Grollier de Servière, les frères Monconys : curiosité et collectionemment à Lyon au XVIIe siècle [1] .

Anthony TURNER,

Historien indépendant.

Résumé :

Parmi les collections lyonnaises du XVIIe siècle, les mieux connues sont celle de Grollier de Servière, composée de modèles de machines, et celle, plus éclectique, constituée par le voyageur Balthazar de Monconys et son frère Gaspard. La comparaison entre le catalogue de la collection Grollier, publié au XVIIIe siècle, et les comptes-rendus donnés par ses visiteurs de l’époque permet d’établir des changements dans la perception et la présentation de cette collection entre 1650 et 1710 ; tandis que la comparaison entre les deux collections, même si toutes deux datent du XVIIe siècle, révèle des différences dans la nature de la « curiosité ».

Introduction

       Les collections lyonnaises au 17e siècle

 « Monsieur Grolier de Serviere, conserve encore le Cabinet d’ouvrages de Mathematique & de Mechanique que son Ayeul avoit inventez & qui a tant eu de réputation : il en a fait graver les Figures & en a donné des explications dans un volume in quarto imprimé à Lyon en 1719. »

C’est en ces termes que Baudelot d’Airval présentait la collection de Grollier de Servière en 1727. Quelques lignes plus loin il notait, au sujet de « Monsieur Postalossi Medecin », qu’il possédait des coquillages de toutes sortes « & de diverses autres curiosités naturelles » [2] , description quelque peu sommaire de la collection de Jean Jérôme Pestalozzi (1674-1742). Ce dernier acquit en effet en 1700 la collection complète des frères de Monconys, qu’il ne cessera d’étoffer par la suite. Peu d’objets subsistent aujourd’hui de ces deux collections si différentes. De celle de Grollier, nous ne connaissons guère que ce qui a été publié par son petit-fils, l’ensemble de la collection ayant pratiquement disparu. Si des pièces de la collection de Monconys/Pestalozzi subsistent peut-être encore de nos jours dans les murs du Musée des Confluences, elles ne sont guère plus identifiables.

La disparition de ces deux collections n’est pas inhabituelle en soi. Elles partagent le même destin que quasiment toutes les autres collections lyonnaises connues du XVIIe siècle. De façon occasionnelle seulement, peut-on identifier aujourd’hui un tableau, une pièce d’antiquité, une pièce de monnaie ou une médaille venant d’une des collections figurant dans la liste établie par Jacob Spon (1647-85) [3] ou d’une des collections  absentes  de la liste de Spon [4] .  Spon était lui-même collectionneur, essentiellement de pièces d’antiquité et de pièces de monnaies ; tout comme son ami, apothicaire et marchand, Philippe Sylvestre Dufour, les apothicaires Guillemin et Moze, le trésorier de la ville de Lyon Baptiste Pianelli (1602-1685), le receveur de la ville de Lyon François Dufaure, les marchands Alexander Colbenschlag et Claude Paleron, l’orfèvre Jean Sibut (1639-1714), l’horloger Jean Debombourg (c. 1634-1694) [5] et les peintres Germain Panthot (1602-75), Thomas Blanchet (1617-89) et Samuel Boissière (1625-1703), pour n’en nommer que quelques-uns.

Les formes de la curiosité

Spon divisa les collections contemporaines qu’il mentionna en trois groupes larges :  naturalia (en particulier les fleurs et les plantes), beaux-arts (principalement les peintures),   pièces d’antiquité et pièces de monnaies. Cependant, une telle répartition ne met pas en lumière l’éclectisme du goût du XVIIe siècle. Il est vrai qu’un intérêt pour un sujet particulier pouvait prédominer, ce qui réduisait l’éventail d’une collection à seulement un ou deux thèmes, et dissipait ainsi les ambitions universalistes d’un « cabinet de curiosités » de recréer une représentation équilibrée des arcanes de l’art et de la nature. Cependant, au XVIIe siècle, la curiosité propre aux gens cultivés était encore vaste et diversifiée. Rares étaient les collections thématiques : la variété que reflétaient de telles collections était caractéristique du désir de connaître et de comprendre le monde. Les concepteurs de cabinets de curiosités, au XVIe siècle, cherchaient à mettre en lumière le microcosme qui les entourait, en recourant le plus souvent possible à des objets étranges, insolites et exceptionnels. Les collectionneurs de la fin du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle étaient au contraire de plus en plus motivés par le désir de comprendre le monde dans lequel ils vivaient, d’illustrer sa nature par des objets représentatifs, d’exposer le savoir acquis jusque-là et de le compléter progressivement par l’étude comparative des spécimens collectés.

Les collections du XVIIe siècle se caractérisaient donc par leur diversité : la curiosité des collectionneurs n’avait pas de limite. Cette curiosité rationnelle les entraînait plus à rechercher le « pourquoi » et le « comment » qu’à simplement s’interroger sur des merveilles inexpliquées. Les observations que Balthazar de Monconys (1611-65) coucha dans son recueil de voyages témoignent clairement du travail d’un esprit rationnel et illustrent la variété d’objets  qu’il pouvait étudier. La collection qu’il créa avec son frère Gaspard, pour autant que nous puissions la reconstituer, s’apparente à une accumulation au petit bonheur, comme la variété du monde auquel il se mesure était encore loin d’être classifiée. La diversité des objets et des réflexions de Monconys n’est pas foncièrement plus chaotique que ne l’est la philosophie naturelle, épicurienne et chrétienne, de Pierre Gassendi : un fatras d’observations, d’expérience et de réflexions [6] . Bien que leur but, à tous deux, était la compréhension, leurs techniques de présentation restaient encore imparfaites.

Les cabinets de curiosités étaient à la mode au XVIIe siècle en Europe. Ils témoignaient de cette soif d’exploration et de la volonté d’appréhender à la fois le microcosme et le macrocosme dont la représentation connut un fort développement tout au long de l’Epoque moderne. La « curiosité » était une caractéristique de cette activité. Découvrir le nouveau, sonder les mystères, dans le temps et l’espace, les us et coutumes, le naturel et le surnaturel, était le moteur qui, combiné à une analyse rationnelle, conduisait à l’avènement du nouveau savoir. Ces collections, en plein essor, cristallisaient ce nouveau savoir. Elles avaient pour « curieux » des savants pour lesquels les cabinets de curiosités, comme les bibliothèques, constituaient un outil de recherche.

La curiosité peut s’exprimer sous de multiples formes et porter sur de nombreux sujets [7] . L’exercice même de la curiosité, en constante évolution, amplifie d’autant plus cette multiplicité. La carrière de deux collectionneurs lyonnais, Balthazar de Monconys (1611-1665) et Nicolas Grollier de Servière (1593-1686), illustre cette variété ainsi que le changement de style, au cours du XVIIe siècle, dans l’acte même de collectionner. Cependant, ces deux collections se différencient notablement. Paradoxalement, celle du jeune Monconys parait plus désuète que celle de son aîné contemporain, Grollier de Servière. Cela peut s’expliquer en partie par le fait que Monconys commença très certainement à collecter des objets au début de ses voyages, en 1627, tandis que Grollier de Servière n’entama sa collection qu’après 1650.

