusieurs se distinguent par leur rareté. » [16]

Il n’y a rien de particulier à tirer des comptes rendus insérés dans les maigres fascicules d’Annales de 1841, 1842 et 1844. En 1845-46, le rapport écrit par Gérard fait état de l’entrée de l’herbier Champagneux : « M. Champagneux […] a voulu que son herbier […] vous demeurât. Cet herbier précieux, selon la délibération spéciale prise à ce sujet, sera conservé intact dans un meuble particulier, rappelant et le nom du fondateur, et la date de la fondation. » [17] Mais, selon le P.V. de la séance du 12 juillet 1852, l’herbier ne serait parvenu à la Société qu’en juin 1851.

Dans la notice qu’il a consacrée à Madame Lortet, Roffavier donne d’intéressantes indications sur ses collections botaniques. Évoquant son voyage au Mont-Cenis, il précise : « Au retour de ce voyage, elle enrichit les collections de la Société Linnéenne d’un herbier composé, conjointement avec M. Roffavier, des plantes récoltées sur cette montagne. Cet herbier, renfermant deux cent vingt six espèces, n’a pas été confondu avec l’ensemble des collections de ce genre que possède la Société. » Roffavier n’indique pas les motifs de ce traitement particulier ; un peu plus loin, il décrit les collections personnelles de Mme Lortet : « Mieux que tout ce qu’on pourrait dire, ses collections témoignent de son zèle, de son activité et de ses connaissances. Elle a laissé deux herbiers : l’un, contenant les plantes décrites dans la Flore lyonnaise du professeur Balbis ; l’autre, sous le nom d’Herbier général, renfermant environ sept mille espèces. » [18] Ces deux herbiers sont restés dans sa famille et ont été remis par ses descendants au Muséum d'Histoire Naturelle de Lyon, en 1929, mais leur importance actuelle (13 liasses au total, soit 2500 parts environ) est loin de correspondre à la description qu'en a donnée Roffavier ; il est vrai que dix fascicules de doubles de Madame Lortet (mais non son herbier proprement dit) ont été remis après son décès par son fils, Pierre Lortet, à la Société, et intercalés dans ses collections.

2 – Zoologie et entomologie

Force est de constater que les collections zoologiques qui furent rassemblées par la Société à ses débuts sont disparates. Contrairement à la botanique ou à la minéralogie, il semble qu’il ait manqué deux ou trois amateurs actifs et volontaristes désireux de constituer un ensemble cohérent et exhaustif. Les dons semblent avoir été fait un peu au hasard. D’ailleurs, en mars 1831, on ne désigna pas de conservateur des collections zoologiques, au motif « qu’elles étaient encore peu développées ».

Au début, ce sont des oiseaux, des reptiles, et surtout des coquilles qui figurent à l’inventaire, ce qui est normal car les coquilles sont très en vogue depuis le début du XVIIIe siècle. En 1841, le secrétaire général indique dans son rapport d’activité que « nos collections […] sont augmentées chaque jour relativement à la partie zoologique. […] Nos collègues chargés de la conservation du cabinet ne se contentent pas de consacrer un temps précieux à son entretien, nous leur devons encore des dons d’une grande valeur qu’ils ont ajoutés à nos premières richesses. À M. Gérard, sont dus quelques oiseaux appartenant surtout à la famille des rapaces ; à M. Roffavier, une belle réunion de 206 coquilles tant exotiques qu’indigènes, remarquables par leurs formes bizarres autant que par leur intégrité. » [19] En 1844, « la collection de coquilles a été déposée dans le nouveau local que nous tenons de la bienveillance de l’autorité supérieure » (Rapport, p. 13). Le temps des collections d’insectes viendra nettement plus tard, en 1850, au moment où précisément l’entomologie commence à dominer la vie scientifique de la Société.

Les donateurs énumérés dans le compte rendu de 1836 sont les suivants :

On remarquera qu’à l’exception de Foudras, les donateurs de spécimens zoologiques cités dans le Compte rendu imprimé n’appartenaient pas au groupe initial des fondateurs. Cependant, lorsque l’on consulte les procès-verbaux des séances, on voit mentionner un certain nombre de dons de spécimens zoologiques qui n’ont pas été signalés dans le Compte rendu de 1836 : dès 1824, Imbert (professeur d’histoire naturelle à l’Ecole secondaire de Médecine), avait donné le squelette d’une grenouille, Dériard et Dupasquier – tous deux pharmaciens – celui d’un macaque femelle. L’année suivante, « Foudras et Dériard ont offert don de divers reptiles trouvés par eux dans les environs de Lyon et arrangés dans 24 bocaux », et la Société « les remercie de leur zèle et admire la variété des espèces et l’art avec lequel elles sont préparées. » On trouve également mention d’un orvet et d’un reptile conservé dans l’esprit de vin remis par Roffavier et Dériard. Bref, bien qu’elle ait été moins favorisée que la botanique ou la minéralogie, la zoologie a été moins négligée par les linnéens fondateurs qu’on ne pourrait le croire en se bornant à la seule lecture du Compte rendu imprimé. Certaines séries étaient d’ailleurs très importantes : c’est ainsi que le 8 février 1830, la Société reçut de la part de Gaspard Michaud « une très belle collection de coquilles de France », et décida de lui décerner un jeton d’honneur « comme un témoignage de reconnaissance pour l’important hommage qu’il a bien voulu faire à la Société. »

Après 1836, on trouve mention de Merck (insectes), de Champavert (poisson volant), de Gérard (oiseaux), et du botaniste Roffavier (coquilles). Plus tard, en 1848, Michaud fit un nouveau don d’un lot important de coquilles.