La collection de Grollier de Servière

La vie de Nicolas Grollier de Servière

           Tout ce que nous savons sur la vie de Grollier de Servière provient de sources familiales [8] . Fils d’Antoine Grollier (1545-1610), Seigneur de Bel-Air, et de Marie Camus, Nicolas est issu d’une famille de notables lyonnais, « la maison des Grolliers », dont le membre le plus illustre était le bibliophile Jean Grollier, Vicomte d'Aguissy (1495-1565) et ambassadeur de France à Rome. Au commencement des guerres de Religion, Antoine Grollier occupe les fonctions de consul de Lyon et secrétaire de la ville. Fidèle soutien d’Henri de Navarre, il joue un rôle important dans la campagne du futur monarque. De ses huit fils, Nicolas est le quatrième, avec son jumeau Emeric. « Des sa plus tendre jeunesse on lui reconnue, jusque dans ses amusemens un genie naturel pour les Mathematiques, une adresse merveilleuse, et un goût décidé pour les armes. » [9] Comme son père, il entre au service militaire à quatorze ans. Malgré la perte d’un œil au siège de Verceil, pendant sa première campagne, il poursuit sa carrière militaire pendant quarante ans, dans les armées française, hollandaise et allemande. Capitaine, puis lieutenant-colonel du régiment d’infanterie d’Aigues-Bonne, il est de plus en plus impliqué dans les travaux d’ingénierie et la mise en place des sièges. Son goût pour les mathématiques satisfaisait bien à ces deux domaines dont il avait acquis les rudiments près d’un « habile ingénieur » alors qu’il servait dans l’armée de Mauritz, Prince d’Orange :

« Il visita avec lui touttes les places, touttes les villes, et tous les endroits où il y avoit quelques travaux a faire, ou quelque chose a reparer, soit pour les fortifications, soit pour les digues, soit pour les canaux et les ports de mer [...] il perfectionna ses talens, surtout pour l'hidraulique, il leva les plans de toutes les machines qui lui parurent nouvelles ou singuliées, il en prit exactement les proportions, et chercha dans la suitte les moyens de les perfectionner, ou d'en inventer de meilleurs ou de plus simples. » [10]

Le 29 juin 1640, Grollier conclut un mariage avantageux avec Catherine de Fenoui. Peu après, en 1641 ou 1642, il se retire de la vie militaire pour se consacrer à l’éducation de ses douze enfants, à Lyon, et à la création d’une collection de modèles de machines et d’instruments scientifiques, fonctionnels ou divertissants. Il est difficile de déterminer quand et pourquoi il entreprit de créer cette collection. Mais d’une part, il s’agit d’une suite logique de son activité d’ingénieur, et d’autre part cela répond à l’attrait toujours croissant, dans cette moitié de siècle, pour les récréations mathématiques, notamment en optique, et à la tendance, que Pérez et Guillemain [11] avaient décelée parmi les collectionneurs lyonnais, des professionnels de collecter des objets relatifs à leur spécialité [12] .

Une description utilitariste de la collection

La connaissance que nous avons de la collection de Grollier repose largement sur la description publiée la première fois en 1719 par son petit-fils Gaspard II, comte de Servière (1676-1745). Après une carrière militaire active qui l’amena au rang de lieutenant-colonel, tout comme son grand-père, il devint commissaire provincial des Guerres (1708-1728), l'un des vingt-cinq membres de l’Académie de Lyon et directeur de la Société des Beaux-Arts. Environ trente ans après la mort de Nicolas, Gaspard II rédigea le Recueil d'ouvrages curieux de mathematique et de mecanique, ou description du Cabinet de Monsieur Grollier de Serviere.

Bien que complet et riche de quatre-vingt-douze magnifiques planches gravées [13] , ce recueil ne reflète pas fidèlement la collection telle que son fondateur l’avait conçue et laissée.

Nous pouvons y voir deux raisons. La première est qu’à la mort de Nicolas, son fils Gaspard I (1646-1716), grand-prieur de l’abbaye royale de Savigny, « ne s'est  pas contenté durant sa vie, d'imiter les Ouvrages de son Pére, mais encore il a enrichi son Cabinet par des Piéces de son invention, qui ne méritent pas moins que les autres, de trouver place dans cette Description » [14] . Malheureusement, Gaspard II ne distingue pas, dans son texte, le travail du père et de celui du fils. Deuxièmement, étant soldat, administrateur et académicien, Gaspard II se place d’un point de vue rationaliste : l’accent est mis sur ce qui est utile, novateur et exécuté avec bon goût dans la collection: « tout ce qui peut être utile & commode au Public, & aux Particuliers » remplit la majeure partie du livre soit 117 pages sur 152. Ces modèles de machines, utilisées pour élever l’eau, pour broyer, pour déplacer des poids et, plus particulièrement les modèles utilisés pour la guerre, comprennent des brouettes, des ponts, des corderies, des radeaux, des lance-projectiles, des instruments de dessin et de surveillance, une chaise roulante et une roue à livres. Tout y est décrit en détail et de façon logique et méthodique « afin d'en abreger les explications & de les rendre plus sensibles, & enfin de faciliter le choix à ceux qui voudront les mettre en usage » (p. 36-7). Ces machines, « dont le Public peut tirer de l'Utilité », sont regroupées dans la troisième section du recueil où « Non-seulement je donnerai les figures des Machines qui la composent; mais encore je les expliquerai le plus clairement qu'il me sera possible; & je n'oublierai rien de ce qui me paroîtrai nécessaire, pour contribuer à l'exécution des idées de cet Illustre Mathématicien ». Les pièces d’ivoire façonnées au tour et les horloges sont décrites de façon bien différente dans les deux premières parties du livre (34 pages). Leur description y est à peine esquissée et laissée aux « Persones curieuses » qui étudieront ces objets pour en comprendre les principes par eux-mêmes, « laissant une libre carriére à ceux qui voudront, ou l'imiter, ou raisonner, sur ses principes, je me reduise à une explication simple des Piéces de Tour, & des effets des Horloges, sans développer  l'Art qu'il a employé pour former les unes, & pour donner mouvement aux autres ». 

En présentant ainsi les objets de cette collection, Gaspard II revendique être dans la lignée des idées de son grand-père. Pourtant, il traite de façon encore plus sommaire les objets de la collection relatifs aux divertissements mathématiques – automates et machines d’illusion optique – ce qui dénote un certain dédain pour « de petites machines qui paroîtront peut-être au Savans ne pas mériter autant que les autres, d'être décrites » (p. 26). Gaspard ne les inclut que dans le seul but d’être exhaustif et se sent obligé de défendre son aïeul qui « n'avoit inventé celle-ci que pour les personnes qui n'aiant aucune intelligence ni de l'art du Tour, ni des Mathématiques, vouloient cependant voir ses ouvrages. […] Ces sortes de personnes, qui l'emportent en nombre sur les autres, ne trouvent de beauté qu'en ce qui frape leur préjugé; & faute de connoître les difficultés d'une Piéce curieuse, ils ne sont point touchés de son véritable mérite, & loüent très souvent ce qu'elle a de plus commun. C'est donc pour s'accomoder à la sphère de leur génie, & pour donner une espéce de satisfaction à leur curiosité, que nôtre grand Mathématicien, aussi complaisant qu'habile, a joint à ses ouvrages ces sortes d'amusemens. » (p. 27).

L’évolution du regard sur la collection

Deux formes de curiosités, deux manières d’approcher l’inconnu s’opposent ici. Pour Gaspard, tout ce qui est rationnel, compréhensible et utile est digne d’admiration. Pour les premiers visiteurs du cabinet, l’impressionnant résidait dans l’inexplicable et l’insolite. Ce passage de l’étonnement à la compréhension dans l’exercice de la curiosité se manifeste clairement entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle.