3 – Sciences de la Terre

L’étude des sciences de la terre a été bien représentée à la Société Linnéenne lors de ses débuts par Valuy, admis en 1826 mais prématurément décédé en 1829, à qui on doit une notice géologique sur les monts du Lyonnais, ainsi que par Leymerie, auteur d’un petit ouvrage sur la géologie du Mont d’Or lyonnais, cependant que le Dr Clémençon et Briffandon ont été des minéralogistes amateurs distingués. [20] L’importance des collections dans ce domaine est attestée par les mentions fréquentes qui en sont faites dans les procès verbaux des premières années : à chaque séance, ou presque, tel ou tel membre offre des fossiles ou des échantillons minéralogiques. La liste des donateurs arrêtée en 1836 fait apparaître pour les sciences de la terre les noms suivants :

Le désir de constituer un cabinet minéralogique aussi complet que possible est attesté par la décision prise lors de la séance du 3 juillet 1829 « de souscrire à la collection de roches publiée par M. Leonard » ; il s’agissait des roches diffusées par le Bureau minéralogique de Heidelberg, dont les envois arrivèrent régulièrement au cours des années suivantes.

La faveur dont bénéficiaient ces collections ne se démentit pas au cours des années suivantes. En 1839, Clémençon pouvait écrire : « Pendant le cours de cette année, votre collection minéralogique a acquis un développement extraordinaire, non par de nouvelles acquisitions, mais par l’ordre admirable et l’excellente classification dont elle est redevable aux travaux assidus de M. Briffandon : elle est maintenant pour notre cité un monument complet et bien ordonné dont tous les matériaux et l’ensemble peuvent servir à l’étude partielle et générale du globe, et à l’industrie minérale et métallurgique du département ; elle se recommande surtout à l’examen des géologues instruits, par des fossiles rares et nombreux dont la nomenclature a été récemment fixée d’une manière authentique avec le concours des savants les plus habiles en cette partie si difficile et si obscure de l’histoire de notre globe [22] . S’il était besoin de prouver à notre conservateur toute la satisfaction et la reconnaissance qu’éprouve chacun de nous en admirant l’ordre et la bonne disposition de nos richesses minérales, il lui suffirait de rappeler l’élan spontané d’approbation unanime qui, dans une de nos dernières séances, a accueilli la demande de quelques dépenses à faire pour la continuation de ses travaux. » [23] La Société lui décerna un jeton d’honneur.

En 1840, le Dr Rey, secrétaire général, déclare que « notre collection minéralogique n’a pas vu s’accroître le nombre de ses échantillons ; elle est trop complète pour exiger de nouvelles acquisitions ». [24] En 1842, Rey écrit dans son rapport : « Nos collections sont dans un état satisfaisant, surtout pour la partie minéralogique : la classification des roches d’Allemagne [dont la Société avait fait l’acquisition à titre onéreux] est terminée ». [25] Et en 1844, « Nos collections minéralogiques sont classées ; nous pouvons les étaler aux yeux des étrangers, sous le rapport du nombre et de la nature des échantillons dont la plus grande partie appartient à nos localités. » [26]

Cependant, dans les années qui suivirent, quelques dons de spécimens intéressants furent encore mentionnés : en 1842, Tissier donna un fragment d’antimoine sulfatée venant d’une mine située dans le département de la Loire, à Violet et Magne fit don de minerais de fer qui lui avaient été remis par MM. Frèrejean, de Vienne et qui contenaient quelques coquilles fossiles [27] ; enfin, M. de Pontbriant donna en 1845-46 un bel échantillon de chaux carbonatée [28] .

Les collections entre 1850 et 1922

On constate en examinant les procès-verbaux des séances qu’à partir de 1850, l’enrichissement des collections cesse d’être une priorité pour la Société Linnéenne. Les conservateurs qu’elle désigne pour chaque ordre de collections vont se contenter de gérer attentivement ce qui existe, en ne procédant qu’à de rares intercalations. Ce changement de rythme coïncide avec une période de relative prospérité. En effet, à l’initiative de Mulsant, une modification judicieuse des statuts supprima la clause restrictive selon laquelle tout candidat devait lire un mémoire scientifique devant la Société avant que l’on procédât à un vote sur son admission, et de nombreux amateurs furent alors admis à la Société : plusieurs de ceux-ci lui apportèrent par la suite des contributions scientifiques de valeur, et tous contribuèrent à l’amélioration de ses finances, ce qui permit de réaliser sans problème la publication de copieux volumes d’Annales, et ainsi d’enrichir la bibliothèque par des échanges avec d’autres sociétés savantes (il faut dire que Mulsant était bien placé pour cela, car il entretenait des rapports avec beaucoup de savants de toute l’Europe, et d’autre part il joignait à ses fonctions de professeur d’histoire naturelle au Lycée celle de Bibliothécaire adjoint de la Ville). Mais c’est principalement l’entomologie, avec Mulsant, Rey, Perroud, Millière et bien d’autres, qui suscite l’engouement des nouveaux membres, et qui envahit les Annales de la Société Linnéenne [29] .

Dans une bien moindre mesure, la conchyliologie a sa place, avec Michaud, Terver, puis Locard et Coutagne. En revanche, les sciences de la terre disparaissent à peu près complètement du champ d’activité de la Société Linnéenne, et les publications marquantes des géologues lyonnais prendront place principalement dans les périodiques édités par l’Académie et par la Société d’agriculture, avant que Lortet ne crée les Archives du Muséum. Quant aux botanistes, mis à part Jordan qui réserva à la Société Linnéenne la primeur de plusieurs mémoires importants, ils sont nettement plus effacés. Aussi, un peu frustrés par cet état de choses, et du reste plus enclins que leurs collègues linnéens à prendre en considération les idées transformistes, les botanistes lyonnais vont fonder en 1872 la Société Botanique de Lyon. Quelques-uns de ses membres lui léguèrent leurs collections (Joannon) mais, faute de place, la Société Botanique se trouva dans l’incapacité de conserver les herbiers qu’elle avait reçus, et finit par les céder à l’un de ses membres, le Dr Léon Blanc (1856-1919). On ignore ce qu’ils sont devenus après la mort de ce savant. [30] Seul, l’herbier bryologique très riche constitué par Louis Debat (1822-1905) a trouvé place dans les collections actuelles de la Société Linnéenne.