En effet, dans le compte rendu de la visite du cabinet fait en 1671 par un anonyme, membre de l’ordre de Saint-Augustin, le plus important reste encore le spectaculaire [15] . S’il commence son compte-rendu par une description analytique, bientôt, la subjugation prend le dessus. Lorsqu’il détaille un « cadran de temperament qu'il fait toucher à la personne, et l'éguille comme si elle avoît une sympathie particuliere s'arreste au temperament de la Personne », il note avec fierté : « Je vis bien de quelle maniere cela se faisoit ». L’artifice d’un cabinet qui, à chaque occasion, offrait une mise en scène différente, n’a pas non plus de mystère pour lui : « je m'apperceûs bien comme cela se faisoit encore ». Mais au fil de la visite, guidés par Grollier de Servière en personne, l’augustin et le groupe qui l’accompagne deviennent de plus en plus perplexes. Après des efforts pour apporter une compréhension rationnelle, son compte-rendu devient une simple liste d’objets, plus fascinants les uns que les autres : « des changements de tableau, vous croyez voir quelque chose de beau de pres, et si tost que vous estes advancé, cela n'est plus, il vient autre chose d'affreux et hideux qui se presente a vos yeux ». Quelques descriptions plus loin, le spectaculaire atteint son paroxysme.

« Il me dit : "apellez un peu quelqu'un a ce coing de cette chambre", je luy dis: "hors que ce ne soit pour me faire voir quelque chose de curieux, je n'ay que faire d'autre que vous !" "Apellez", me dit-il, "vous verrez"; je dis donc, aussitost une porte s'ouvrit et une Maure [recte morte]  d'une hauteur prodigieuse vint se mettre au milieu de nous, qui epouvanta quelques uns de l'assistance : je dis "Mr cela est un peu affreux, et donne de la terreur à l'assemblé, renvoyez-le"; il me respondit: "vous l'avez fait venir, il n y a que vous seul qui puisse le renvoyer! S'il ne tient que a moy", repartis-je, "que cet hideuse et espouvantable figure ne s'en aille, je lui commande de se retirer au plustost", et en mesme temps elle se retourna, et la porte d'ou elle estoit venüe referma. »

A la fin de sa visite, l’augustin est totalement excité par toutes ces curiosités : « Je ne puis vous exprimer tout ce que je vis dans ce cabinet, je n'eus pas assez d'yeux pour tout voir, ces deux lieux estant extraordinairement remplis ».

Ainsi, la description d’une visite du cabinet de curiosités de Grollier offre une vision bien différente de la sérieuse présentation qu’en fait son fidèle petit-fils. L’art de la mise en scène y était déployé pour plus d’effet, les visites étaient organisées en groupe avec Grollier lui-même comme guide. Les réactions de l’augustin tiennent autant de l’analyse rationnelle que de l’étonnement. Le caractère inhabituel et réputé de la collection l’a poussé, par curiosité, à visiter ce cabinet de curiosités, mais la surprise et l’inattendu sont les tenants de la mise en scène de cette collection. Les machines si utiles que Gaspard II décrit avec tant de passion sont étonnamment absentes de ce compte rendu.

Dans l’introduction de son catalogue, Gaspard II insiste sur le fait que la collection se différencie des autres car « tous les autres Cabinets curieux [...] ne sont pour ordinaire rempli, que de quelques Piéces rares, ramassées à prix d'argent; & qui ne sont estimées que par leur antiquité, ou parce qu'elles viennent des Païs éloignés, ou bien encore parce qu'elles sont des productions extraordinaires de la nature. Les Personnes les plus riches peuvent se picquer d'avoir les plus beaux de ces Cabinets; mais celui-ci ne tire son éclat que du génie & de l'adresse de Monsieur de Serviere, qui a seul inventé, & exécuté tout ce qu'on y voit ». Cette remarque associe un certain dédain pour les cabinets de curiosités, plus vieillots et assez diversifiés, à un certain degré d’exagération. Son caractère thématique et le fait qu’il ait été largement constitué par Grollier lui-même, rendaient ce cabinet de curiosités inhabituel mais pas unique [16] . Le mérite de sa création ne peut lui être entièrement attribué. Les pièces d’ivoire tourné n’étaient que des variations au sein d’un répertoire classique. Nombre de styles d’horloges, quoique encore rares à l’époque où Grollier les fabrique, peuvent trouver leur origine ailleurs [17] . Il en va de même pour bon nombre d’objets les plus utiles. Nonobstant, pour l’un d’entre eux, la roue à livres, Gaspard II fait référence à l’inventeur originel, Agostino Ramelli [18] . Mais « inventa » au XVIIe siècle peut ne signifier que « trouva le moyen de faire » plutôt que « conçut » ou « imagina » avec une connotation d’originalité [19] . Grollier a eu certes le mérite d’avoir réalisé, grâce à sa seule expérience, et parfois avec des variantes originales, des modèles pour lesquels il n’avait eu vent que d’une idée très générale.

Le devenir de la collection de Grollier

Grollier reçut la visite, en décembre 1658, de Louis XIV ; en 1665, de Philip Skippon, voyageur anglais ; en 1671 de l’augustin inconnu évoqué précédemment, et en 1675 de John Locke. La collection reste digne d’intérêt pour la famille de Servière et le cabinet « fournit dans Lyon ou il est, un juste sujet d'admiration à tous ceux que la Curiosité porte à le voir » [20] . A ce commentaire, Charles Plumier (1646-1704) ajoute que dans la préparation de son livre sur l’art du tournage, le premier à être exclusivement consacré au sujet, il a été grandement aidé par Gaspard I qui lui avait permis d’examiner les machines de la collection et de croquer « les plus belles pieces d'yvoire de son cabinet pour servir de modèle à ceux qui entend à la perfection de cet Art ». Plumier reproduit ainsi dans son livre huit pièces du cabinet Grollier, dont deux ne sont pas illustrées dans le Recueil  de Gaspard II.

Pendant toute cette période, il est ainsi possible de visiter la collection. En juin 1682 Jacob Spon fait part à Claude Nicaise qu’il a emmené des visiteurs de Lyon découvrir les vieux monuments de la ville et que « M. Anisson [21] leur fit voir le cabinet fameux de M. de Serviere dont il ne fit pas fort grand état. En quoi il montre qu'il a beaucoup d'esprit, car effectivement il y a bien des badineries qui paraissent à la vérité surprenantes à ceux qui ne pénètrent pas les choses » [22] . Ce commentaire rappelle l’état d’esprit de Gaspard II de Servière. Les savants éclairés étaient loin de l’étonnement bouche béé de l’ignorant. Pour Gaspard II, il était clair que son catalogue de 1719 était conçu « pour la satisfaction & l'utilité du Public » [23] . La reparution du Recueil en 1733, puis de nouveau en 1751, permit à la collection de conserver sa réputation. Elle représentait pour la famille Servière une source d’honneur et de renommée. Aux environs de 1755, cependant, la collection déclinait déjà et certains modèles étaient donnés ou remplacés. En 1754, Stephen Demainbray (1710-1782), scientifique anglais d’origine huguenote, visite la collection et remarque un modèle de sonnette qui lui est offerte à la fin de sa visite [24] . Intégré aux collections royales anglaises, il est aujourd’hui conservé au Science Museum de Londres [25] et constitue l’unique représentant de la collection, reconnu avec certitude, à avoir survécu de nos jours [26] . Bien que, d’après l’Almanach de Lyon, la collection pouvait toujours se visiter en 1761, il n’en est plus fait mention par la suite.

La collection des frères Monconys

La constitution de la collection

Visant à la fois l’utile et le divertissant, thématique et très inhabituel, le cabinet de Grollier de Servière n’en est pas unique pour autant. Il contraste cependant singulièrement avec celui des frères Gaspard et Balthazar de Monconys. Fils du lieutenant-général criminel et prévôt des marchands, ils occuperont également ces postes, tous les deux successivement.

Gaspard, le premier affecté à cette fonction, passa la majeure partie de sa vie à Lyon, où il y avait tissé des liens avec les savants locaux, et par leur biais, avec une communauté plus large d’érudits. A Lyon, il collectionnait des « médailles, Monnoyes, Peintures, Camayeux, Inscriptions, Pierres, Insectes, & autres raretez qu'il recherchoit curieusement dans le Thresor de la Nature, ou dans celui de l'Antiquité » [27] .

Bathazar [28] , collecteur plus que conservateur, « eût plus d'inclination à penetrer les causes, & chercher les raisons naturelles des curiositez, que son Frere ramassoit avec soing » [29] . Ce voyageur invétéré, « curieux jusqu'à l'exces » [30] dès sa jeunesse, suivit les aspirations de sa soif de connaissances en effectuant des recherches à la fois sur les sciences naturelles et les sciences occultes. Cela l’amena également à un recensement proto-ethnographique des us et coutumes, des habits et de l’habitat, dans les pays européens et orientaux qu’il visita. A la lecture de son journal de voyage, publié par son fils, sa curiosité semble sans limites. A tel point qu’elle aurait certainement provoqué la réprobation de moralistes comme La Bruyère [31] .

Outre sa curiosité, Balthazar de Monconys témoignait d’un fort rationalisme, ce qui lui permettait d’avoir un regard critique sur les interrogations apparentes auxquelles il était confronté. La visite qu’il rendit à la nonne ursuline de Loudun, dont les accusations conduisirent à la condamnation d’Urbain Grandier qui fût brûlé vif, en constitue un bon exemple. Elle conservait sur son bras les marques « Jésus-Marie-Joseph » laissées par le démon lorsqu’elle avait été exorcisée. Mais la longue attente, « une grosse demi-heure », qu’il passa avant de voir la nonne, éveillèrent ses soupçons. Il remarqua, à la fin de l’entretien, que le rouge des lettres paraissait moins vermeil qu’auparavant. « Avec le bout de mon ongle j'emportai par un leger attouchement une partie de la jambe de l'M, dont elle fût fort surprise, quoique la place resta aussi belle que les autres endroits de la main. Je fus satisfait de cela » [32] .

Autre exemple, au Caire, il teste une salamandre mais celle-ci « craint le feu et se brûle » [33] . Déçu par l’incompétence des géomanciens du Caire, il rencontre un « maguerbin » qui lui promet des visions « mais je ne vis rien de ce que le Maguerbin m'avoit assuré; mais bien qu'il étoit une bête comme tous les autres » [34] . S’il est vrai que Balthazar de Monconys était curieux de tout, sa curiosité était ainsi néanmoins sous le contrôle d’un rationalisme sceptique propre aux savants dont il chercha si assidûment la compagnie, partout où il voyagea. Il collecta et rechercha toujours avec passion les objets qui lui manquaient, contrairement à Grollier, comme « quelques pièces rares [...] des Pais éloignés » [35] . De Florence, il envoya à Lyon des médailles, des pierres gravées et un œil de bœuf ; du Caire, un crocodile, des scarabées, des pierres précieuses, des statuettes ainsi que « diverses curiositez » ; d’Allemagne, des livres et des gravures [36] .

Toutes ces pièces tendaient à enrichir la collection conservée par Gaspard, collection qui, dès lors, apparaît comme une création commune, répondant à une ambition universaliste. S’ils étaient par certains côtés, rares, inhabituels ou instructifs, les spécimens, naturels ou artificiels, pouvaient entrer dans la collection, qui était en quelque sorte le reflet des voyages de Balthazar. Le long sous-titre de la version publiée de ses carnets de voyages révèle les centres d’intérêt qu’englobe la collection de Monconys : « un nombre infini de nouveatez, en machines de Mathematique, Experiences physiques, Raisonnemens de la belle Philosophie, curiositez de Chymie, & conversations des Illustres de ce Siècle; Outre la description de divers Animaux & Plantes rares, plusieurs Secrets inconnûs pour le Plaisir & la Santé, les Ouvrages des Peintres fameux, les Coûtumes & Moeurs des Nations, & ce qu'il y a de plus digne de la connoissance d'un honnéte Homme dans les trois Parties du Monde ». La gravure du frontispice met visuellement en évidence cette variété.

Le devenir de la collection

           Gaspard de Monconys décède en avril 1664. Héritier de son poste officiel et de la collection, Balthazar le suit dans la mort le 28 avril 1665. La collection échoit alors à son fils qui l’avait accompagné dans son voyage en Allemagne en compagnie du Duc de Chevreuse. Il publie les carnets de voyages de son père en deux volumes in-quarto en 1665/1666 [37] . Sans descendance, il cède la collection en 1700 à Jean Jérôme Pestalozzi, qui la lèguera à son fils Antoine Joseph Pestalozzi (1703-1779), Médecin de l'Hôpital de Lyon, qui réalise des recherches sur l’électricité. Ce dernier met immédiatement la bibliothèque de son père en vente. Le catalogue de la vente décrit chacun des 1416 livres et donne aussi une description succincte de la collection d’histoire naturelle, également mise en vente, mais dans son intégralité en un lot unique [38] . Si les livres ont été vendus à cette occasion, tel ne fut pas le sort de la collection d’histoire naturelle : en effet, en 1771, Pestalozzi fils négocie le transfert de celle-ci à la ville en échange d’une rente viagère de 1500 livres. La ville conserve alors ce nouveau fonds à l’Académie des Sciences et Belles-Lettres. Elle fut incorporée à la bibliothèque et à la collection de Pierre Adamoli (médailles et spécimens d’histoire naturelle, principalement des coquillages, des fossiles et des minéraux) [39] . En 1777, les deux collections, ainsi réunies, furent ouvertes au public tous les mercredis.

A partir de ce moment-là, la collection Monconys/Pestalozzi disparaît en grande partie. Saisie à la Révolution, ce qu’il en reste se retrouvera finalement au Muséum d’Histoire Naturelle de Lyon, aujourd’hui Musée des Confluences, au sein duquel il est difficile d’identifier des objets de la première collection. Une pièce, sortie de la collection du vivant des frères Monconys,  peut toutefois être identifiée. Il s’agit d’un médaillon byzantin, en relief, en porphyre vert, représentant la Vierge, daté de 1078-81. Il fut le sujet d’une publication en 1661 [40] et fut l’objet, peu après, d’une transaction entre Gaspard de Monconys et l’Archiduc Léopold Wilhelm d’Autriche. L’agent de la vente meurt avant la fin  de la négociation et le médaillon disparaît alors pendant près de 200 ans. Il est aujourd’hui conservé au Victoria and Albert Museum de Londres [41] .


Conclusion

Tout comme les biens de la collection Monconys/Pestalozzi, ceux du cabinet Grollier de Servière ont largement disparu.