À partir de 1850, les dons se raréfièrent, sans pour autant disparaître complètement. Ainsi, en 1851, on voit le Colonel Savoye effectuer plusieurs dons, entre autres un bel échantillon de madrépore fossile ; en 1852, c’est Gacogne qui fait don d’une boîte de coquilles fossiles provenant de Senlis. Quant à Michaud, il présenta à partir de 1851 à la Société les résultats de ses recherches dans le gisement miocène d’Hauteville (Drôme), qui lui permirent de décrire un grand nombre d’espèces nouvelles de Mollusques, publiées dans les Annales, et il fit don à cette occasion d’une série provenant de ce gisement. Et c’est précisément à cette époque que l’entomologie, qui n’était représentée que par des insectes donnés par Merck en 1836, commença d’occuper une place significative dans les collections de la Société Linnéenne : Hugues Donzel, qui était membre de la Société entomologique de France, avait constitué une riche collection de lépidoptères ; pressentant sa fin prochaine, il résolut de la léguer, en même temps que sa bibliothèque entomologique, à la Société Linnéenne de Lyon. Celle-ci, voulant lui donner un témoignage de sa reconnaissance, l’élit comme membre titulaire dans sa séance du 12 novembre 1850, mais Donzel mourut peu après ; toutefois, les Annales recueillirent un intéressant mémoire qu’il avait rédigé sur ses chasses entomologiques dans les Hautes-Alpes. Les héritiers de Donzel ne remirent la collection qu’à contre-cœur, et retinrent quelques boîtes de doubles. Il fallut d’ailleurs rapidement prendre des mesures pour limiter les dégâts des insectes qui avaient commencé de l’attaquer, ce fut B. P. Perroud qui s’en chargea, et il réussit assez bien puisque la collection a été conservée à peu près intacte jusqu’à nos jours (elle est présentement déposée au Muséum de Lyon).

Pendant longtemps, la collection Donzel demeura seule de son espèce. Les acquisitions ne reprirent qu’à la fin de la période sous revue, immédiatement après la guerre de 1914, lorsque la Société Linnéenne bénéficia du don d’importantes collections entomologiques d’une part, et malacologiques d’autre part. Pendant toute la période qui s’étend de 1850 à 1918, les nombreuses collections des linnéens trouvèrent le chemin des établissements publics. Mulsant fit acheter la collection d’Eugène Foudras pour le Lycée. Les collections malacologiques de Michaud et de Terver entrèrent au Muséum de Lyon, alors que celle d’Arnould Locard alla en partie au Muséum de Paris (les coquilles actuelles), en partie à celui de Lyon (les coquilles fossiles). De même, la riche collection entomologique de Claudius Rey entra au Muséum de Lyon, alors que celle de Mulsant, restée en possession de son fils, l’abbé Victor Mulsant, professeur à l’institution des Maristes de La Seyne, puis de Saint-Chamond, fut ensuite léguée à ce dernier établissement qui malheureusement ne put en assurer la bonne conservation (des épaves se trouvent aujourd’hui au Muséum de Paris).     

Les collections conservées par la Société Linnéenne, si elles ne bénéficièrent pas d’accroissement notable entre 1850 et 1914, furent soigneusement conservées, bien que le local attribué à la Société ne fût pas des plus vastes. Il comportait trois pièces exiguës, et il était situé au 3e étage de l’actuelle Mairie du 1er arrondissement, place Sathonay, tandis que la bibliothèque était conservée séparément au Lycée Ampère dans une salle voisine de la Bibliothèque municipale. Elles trouvèrent un cadre plus satisfaisant lorsque la Société bénéficia, en 1921, d’un vaste local constitué par la bibliothèque de l’ancien Collège des Jésuites, rue Bossuet, grâce à la bienveillance du maire de Lyon, Édouard Herriot, qui s’intéressait quelque peu aux sciences naturelles, notamment à la mycologie. Elles étaient alors en assez bon état. Les herbiers étaient complets – la Société les possède encore – et dans la notice qu’il consacra en 1923 à la Société à l’occasion de son premier centenaire, Claudius Roux put préciser au sujet des collections minéralogiques que « parmi ces échantillons, on remarque de beaux spécimens de plusieurs raretés de la région : azurite et malachites de Chessy, béryl du gisement situé entre Lozanne et Dommartin, phosphate ferrique bleu de l’Ile-Barbe, etc. » [31]

Importance scientifique des premières collections de la Société Linnéenne

Comme on le sait, l’intérêt d’une collection tient à la notoriété scientifique de celui qui l’a constituée. La présence de matériaux ayant servi à la rédaction d’ouvrages, surtout s’il s’agit de types d’espèces décrites pour la première fois, peut leur conférer une importance scientifique considérable.

À ce point de vue, les collections botaniques anciennes de la Société Linnéenne présentent un intérêt certain. Deux d’entre elles, l’herbier général créé à partir de 1822, et l’herbier Debat, ont directement servi à l’élaboration de travaux monographiques. [32] Plusieurs des noms de donateurs retiennent l’attention : Balbis, Montagne et Seringe qui figurent dans la liste des premiers donateurs de l’herbier, offrent un intérêt tout particulier, car il s’agit de botanistes connus pour leurs ouvrages descriptifs ; ils étaient de surcroît en relation de correspondance ou d’échanges avec des spécialistes éminents dont les noms figurent sur certains spécimens qui, par leur entremise, ont trouvé place dans les collections de la Société Linnéenne (Requien et Bertero, par exemple). Il en va de même des plantes pyrénéennes récoltées par Ramond, qui ont été offertes par Morel d’Epaisses : Louis-François Ramond de Carbonnières (1753-1827) a été, en même temps que Picot de la Peyrouse, et en âpre concurrence avec celui-ci, l’un des pionniers de l’exploration scientifique des Pyrénées ; on lui doit plusieurs publications à ce sujet, (notamment le Voyage au Mont Perdu, publié en 1801) et une plante endémique porte son nom (Ramondia pyrenaica). Plus tardivement, un certain nombre d’échantillons récoltés par Alexis Jordan ont été intégrés aux collections, et là encore, bien que l’herbier personnel de ce botaniste soit conservé dans un autre établissement, il s’agit de matériaux dont l’intérêt n’est nullement négligeable, surtout si l’on tient compte du fait que les botanistes du passé ne conservaient pas nécessairement dans leur collection personnelle les échantillons qui avaient pu servir de types aux espèces nouvelles qu’ils décrivaient. [33]

          Les donateurs de spécimens zoologiques sont moins connus, si ce n’est Terver, qui publia peu, et surtout Michaud, à qui l’on doit plusieurs publications conchyliologiques de premier ordre, à commencer par le Complément à l’ouvrage de Draparnaud, publié en 1831. [34] Admis en 1830 en qualité de correspondant de la Société Linnéenne, André-Louis-Gaspard Michaud (1795-1880), s’était fait connaître comme le continuateur de Lamarck et de Draparnaud en publiant cet ouvrage, alors qu’il était lieutenant au 10e Régiment d’Infanterie de Ligne. Il se fixa par la suite près de Lyon en qualité de chef d’institution, et fut l’un des membres de la pléiade de malacologues lyonnais qui compta parmi ses membres les plus connus Terver au talent duquel on doit presque toutes les planches illustrant les ouvrages de son ami Michaud, de Roüast et d’Arnould Locard.

          En ce qui concerne les collections des sciences de la terre, les spécimens de Valuy étaient destinés à étayer les observations qui figurent dans son travail sur la géologie lyonnaise et il en va de même de ceux de Leymerie [35] . Enfin, un échantillon de bois fossile donné par Mme Lortet a servi à Brongniart pour décrire le Zamia feneonis. Mais c’est principalement Tournal, de Montpellier, qui doit retenir notre attention : à la séance du 12 janvier 1829, Dupasquier a résumé un mémoire dans lequel Tournal « cherche à prouver que l’homme que l’on croyait postérieur aux derniers phénomènes géologiques, en a été cependant contemporain. M. Tournal essaye d’appuyer son opinion sur la découverte qu’il a faite de quelques ossements fossiles dans les cavernes de Bèse près de Narbonne, et dont il envoye quelques échantillons » [36] . La Société Linnéenne accueillit avec faveur les observations de Tournal, qui fut l’un des premiers en France à contester l’opinion de Cuvier, lequel niait en 1825 que l’on eut trouvé d’indiscutables témoignages de l’homme fossile. Tournal a donc précédé Philippe Schmerling dont les retentissantes trouvailles dans les cavernes de Chokiec, d’Engis et d’Engiboul, en Belgique, ont commencé en septembre 1829.

Les linnéens et le Muséum au XIXe siècle

La Société apporta constamment une grande attention à ses propres collections. À l’occasion, elle renonça à des objets qui eussent pu lui revenir : ainsi, elle n’hésita pas, en 1831, à s’associer à l’Académie et à la Société d’Agriculture afin de financer à Saint-Didier-au-Mont-d’Or un chantier de fouilles paléontologiques et archéologiques, étant entendu que les objets découverts, dont la propriété reviendrait aux associations subventionnant les travaux, seraient déposés dans les collections publiques. [37] En revanche, elle n’entendait pas se défaire des collections qui avaient été confiées à sa garde : lorsqu’en 1850, un membre actif de la Société, M. de Pontbriand, qui était le secrétaire général de la préfecture, proposa de confier au Muséum la collection d’oiseaux de la Société, il se vit répondre par le Président, B. P. Perroud, que ce dessaisissement risquait d’obérer l’avenir, et n’était pas conforme aux intentions des donateurs. Il en alla d’ailleurs de même pour la bibliothèque. Après avoir été réunie en 1831 avec celles de l’Académie et d’autres sociétés savantes pour constituer une bibliothèque spécialisée déposée au Palais Saint-Pierre, sous le nom de Bibliothèque du Palais des Arts, elle fut réclamée par la suite par les associations propriétaires (dont la Société Linnéenne), et lorsque la Société se vit proposer en 1912 des salles dans l’ancien Archevêché à condition de transférer définitivement la propriété de sa bibliothèque à la ville, qui venait d'y installer la bibliothèque municipale, elle préféra renoncer à l’attribution de ce local plutôt que de se dessaisir de sa bibliothèque. [38] Pour en revenir aux collections proprement dites, il fallut plus d’un siècle pour que certaines des collections de la Société soient officiellement confiées en dépôt au Muséum.