Contrastant singulièrement l’une de l’autre, les collections de Monconys et de Grollier de Servière sont les deux collections lyonnaises du XVIIe siècle que nous connaissons le mieux. Malgré leur disparition, elles nous renseignent sur la manière de collecter à Lyon, en France et plus généralement en Europe. Toutes les deux se révèlent en effet caractéristiques des modes de collecte répandus en Europe, à une époque où la recherche organisée de façon rationnelle et l’accumulation supplantaient les anciennes pratiques de collecte reposant sur l’analogie avec le macrocosme et le microcosme et la soif d’extraordinaire. Si Grollier de Servière représente une des tendances de la recherche empirique qui délimitait le champ d’étude afin de mieux s’y consacrer, Monconys faisait preuve d’une aspiration universaliste tout en exerçant un contrôle critique. Ils sont tous deux représentatifs de l’état d’esprit ambigu qui régnait au milieu du XVIIe siècle dans la recherche de la connaissance : un équilibre entre une curiosité émerveillée et une curiosité rationnelle. Ils jouèrent un rôle, l’un comme l’autre, dans la culture scientifique de Lyon au XVIIe et au XVIIIe siècle. Si la collection de Monconys a donné un véritable élan à la formation des collections du Muséum d’Histoire Naturelle du XIXe siècle, celle de Grollier de Servière a également contribué aux valeurs éducatives desquelles cette institution émergea. Ces deux collections sont essentielles dans l’étude des collections et des pratiques de collecte à Lyon.


Annexe I

Editions du Recueil

[Gaspard] Grollier, [Comte] de Servières, Recueil d’Ouvrages curieux de mathématique et de mécanique, ou description du Cabinet de Monsieur Grollier de Servière Avec des figures en Taille douce ; par Mr. Grollier de Servière, Ancien Lieutenant Colonel d’Infanterie son petit fils, Lyon, David Forey, 1719.

4°, [28] +101 + [11] avec 85 planches gravées numérotées jusqu’à 88, mais les planches 39, 48 et 76 n’existent pas.

Gaspard] Grollier, [Comte] de Servières, Recueil d’Ouvrages curieux de mathématique et de mécanique, ou description du Cabinet de Monsieur Grollier de Servière Avec des figures en Taille douce ; par son petit-fils Mr. Grollier de Servière, Ancien Lieutenant Colonel ; l’un des vingt-cinq de l’Academie des Sciences & des Belles-lettres de Lyon, seconde edition, revûë, corrigée & augmentée de nouvelle Machines, & de plusieurs Planches, Lyon, David Forey, 1733.

4°, pp. [xxiv] + 152 + [viii] avec 92 planches gravées numérotées 1-31, 31A, 32-38, 40-47, 49, 50-52, 52A, 53-56, 56A 57-61, 63-72, 72A, 73-75, 77-84, 84A, 84B, 84C, 84D, 85-88. Cette numérotation irrégulière correspond néammoins à la table des illustrations. Dans les instructions au relieur (Viii verso -Viv recto), l’erreur de numérotation des planches est indiquée. Les planches 39, 48 et 76 n’existent pas.

Réédité, avec une nouvelle page de titre, à Paris en 1751.


Annexe II

Catalogue de la collection de Jean Jérôme Pestalozzi.

Le catalogue de vente de la bibliothèque de Jean Jérôme Pestalozzi, en 1743 [42] , contient une courte description de son cabinet d’histoire naturelle inclus dans la vente. A la fin de cette description, il est écrit que « M. Pestalozzi a eu un soin particulier d'en composer l'Histoire, qu'il vouloit donner au Public en deux Volumes in quarto : mais la Mort l'ayant prévenu, on delivrera son Manuscrit à ceux qui feront acquisition de son Cabinet ». Le cabinet ne fut pas vendu en 1743. Mais quand finalement la ville l’acquit en 1771, la description de Pestalozzi pouvait ne plus y être. Ou si elle l’a été, elle a pu être perdue à la Révolution. Quelle que soit la cause de sa disparition, à partir de 1743, il n’y a plus traces du manuscrit jusqu’au 4 mars 1909, date à laquelle la Bibliothèque Municipale de Lyon l’achète pour 150 francs à un collectionneur d’autographes parisien.

L’« Histoire » [43] est un manuscrit de 395 folios, écrit selon toute vraisemblance par Jean Jérôme Pestalozzi avant 1738. Des passages de ce manuscrit réapparaissent en effet dans les discours qu’il lit à l’Académie de Lyon cette même année. Le titre complet en est :

Cabinet de Naturalitez ou Description des Mineraux, des Petrifactions, des Congelations des cristaux et cristalisations, des Pierres simples et usuelles, des cailloux, des  pierres figurées, soit en empreinte, soit de relief, des marbres, des Pierreries des Mines, des metaux, des Marcassites, des cadriries, et des Pierres qui s'engendront dans les corps des Animaux, commes aussi des Plantes marines, des fruits etrangers, des animaux, des Monstres &c.

Ouvrage curieux et agreable aux personnes qui ont du gout pour l'Histoire Naturelle, et tres utile à tous ceux qui veulent connoitre le détail des ouvrages de la Nature.

L’ouvrage est en effet un catalogue de la collection Monconys/Pestalozzi, auquel est ajouté un certain nombre d’essais rédigés sous forme de discours. Dans le premier de ces essais, Pestalozzi s’étend sur la nature comme œuvre de Dieu, et sur l’histoire naturelle comme le meilleur moyen de lui rendre hommage :

« Elle [la nature] est l'ouvrage du Tout puissant, et c'est faire connoistre sa toute puissance, sa grandeur, et sa sagesse infini, que de manifester les beautez, qui sont cachées dans ce bas monde. Le chef d'Oeuvre le plus accompli, et le seul réellement parfait c'est l'ouvrage de la Nature, Ouvrage achevé, Ouvrage divin, ouvrage par excellence ! Et vidit Deus quod esset Bonum. Laissons les merveilles des Cieux: arrestons nous simplement sur nostre demeure. La Terre ne publie pas moins que le firmament la gloire du Créateur. » (fol 2r)

L’étude de la nature est à la fois divertissante et utile à l’homme. « L'Histoire Naturelle est une connoissance si curieuse et si amusante ? Son utilité est encore au dessus ». Pour Pestalozzi, l’existence de si nombreuses collections de spécimens naturels en est une preuve.

Pestalozzi donne un rapide tour d’horizon de ces collections, avant de glisser une petite remarque nationaliste :

« Plusieurs Cabinets d'Histoire Naturelle sont ecrits en Latin, en Italien, et en d'autres langues. L'echantillon qui en paroit dans le Cabinet de la fameuse Bibliotheque de Ste Genivieve, n'est capable que de mettre en gout. Il est temps qu'il paroisse un cabinet françois. » (fol. 3v).

Si, parmi les collections existantes, celle de Pestalozzi n’est pas la plus riche, il revendique qu’elle sera la première à être décrite dans son intégralité en français.

Le catalogue est divisé suivant les trois règnes : minéral, végétal et animal. Les minéraux vont des échantillons de terre aux cristaux de sels en passant par les substances inflammables (comme le bitume), les sables, les cristaux, les pétrifications, les figures de pierre, les pierres en général, les marbres, les pierres précieuses et les pierres d’animaux. La partie botanique est moins complète, comme il l’avoue. Elle est composée d’un herbier « qui contient les plantes transportables des Jardins du Roi de Paris » et d’un herbier de plantes propres à la région lyonnaise. La collection de plantes marines a pour rôle d’embellir cette section. Les animaux sont représentés par une collection plus complète, se terminant par des spécimens de monstres, animaux, humains et végétaux. Une annexe regroupe des descriptions de « quelques pièces etrangeres et de main de l'homme pour divers usages » (fol 5r). Pour chaque pièce décrite, Pestalozzi donne une description relativement détaillée comme « une dissertation physique precede chaque genre ». Tout au long des trente années qu’il a passé à enrichir la collection de de Monconys, il est évident que Pestalozzi a considérablement lu. Il remarque que de telles recherches sont particulièrement utiles aux médecins. Il cite largement des auteurs anciens et contemporains, tout comme il note les initiaves locales : M. Lefeure, docteur à Uzès, a préparé du colcotar artificel avec de la limaille de fer et du soufre (fol. 12r). Mais Pestalozzi est également instruit des recherches qui se déroulent à Paris. Il mentionne ainsi les expériences de Homberg (fol. 14v) et de Boulduc (fol. 15r).

Pestalozzi renonce aux théories qui prônent une description trop spécifique : «  le même effet, selon M. Newton, doit etre produit par la même cause. Chaque physicien apparemment a deja prit la dessus son parti, dont le meilleur est de ne prendre aucun ». Son principal objectif est de fournir des descriptions qui permettent aux autres savants de reconnaître les spécimens ; il explique également leurs utilisations et leur origine. Son travail résume en substance les croyances de l’époque. En déterminant les limites du savoir, il montre aussi en quoi ses descriptions peuvent servir à enrichir cette connaissance : « peut être ce queue [d’une raie] est elle monstrueux, peut-etre en a-t-on vûe de pareille; c'est ce que nous ne sçavans pas; les connoisseurs seront à même d'en jugé par sa description » (fol. 295r). La connaissance de la nature mène à la connaissance de soi et donc à Dieu. « L'homme seul est en luy mesme l'abregé de tout l'univers; puisque il referme en sa nature celle de tous les autres mixtes, et qu'il a par dessus cela une ame immortelle, image de la divinité » (fol. 356v).

Fait assez inhabituel pour cette époque, mais moins si l’on considère le travail médical du praticien, le catalogue comprend une section conséquente sur les monstres de toutes sortes ; certains ayant été examinés, voire disséqués, avant de trouver leur place dans la collection. Une autre section, pourvue en supplément, décrit une sélection d’objets faits par la main de l’homme. Il est possible que les momies égyptiennes, les scarabées et les feuilles de papyrus qu’il y mentionne proviennent de la collection de Monconys, ainsi que d’autres bizarreries d’origine lointaine, mais la provenance n’est pas certaine. Pestalozzi indique au sujet d’une peinture mongole qu’elle a été ramenée en France par un « compagnon de voyage de Tavernier ». De remarquables pièces de l’art populaire français et européen sont également présentes. Il note au sujet d’une représentation de Saint-Sébastien attaché à un arbre et transpercé de flêches, sculptée dans l’ivoire et placée à l’intérieur d’une bouteille, qu’« il a fallu une grande adresse pour ajuster tout cet assemblage de pieces dans cette bouteille dont le gouleaux est tres étroit » (fol. 395v).

Il reste évident que Pestalozzi témoignait d’une forte prédilection pour l’histoire naturelle (en particulier les minéraux), à laquelle une grande partie du catalogue est consacrée. Il est donc possible qu’il ne contienne pas la totalité des pièces de la collection que de Monconys a acquis et qui renfermait certainement une plus large proportion d’objets manufacturés. Son catalogue, néanmoins, témoigne admirablement du niveau de connaissance auquel le collectionneur pouvait prétendre, ainsi que de la grande variété de specimens qu’il pouvait acquérir. Il constitue un témoignage détaillé et un des premiers exemples de collection d’histoire naturelle, et a pu jouer, à ce titre, un rôle de plus en plus important dans les dernières décennies du siècle de Linné.


Annexe III

Traité sur les arts mécaniques imaginés par Gaspard (II) Grollier de Servière.

Gaspard (II) Grollier de Servière avait foi dans le progrès et témoignait d’une passion pour les arts mécaniques. Vers la fin de sa vie, après avoir publié la deuxième édition du catalogue de la collection de son père et de son oncle, il se consacre à l’écriture d’un traité systématique sur les machines et les outils utilisés dans l’artisanat. Ce traité resta inachevé mais certaines sections, avec le plan général, furent présentées en tant qu’articles à l’Académie des Beaux-Arts de Lyon et sont encore conservées dans ses archives.

Grollier s’était déjà justifié de son intérêt pour le sujet : en effet, le 22 août 1736, il avait lu devant l’Académie une « Dissertation sur les ouvrages de Mechanique, ou Paralelle des ouvrages de Litterature avec les ouvrages des mains » [44] . Dans ce discours, il défend la parité entre le travail manuel, souvent dénigré, et les « travaux de l’esprit ». Il avance tout d’abord l’argument, apparemment paradoxal, qu’apprendre à devenir un homme de lettres est plus exigeant et onéreux que de s’entraîner pour acquérir des compétences manuelles. Puis il suggère que le travail manuel peut être plus gratifiant étant donné que l’objet créé, même s’il ne satisfait pas un fin connaisseur, peut toujours apporter à son concepteur une certaine reconnaissance auprès des personnes moyennes. Une composition littéraire semble souvent insatisfaisante à son auteur qui n’a, pour seul jugement, que sa propre connaissance ou d’autres modèles littéraires. Tandis que pour les arts plastiques, la nature même est le modèle qui fournit le niveau d’appréciation. Contrairement aux arts littéraires, le travail artistique manuel est actif, et procure un exercice physique nécessaire à notre quotidien. A la fin, Grollier conclut que toutes les activités peuvent prétendre à être autant satisfaisantes les unes par rapport aux autres, mais il atténue le caractère général de son titre en réduisant le champ de sa discussion à la peinture et à la sculpture seulement, plutôt que de traiter de façon générale les arts mécaniques.

De semblables discussions abstraites faisaient partie de la routine des académies en Europe [45] . Même si elles n’étaient pas particulièrement spécifiques, elles n’en jouaient pas moins un rôle en rendant les arts mécaniques plus respectables. Comme il est dit précédemment, cette respectabilité importait à Gaspard (II), autant pour l’honneur de son grand-père et la réputation de sa famille, que pour maintenir le cabinet Grollier en tant qu’attraction publique, et comme une contribution au bien public. Le projet personnel de Gaspard (II) semble avoir couvert un large domaine et peut être comparé, de par ses objectifs, à celui de la Société des Arts à Paris.  Celle-ci, à la même époque, joua un rôle déterminant (bien qu’au prix de sa propre destruction) en permettant à l’Académie Royale des Sciences de Paris d’être la première à publier le Machines et Inventions approuvées par l'Académie Royale des Sciences [46] et donc d’entreprendre, avec un spectre aussi large, sa propre Description des Arts et Métiers [47] . Le titre de l’ouvrage résume à lui tout seul l’objectif de Gaspard (II) :

La Mechanique abregée Des Arts et Metiers ou l'on trouve les figures, les proportions et l'explication des principales Machines, et des  principaux outils qui leur sont propres avec des observations sur les moiens  de les porter à leur perfection, pour la pratique.

Observer, expliquer, améliorer : un triple objectif, commun à la Société des Arts, l'Académie Royale des Sciences et à Grollier de Servière.


La partie I du livre de Grollier concerne « Des ouvrages en fer » et est découpée, après un exposé général en guise d’introduction sur le fer, suivant les métiers où il est utilisé.