Au XIXe siècle les naturalistes lyonnais ont été très actifs tant dans le cadre des sociétés savantes que de celui du Muséum et leurs activités nous ont laissé des collections d’ampleurs variées. Les liens entre les membres du Muséum et de la Société linnéenne de Lyon sont étroits. Certains naturalistes exerçant dans le cadre professionnel (Université ou grandes Ecoles) ont été aussi des membres éminents des sociétés savantes lyonnaises au côté d’amateurs éclairés ; ces derniers appartenaient à toutes les catégories socio-professionnelles : ceux que l'on rencontre habituellement comme les principaux animateurs des sociétés d'histoire naturelle provinciales (les médecins, les pharmaciens, les instituteurs et professeurs de lycée, les ecclésiastiques) côtoient les militaires, les avocats, les notaires, les négociants, les employés. [39] Tous ont contribué à enrichir les collections tant par des découvertes fortuites que dans le cadre de leurs missions. Dans le premier cas il n’est aisé de mettre en évidence la part de la Société linnéenne, les objets ou spécimens étant déposés sans formalité particulière. C’est parmi les collections bien constituées qu’il sera plus facile de reconstituer leur histoire dont les aléas ne sont pas toujours bien connus. Bien des collections entomologiques, qui sont étudiées par ailleurs au cours de ce colloque par Philippe Richoux, se placent dans ce schéma.

Dans les grandes collections nominatives de paléontologie du Muséum qui se sont constituées essentiellement dans la seconde moitié du siècle, nous retrouvons des linnéens comme Gaspard Michaud (qui fut conservateur des collections de la Société Linnéenne), Louis Lortet, Eugène Dumortier, Albert Falsan pour les invertébrés et Victor Thiollière, Charles Depéret, ainsi que Claude Gaillard et Claudius Côte, à la limite du changement de siècle, pour les vertébrés. En minéralogie nous retenons les noms de Attale Riche, Claudius Roux et Auguste de Riaz. En zoologie des vertébrés, nous retrouvons Louis Lortet, Claudius Côte ainsi qu’Ernest Chantre et pour les invertébrés Gaspard Michaud, Terver, Gabillot, Charles Perroud. À côté de ces noms, qui ont contribué à la renommée scientifique de la Société Linnéenne de Lyon, n’oublions pas Emile Guimet, admis en 1862, qui participa activement aux séances et, grand amateur de chant choral comme on le sait, poussait la chansonnette aux banquets annuels ; il demeura fidèle à la Société jusqu’à son décès en 1918, mais c'est bien au Muséum qu'il fit don vers 1875 d'une collection de 200 coquilles terrestres françaises, ainsi que d'une très importante série de coquilles de la Mer de Chine rassemblée par Meunier, en son vivant avocat à Saint-Etienne. [40]

Parallèlement à l’enrichissement des collections lyonnaises, les sociétés savantes, la Société Linnéenne mais aussi la Société d’Agriculture et l’Académie, ont favorisé les relations entre collègues, si bien que les publications de Rey sont en très grand nombre signées en collaboration avec Mulsant, (qui a aussi publié avec d’autres entomologistes lyonnais, Godard, Mayet), et que le remarquable ouvrage de Falsan, Les Alpes françaises, publié à Paris par Baillière en 1893 (2vol.) fait apparaître parmi les cosignataires plusieurs autres linnéens : Claudius Rey, Chantre et Magnin. Arnould Locard, membre de la Linnéenne, publia dans les Annales de la Société Linnéenne en 1889 un catalogue descriptif des mammifères du département du Rhône. Dans son introduction il explique que pour ces animaux très mobiles il est inutile d’indiquer des points d’observation car on ne peut être certain de voir l’animal en question comme on pourrait le faire avec une plante. Il choisit de n’indiquer que des habitats probables. Il faut remarquer qu’au XIXe la répartition géographique n’était pas une priorité pour les mammalogistes.

Cette approche n’est pas exhaustive, les documents consultés sont dispersés et des recoupements sont nécessaires. Il reste des lacunes. Ainsi, dans son Guide du Muséum [41] , Locard cite (p. 47) des noms qui n’apparaissent pas dans les listes d’achat ou les listes des collections : pour l’entomologie, par exemple, il signale à propos des vitrines 69 à 82 (donc 14 vitrines) que « les collections entomologiques (coléoptères et papillons) ont été données au Muséum par MM. Auguste Broleman, J. M. Brun, P. Merck et Armand ». Les trois derniers ont été des linnéens, (peut-être faut-il aussi compter Broleman parmi eux, mais un doute subsiste à son propos, car il peut y avoir eu homonymie à cette époque où les prénoms étaient souvent omis). Nous présumons que si ces noms ne sont pas cités, c’est que les collections ont été fusionées en une « collection générale » maintenant anonyme ! Il serait bon de dépouiller systématiquement, comme cela a été fait pour les collections malacologiques, l'ensemble des registres d’entrée des années 1830-1920. Par ailleurs, il faut signaler l'important travail de classement et de détermination des collections du Muséum effectué à cette époque (et constamment maintenu depuis lors) par des linnéens (exemplaire à ce point de vue a été la contribution de Terver et d'Arnould Locard).