           « Ch preliminaire du Fer

           forgerons                                                        fourbisseurs

           Marechaux                                                      Balanciers

           Cloutiers                                                         Equilliers

           Serruriers                                                        Epingliers

           Couteliers                                                       Couliers

           Taillandiers                                                      Ouvriers en fil de fer

           Armuriers                                                        Ouvriers en fer blanc

           Eperroniers                                                     Ouvriers en metiers de bas »

De ces chapitres, Grollier lut à l’Académie de Lyon le chapitre préliminaire, à une date non précisée [48]  ; la taillanderie, le 16 février 1739 [49] , et la serrurerie, le 30 janvier 1740 [50] . Il est clair qu’à cette date son plan n’est pas encore fixé car ces deux derniers sujets forment alors le cinquième chapitre de la Partie I, alors que dans le plan de son premier exposé, pour lequel aucune date n’est précisée, le cinquième chapitre est celui des couteliers. Un an plus tard, le 18 janvier 1741, Grollier présente à l’Académie le chapitre sur la menuiserie, qu’il projetait d’inclure dans la seconde partie de son travail, certainement dédiée aux travaux du bois.

C’est à peu près tout ce qui est connu, à ce jour, du traité de Grollier, resté en projet. Les sections qui lui ont survécu offrent un compte rendu clair et concis des outils utilisés dans les métiers décrits plus haut et des œuvres qui pouvaient être ainsi produites. Dans la section sur le travail de l’étain se trouve une description détaillée et particulièrement intéressante de la fabrication d’une cafetière. Cette description a été écrite précisément au moment où le café connaissait sa deuxième vague de popularité [51] . La section sur l’ébénisterie est complète, avec des croquis au crayon des outils utilisés, le tout gravé sur deux planches. L’approche est sérieuse et systématique, et l’objectif visé est le perfectionnement. La comparaison entre les travaux du grand-père et ceux du petit-fils met en lumière le passage d’une culture baroque de l’amusement et de l’émerveillement, aux Lumières du progrès qui tend à devenir socialement responsable.

Pour toute correspondance :

Anthony Turner, 24, rue du Buisson Richard, 78600, Le Mesnil-le-Roi, France

Anthonyjturner @9online.fr



[1] Version originale anglaise à paraître en 2008 dans Journal of the History of Collections. Ici, version révisée et augmentée d’un article présenté initialement au colloque « Histoire des collections du Muséum », à Lyon, le 18 et 19 avril 2007, et à une réunion de l’Association pour l'Histoire des Sciences, à Genève, le 21 juin 2007.

[2] Baudelot d’Airval, De l’utilité des voyages et de l’avantage que la recherche des Antiquitez procure aux sçavans, nouvelle édition, vol. II, Rouen, Charles Ferrand, 1727, p. 443.

[3] Cette liste est donnée à la fin de ses Recherches des antiquités et curiosités de la ville de Lyon, Lyon, 1673-1675.

[4] Voir Marie-Félicie PEREZ et Jean Guillemain, « Curieux et collectionneurs à Lyon d’après le texte de Spon (1673) » in Roland Etienne et Jean-Claude Mossière (dir.), Jacob Spon, un humaniste Lyonnais du XVIIe siècle, Paris, Boccard, 1993.

[5] Voir Eugène Vial et Claudius Côte, Les Horlogers lyonnais de 1550 à 1650, Macon, Protat Frères, 1927, p. 44.

[6] Tel qu’il est précisé dans Syntagma philosophiae Epicuri, cum refutationibus dogmatum quae contra fidem christianum ab eo assert sunt, oppositis per Petrum Gassendum..., La Hague, 1659. Voir aussi dans son ouvrage inachevé Syntagma philosophicum, in quo capita praecipua totius philosophia edisseruntur in Opera omnia, vols I et II, Lyon, 1658.

[7] Pour les recherches sur les différents sens du mot « curiosité » et les termes associés, voir Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux: Paris – Venise, XVIe – XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1987, p. 61-80; Krzysztof Pomian, « Curiosité et science moderne/Curiosity and modern Science » in Nouvelles curiosités/New Curiosities, Digne-les-Bains, 2003, p. 5-26. Voir également l’« Introduction » de Alexander Marr in R. J. W. Evans et Alexander Marr (dir.), Curiosity and Wonder from the Renaissance to the Enlightenment , Aldershot, Ashgate, 2006, p. 2-4. Les notes de cet article offrent une bibliographie utile des récentes études sur le sujet.

[8] Ce qui suit est basé sur la vie de Nicolas dans un discours prononcé par son petit-fils Gaspard II de Servières  à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon. Ce discours est à présent conservé à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, MS 182 fols. 215v ff. Une version abrégée est incluse dans la préface du catalogue de la collection, écrit par Gaspard, Recueil (pour le titre complet de l’ouvrage et les détails bibliographiques, se reporter à l’Annexe I). Les entrées dans Nouvelle Biographie Générale et Dictionnaire de Biographie Française contiennent quelques  informations additionnelles.

[9] Pratiquement toutes les données biographiques sur Nicolas s’accordent sur une date de naissance de 1593, tout comme le fait aussi Gaspard II Grollier de Servières dans la première édition (1719) de son Recueil. Dans la seconde édition, cependant, il la corrige discrètement pour 1596, tandis que dans sa version manuscrite, il mentionne le 18 janvier 1599.

[10] Op. cit. (note 7), MS 182 f 216r d’après un « Memoire escrit de sa main » comme il est dit dans cette note informelle.

[11]   Marie-Félicie Pérez et Jean Guillemain, « Curieux et collectionneurs à Lyon d'après le texte de Spon (1673) » in Roland Etienne et Jean-Claude Mossière (dir.), Jacob Spon, un humaniste lyonnais du XVIIe siècle, Paris, Boccard, 1993.

[12]   Sur le caractère de Grollier, son petit fils ajoute ceci : « Il etoit naturellement franc, vif, bouillant et prompt, mais bon, humain, et Charitable, on le voyoit toujours empressé et prêt a faire plaisir et a rendre service a  tout le monde [...] il etoit d'une probité a toutte epreuve et ne pourroit souffrir les flatteurs, - aussy etoit il un tres mauvais Courtisant, il aimoit en tout et par tout l'ordre et la regle, la verité et la  justice ce qui le rendoit exact [...] a remplir ses moindres devoirs, [...] mais [...] aussy quelques fois un peu severe et un peu dur ». Op. cit. (note 8), fol. 226r.

[13] Au moins quelques unes d’entre elles doivent provenir de dessins fait par Nicolas, car lorsque Philip Skippon visite la collection en 1665, on lui montre un épais volume in-folio contenant des dessins des pièces présentées.

[14] Gaspard II GROLLIER DE SERVIERE, Recueil, op. cit., sig. e4v.

[15] Bibliothèque Nationale de France MS fr 24255 fols. 276-77, imprimé intégralement en annexe de Marie-Félicie Pérez et Jean Guillemain, op. cit.