Conclusion

En formant une bibliothèque et des collections, la Société Linnéenne ne fait pas figure de cas exceptionnel : beaucoup de sociétés savantes ont eu, au XIXe siècle, la même politique, et certaines ont été fondées dans le but très précis de créer un musée, qui sera plus ou moins rapidement pris en charge par les pouvoirs publics. Tel est, par exemple, le cas de la Société d’Emulation du département de l’Ain, ou de la Société d’Agriculture de la Lozère, fondée en 1819, dont le Musée fut ouvert au public en 1844 [42] . À La Rochelle, la Société des Sciences Naturelles, créée en 1836 autour de Charles d’Orbigny et Fleuriau de Bellevue, prend la décision de créer des collections grâce aux apports de ses membres, et se trouve en mesure d’ouvrir au public, en 1852, un « Musée Fleuriau, Collections départementales », avec l’appui des autorités municipales, alors qu’il existait déjà un riche Musée municipal d’histoire naturelle, le Musée Lafaille. [43] La Société Linnéenne de Lyon n’est donc pas la seule à présenter un aspect singulier, en ce qu’il existait antérieurement à sa fondation un Jardin Botanique et un Cabinet d’histoire naturelle qui abritaient des collections. Les fondateurs de la Société Linnéenne les jugèrent-ils insuffisantes, ou peu accessibles ? Cela pourrait avoir été le cas du Cabinet, alors dirigé par Mouton-Fontenille, qui était malgré tout, on l’a vu, un naturaliste compétent et actif, dont nous avons toutefois signalé qu’il se tint à l’écart de la jeune Société. Même si des questions de personnes (et peut-être d’opinions politiques) sont alors intervenues, ce que nous ne sommes pas en mesure d’établir, il est évident qu’on ne saurait les invoquer lorsqu’il s’agit du Jardin Botanique, puisque la Société se constitua sous l’égide de Balbis, qui en était le directeur. Or nous avons vu la frénésie avec laquelle l’herbier de la Société fut formé, alors que le Jardin Botanique était par ailleurs en possession de l’herbier Claret de la Tourrette, et que rien n’aurait empêché les linnéens de déposer leurs spécimens au Jardin, à commencer par Balbis lui-même, ce qu’il n’a pas fait !

Il convient donc de rechercher d’autres explications. Ce qui paraît avoir joué fut probablement le désir de détenir à demeure les pièces nécessaires au travail collectif envisagé, dès le départ, consistant à publier des inventaires floristiques et faunistiques régionaux, ainsi que des dossiers sur les ressources minéralogiques du département, ce qui impliquait de pouvoir accéder facilement aux collections. Ceci est en bon accord avec une pratique assez constante, attestée par un grand nombre d’auteurs de flores qui indiquent dans quels herbiers sont déposés les spécimens qui permettront, le cas échéant, de contrôler leur travail. Ce peut être le leur, mais aussi, de préférence, celui d’un établissement public, bibliothèque, musée ou jardin botanique, et fort souvent d’une société savante. Ainsi se trouve affirmé le caractère résolument scientifique du travail. À l’appui de cette manière de voir, on peut remarquer qu’un herbier spécial fut établi pour servir d’illustration à la Flore lyonnaise de Balbis.

La volonté de la Société Linnéenne de publier dans les autres domaines de l’histoire naturelle des ouvrages comparables à la Flore lyonnaise est manifeste : quelques semaines après que Balbis a fait hommage des deux premiers volumes de son ouvrage, la Société chargea les présidents des sections de minéralogie et de zoologie d’établir des inventaires faunistique et minéralogique du département analogues à la Flore lyonnaise. [44] Cette décision n’eut pas de suite. Il est vraisemblable que le décès inattendu de Valuy en 1829, alors qu’il paraissait tout désigné pour cette tâche en ce qui concerne la géologie, a interrompu l’entreprise. Il faut également ajouter que l’œuvre des botanistes de la Société Linnéenne, coordonnée par Balbis, était l’aboutissement d’un travail collectif initié longtemps auparavant, s’inscrivant de surcroît dans une longue tradition de recherches botaniques, alors que les autres branches ne pouvaient s’appuyer sur rien de semblable. Trente ans plus tard, le même cas de figure se reproduisit. La décision d’élaborer des statistiques départementales fut prise par la Société, les botanistes (à l’époque, Aunier, Jordan, Madenis, Timeroy) rendirent leur copie, qui fut publiée anonymement dans les Annales de 1852, mais les autres sections firent la sourde oreille, malgré les objurgations que leur adressa le président de la Société. [45]

Mais si l’on peut s’étonner aujourd’hui de ce que la Société Linnéenne a décidé lors de sa fondation de constituer un musée qui lui fut propre, il demeure qu’elle n’en a pas moins exercé une influence bénéfique sur l’enrichissement du Muséum, ne serait-ce qu’en rassemblant les amateurs et en stimulant l’activité naturaliste dans tous les domaines de son ressort. C’est ainsi que quelques-uns des plus beaux ensembles présents au Muséum ont été, nous l’avons dit, formés patiemment par des linnéens, Lortet ou Chantre, par exemple, et certains des donateurs du Muséum (Michaud, Terver, Biféry, et la liste se poursuit tout au long du XXe siècle jusqu’à nos jours) ont également contribué à la constitution des collections de la Société.

Réciproquement, d’ailleurs, le Muséum a éveillé plus d’une vocation de naturaliste, et a ainsi contribué à maintenir à un haut niveau l’activité scientifique dans le domaine d’activité de la Société Linnéenne, qui en a largement profité. On peut aussi remarquer que certains des documents qui étaient conservés au Muséum ont donné lieu à des travaux insérés dans les Annales de la Société Linnéenne (c’est le cas de plusieurs mémoires d’Arnould Locard ou de Claudius Gaillard). Ce sont donc des relations de confiance qui, pour leur plus grand profit mutuel, se sont établies de longue date entre les deux établissements, et qui justifient la vigilante attention que les linnéens lyonnais continuent de porter au Muséum de leur cité. Actuellement on voit se développer de l’intérêt pour la nature ou plutôt des intérêts fort divers quelquefois bien loin de l’observation visuelle et acoustique La nature perd sa personnalité pour devenir un cadre pour des activités éloignées de nos préoccupations avec une certaine appropriation qui tend à être exclusive. Ainsi les collections ouvrent les yeux sur ce qui nous entoure, sur qui appartient à tous. De plus pour tenir compte de la déontologie et de la législation actuelle beaucoup de spécimens ne pouvant être remplacés acquièrent une valeur patrimoniale grandissante. Ce sont autant de réflexions pour que nos collections restent un lieu de recherche et d’éveil à la nature.



[1] D. Roche, Le siècle des lumières en Province. Académies et académiciens provinciaux : 1680-1789, Paris, La Haye, Mouton, 1978, 2 vol.

[2] J. B. Dumas, Histoire de l'Académie Royale des Sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon, 1839. Nous remercions M. Piotr Daszkiewicz d'avoir attiré notre attention sur ce fait.

[3] J. R. Palanque, « Les origines de l'Académie d'Aix », Les Sociétés savantes. Leur histoire, Actes du 100e Congrès National des Sociétés savantes, 1975, Paris, Bibliothèque Nationale, 1976, p. 69-75 (Cf. p. 71).

[4] Sur la fondation de la Société Linnéenne de Lyon, voir C. Roux, « Historique de la Société Linnéenne de Lyon », Ann. Soc. Linn. Lyon, [2ème série], 1923, 70 : 1-54 ; C. Bange, Linné et le mouvement linnéen à Lyon. Catalogue de l'exposition organisée au Musée Guimet d'Histoire Naturelle, Lyon, mai-novembre 1972. Lyon, Société Linnéenne, 1972, 40 pp ; M. Josserand, « Cinquante années de vie linnéenne », Bull. mens. Soc. Linn. Lyon, 1973, 42 : 45-62 ; J. Fiasson, « Histoire de la Société Linnéenne de Lyon », dans Lyon, cité de savants (Actes du 112ème Congrès National des Sociétés Savantes, Lyon, 1987, Histoire des sciences et des techniques, t. 1), Paris, Editions du C. T. H. S., 1988, p. 129-133 ; C. Bange, « La Société Linnéenne de Lyon de 1822 à 2004 », Bull. mens. Soc. Linn. Lyon, 2004, 73 (10), Supplément, p. 1-12 et 94-97.

[5] Règlement de la Société Linnéenne de Lyon, Lyon, Imprimerie de Louis Perrin, 1832 (Article 1er).                                                             

[6] Ibidem.

[7] Anonyme [Michel], « Notice historique sur la Société Linnéenne de Lyon », Annales de la Société Linnéenne de Lyon, 1836, p. 1-53. Les renseignements qui suivent sont extraits de cette Notice et des comptes rendus annuels publiés de 1839 à 1844 ainsi que des procès-verbaux manuscrits des séances et du «Registre des objets d'Histoire naturelle offerte à la Société », manuscrit (19.5 x 51 cm), d. rel. en basane, de 39 pp. ch et 74 ff. blancs, conservé dans les archives de la Société.

[8] Un Registre des Objets d'Histoire naturelle offerts à la Société Linnéenne de Lyon», qui couvre la période 1822-1840, nous permet d'obtenir des informations très précises sur la nature, l'ampleur et la date de ces acquisitions, sur lesquelles nous allons revenir, et des indications assez détaillées figurent dans les procès verbaux des séances conservés à l'état de manuscrit dans les archives de la Société pour la période qui va de la fondation à 1858. Quelques comptes rendus de séance ont été publiés ensuite, soit dans les Annales de la Société, soit dans le périodique L'Echange, Revue linnéenne. La collection des comptes rendus manuscrit reprend en 1907.

[9] Séances du12 juin 1826 et du 2 février 1827.

[10] C. Roux, op. cit. n. 4, p. 31.

[11] Alfred Rey, Compte rendu des travaux de la Société Linnéenne de Lyon pendant l'année 1840, lu dans la séance du 28 décembre 1840,  p. 24.  

[12] Alfred Rey, Compte rendu des travaux de la Société Linnéenne de Lyon pour l'année 1841, lu dans la séance du 28 décembre 1841,  p. 37-38.

[13] A noter que la fusion de la Société botanique de Lyon avec la Société Linnéenne en 1922 n'entraîna pas d'accroissement des collections botaniques – contrairement à ce qui eut lieu pour la bibliothèque – car la Société botanique de Lyon, fort mal logée, avait dû se défaire des herbiers qui lui avaient été donnés.

[14] Annales de la Société Linnéenne de Lyon, [1ère série], 1836, pp. 32-33.

[15] Ann.  Soc. Linn. Lyon, [1ère série], 1839-40, p. 10.

[16] Ibid., p. 22-23 (il s'agissait, d'après le Catalogue, de 49 échantillons).

[17] Ann.  Soc. Linn. Lyon, [1ère série], 1836, pp. 24-25 du Compte rendu.

[18] Roffavier, « Notice sur Madame Lortet, membre de la Société Linnéenne de Lyon, lue dans la séance du 15 juin 1835 », Ann. Soc. Linn. Lyon, [1ère série], 1836, p. 9 de la Notice (tous les articles qui constituent ce 1er volume des Annales ont leur pagination particulière) ; les procès-verbaux manuscrits de la Société linnéenne (séance du 9 novembre 1835) signalent la remise de doubles provenant de l'herbier Lortet. 

[19] Rapport 1840, p. 37.

[20] Clémençon avait suivi les cours professés par Haüy au Muséum (communication personnelle de Raphaël Bange).

[21] Valuy avait également donné de nombreux fossiles du Mont d'Or, et il avait déterminé les fossiles offerts par Foudras.

[22] Volz, de Strasbourg, avait revu les déterminations lors de son passage à Lyon (PV de la séance du 9 mai 1836); en revanche, la Société crut devoir décliner (PV de la séance du 9 janvier 1837) les offres de service de Fournet, qui n'était pas et ne devint jamais membre de la Société Linnéenne.

[23] Toussaint Clémençon, Compte rendu de la Société Linnéenne de Lyon, lu dans la séance du 28 décembre 1839, p. 10.

[24] Alfred Rey, Compte rendu des travaux de la Société Linnéenne de Lyon pendant l'année 1840, lu dans la séance du 28 décembre 1840, p. 23.

[25] Rey, Compte rendu des travaux de la Société Linnéenne de Lyon pendant l'année 1842, p. 20.

[26] Anonyme [Rey], Compte rendu de la Société Linnéenne de Lyon, pour l'année 1844, p. 13.

[27] A. Rey, Compte rendu ... 1842 (op. cit. n. 22), p. 21.

[28] J. A. Gérard, Compte rendu des travaux des années 1845-1846, lu à la Société Linnéenne de Lyon le 28 décembre 1846, p. 23 (Annales, 1845-46 [1847]).

[29] Voir à ce sujet J. Clary, R. Allemand, P. Richoux, « L'école entomologique lyonnaise du XIXe siècle », Bull. mens. Soc. Linn. Lyon, 1988, 57 : 287-293.

[30] O. Meyran, « Notice biographique sur le Docteur Léon Blanc », Ann. Soc. Bot. Lyon, 1919, 41: 33-37.

[31] C. Roux, op. cit. n. 4, p. 31.

[32] Balbis, Flore lyonnaise, Lyon, Coque, 1827, 3 vol. ; Roffavier, Supplément à la Flore lyonnaise, Lyon, 1836 ; Debat, Flore des Muscinées, Lyon, Josserand, 1874.

[33] Sur les herbiers de la Société Linnéenne, voir P. Ronot, H. Maire, C. Bange, J. Collonge, C. Granger, J. L. Macqueron, « Les herbiers de la Société Linnéenne de Lyon. Leur intérêt pour la formation et la recherche », Bull. mens. Soc. Linn. Lyon, 2003, tome 72 (n° 5), p. 173-177. L'herbier personnel de Balbis (qui contient le matériel de son ami Bertero) est actuellement conservé à Turin ; celui de Montagne est au Muséum de Paris pour la partie cryptogamique – qui est la plus importante – et à Lyon pour la partie phanérogamique ; l'herbier de Seringe a été acheté par la ville de Lyon est il est conservé au Jardin Botanique ; l'herbier Requien est au Musée Requien d'Avignon ; l'herbier Jordan a été donné à l'Université Catholique de Lyon et va être prochainement déposé à l'Université Claude Bernard - Lyon I ; nous ignorons la localisation actuelle de l'herbier de Morel d'Epaisses.

[34] A. L. G. Michaud, Complément de l'Histoire naturelle des mollusques terrestres et fluviatiles de la France, de J. P. Draparnaud, Verdun, Lippman, 1831, 128 p., xvi planches.

[35] Valuy, «Notices géologiques et minéralogiques accompagnées de notes par M. Leymerie», Annales de la Société Linnéenne de Lyon, 1836, t. 1, 36 pp (une première édition de ce texte aurait été publiée en 1828) ; Leymerie, Notice familière sur la Géologie du Mont d'Or Lyonnais, Lyon, G. Rossary, 1838.

[36] Ceux-ci n'ont pas été retrouvés dans les collections de la Société.

[37] P. V. de la séance du 13 juillet 1831.

[38] Correspondance dans les archives de la Société linnéenne.

[39] On ne peut manquer d'être surpris du tout petit nombre de femmes que l'on rencontre dans cette enquête : bien que l'élément féminin n'ait été absent ni de la Société Botanique de Lyon dès sa fondation en 1872, ni de la Société Linnéenne à partir de 1900, nous ne possédons aucune collection formée par une femme, à l'exception de Madame Lortet, qui a été une brillante exception ; même s'il y aura peut-être lieu de nuancer cette affirmation après avoir procédé à un recensement systématique des collecteurs qui ont contribué à la formation de certaines collections, le fait n'en mérite pas moins d'être signalé.

[40] Sur ces dons, voir  C. Audibert et J. Clary («Les collections malacologiques du Muséum de Lyon », Cahiers scientifiques, Centre de Conservation et d'Etude des Collections, 2007, tome 13, sous presse) ; sur Guimet, voir Françoise Chappuis, F. Macouin et al., D'outremer et d'Orient mystique... les itinéraires d'Emile Guimet, Sully-la Tour (Nièvre), éd. Fíndaky, 2001,  et la contribution de Deirdre Emmons à ce Colloque.

[41] A. Locard, Muséum d'Histoire Naturelle de Lyon. Guide aux collections de Zoologie, Géologie et Minéralogie, Lyon, Pitrat aîné, 1875, iv-170 p.

[42] M. Chabin, « La Société d'Agriculture du département de la Lozère (1819-1920) », Les Sociétés savantes. Leur histoire, Actes du 100e Congrès National des Sociétés savantes, 1975. Paris, Bibliothèque Nationale, 1976, p. 215-227 ; sur le phénomène en général, voir J.-P. Chaline, Sociabilité et érudition. Les sociétés savantes en France, XIXe-XXe siècles, Paris, CTHS, 1995, p. 176-177 ; Chaline remarque que le processus de création de Musées fut principalement le fait des sociétés créées au XIXème siècle, car les anciennes Académies dont les collections avaient été confisquées pendant la Révolution se refusèrent le plus souvent à les reconstituer. 

[43] R. Duguy, « La Société des Sciences naturelles de la Charente-Maritime et le Muséum de La Rochelle », dans Les Sociétés savantes. Leur histoire, Actes du 100e Congrès National des Sociétés savantes, 1975. Paris, Bibliothèque Nationale, 1976, p. 247-252.

[44] P. V. de la séance du 10 décembre 1827.

[45] P. V. de la séance du 19 avril 1852.