[16] La collection Grollier peut apparaître plus ou moins originale suivant la date à laquelle on se situe. L’esprit de la collection peut clairement être rattachée à la tradition des « théâtres de machines » issue de la Renaissance. Sa nature divertissante, avec les automates (en particulier les machines à eau qui arrosent le spectateur), reste à la mode au moins jusqu’à la moitié du XVIIe siècle. Cependant, une telle collection, rassemblant des objets mécaniques construits par le créateur de la collection lui-même, est rare à cette époque. Cela dit, la collection de Brostrup de Schort, que visita Balthazar de Monconys à Kassel en 1663, se rapproche de celle de Grollier. De Schort s’intéressait aux fortifications, aux objets façonnés au tour, et possédait un cabinet de modèles de ponts, de machines pour élever l’eau, ou des machines du même style. Il  avait développé sa propre méthode pour blanchir le cuivre et concevoir des miroirs de meilleure qualité que ceux en acier. Cf. Voyages de M. de Moncony divisez en V. Tomes, vol. IV, Paris, 1695, p. 31-4. Vers la fin du XVIIe siècle, des parallèles peuvent être établis. En premier lieu avec la collection de l’Académie des Sciences à Paris, qui comprend des modèles de machines et des appareils mécaniques (voir Camille Frémontier, « Les Dépôts de collections d'histoire naturelle, d'instruments et de machines » in Eric Brian et Christiane Demeulenaere-Douyère (dir.), Histoire et mémoire de l'Académie des Sciences: Guide de recherches, Paris, Tec et doc-Lavoisier, 1996). Dans un deuxième temps, avec la collection de modèles de machines créée par Jean Baptiste Picot et exposée à la vente à Paris (rue de la Harpe) en 1683. Voir Arthur Birembaut, « L'exposition de modèles de machines à Paris en 1683 », Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, xx, 1967, p. 141-58.

[17]   L’horloge à plan incliné, par exemple, semble avoir été inventée par un membre de la dynastie Habrecht des horlogers, à Strasbourg, durant la première moitié du XVIIe siècle. Un exemplaire, acquis par Herzog Augustus de Braunschweig (1579-1666), subsiste de nos jours au Museum Herzog Anton Ulrich, Braunschweig, et est illustré in H. Alan Lloyd, Old Clocks, 4° ed., Londres, 1970, p. 50 et pl. 4. La caisse vide d’un autre exemplaire a été mise à la vente à l’Hôtel Drouot, Paris, 15 mai 1993, lot 121. Il existe au moins cinq autres exemplaires, créés par des fabricants du XVIIe siècle, et le modèle figure parmi les horloges originales décrites par Gaspar Schott, Technica Curiosa sive mirabilia artis..., Nuremberg, sumptibus J. A. Endteri, & Wolfgangi junioris hæredum, 1664, pl. 8. Pour le développement des horloges en général, voir Silvio A. Bedini, « The inclined plane clock », La Suisse Horlogère 78 & 79, 1958 & 1959 ; A. J. Turner, Maurice Wheeler's Account of the Inclined Plane Clock 1684, Londres, 1972.

[18] Gaspard II GROLLIER DE SERVIERE, Recueil, op. cit., 2e édition, 1733, p.150, & pl. 85. Agostino Ramelli, Le Diverse et artificiose machine, Paris, 1588, ch 188. Teach Gnudi et Eugene S. Ferguson dans l’introduction de leur traduction anglaise de l’ouvrage (1976, réédition New York et Aldershot 1987), notent (p. 39) que « l’influence de Ramelli sur le livre de Grollier de Servière (1719) est claire et directe » et offrent plusieurs exemples.

[19]  Cf. la définition du terme « invention » donnée par Simone Mazauric, basée sur sa lecture de Théophraste Renaudot : « Par invention, il faut entendre un procédé ingénieux, destiné à résoudre un problème de l'ordre essentiellement pratique », Simone MazauriC, Théophraste Renaudot : De la petite fille velue et autres conférences du Bureau d'Adresse (1632-1642), Paris, Klincsieck, 2004, p. 21. Au XVIIe et XVIIIe siècle, le mot « invention » n’implique pas la notion d’originalité, comme c’est le cas de nos jours.

[20] Charles Plumier, L'Art de tourner ou de faire en perfection toutes sortes d'ouvrages au tour, Paris, C. A. Jombert, 1749, viii-ix.

[21] Probablement l’un des deux fils de l’imprimeur Laurent Anisson, Jean ou Jacques.

[22] Cité à partir de Marie-Félicie Pérez et Jean Guillemain, op.cit.

[23] Gaspard II GROLLIER DE SERVIERE Recueil, op. cit., Préface sig. A4r.

[24] Gaspard II GROLLIER DE SERVIERE, Recueil, op. cit., Fig. 89.

[25] Alan Q. Morton et Jane Wess,  Public and Private Science: the King George III Collection, Oxford, Oxford university Press, 1993, p. 150. Au sujet de Demainbray, voir dans le même ouvrage p. 89-119.

[26]   Le catalogue d’une vente aux enchères, conduite à Paris, le 24 mars 1969, par Etienne Tajan, Jean-Louis Picard et Antoine Tajan, mentionne dans sa page de titre une « Collection de pièces de tour des XVIIe et XVIIIe siècles provenant du Cabinet de Monsieur Grollier de Servière ». Cependant, dans le détail du catalogue, où les objets constituent les lots 92 à 116, l’origine de ces pièces n’est ni repérée ni argumentée. Sur les neuf pièces illustrées, trois d’entre elles peuvent être rapprochées des illustrations du Recueil, tout comme certains éléments de deux autres pièces. Le reste des pièces est clairement dans le style de celles produites par Grollier et illustrées dans le Recueil, dont une copie constitue le lot 117 de cette vente. Mais il n’existe aucune preuve que ces pièces étaient bien originaires du cabinet Grollier.

[27] Balthazar DE MONCONYS, Voyages…, vol. I, sig. *8v.

[28] Au sujet de sa vie, voir Matthieu Varille, « Bathazar de Monconys », Bulletin de la Société Littéraire, historique et Archéologique de Lyon, n° 13, 1934 ; Stéphane Cordier, Balthazar de Monconys, Paris, A. de Rache, 1967. Les remarques de de Monconys sur l’art sont recueillies par le Comte de Marcys, « Balthazar de Monconys. Analyse  de ses voyages  au point de vue artistique », Bulletin de la Société des Beaux Arts de Caen, n° 6, 1880. Un résumé du rapport de de Monconys sur la science de son époque est donnée par Charles Henry, Les Voyages de Baltazar de Monconys : Documents pour l'histoire de la Science, Paris, 1887. La partie de ses récits de voyages relative à l’Egypte a été réimprimée avec une introduction par Henry Amer, Voyage en Egypte de Balthazar de Monconys 1646-1647, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1973.

[29] Balthazar DE MONCONYS, Voyages, op. cit., vol. I. Sig. *9r.

[30] Idem. sig *10v.

[31] Voir Krzysztof Pomian, Collectionneurs, op. cit., p. 77-78.

[32] Balthazar DE MONCONYS, Voyages, op. cit., vol. I, p. 15-16.

[33] Ibid., vol. I, p. 407

[34] Ibid., vol. ii, p. 122

[35] Gaspard II GROLLIER DE SERVIERE, Recueil, op.cit., sig. e1r.

[36] Balthazar DE MONCONYS, Voyages, op. cit., vol. IV, p. 344.

[37] Imprimé à nouveau en 4 tomes à Paris en 1667, puis en 1695 en 12mo (4 vols in 5).

[38] Catalogus Librorum Bibliothecae Domini Joannis – Hieronymi Pestalozzi, Medici Lugdunensis Celeberrimi, Lyon, 1743. La vente préparée par les frères Duplain était une vente à prix fixe marqué sur chaque objet et, « suivant notre coûtume », n’était pas sujette à réduction, cf. p.5.

[39] A son sujet, voir Yann Sordet, L'Amour des livres au siècle des lumières : Pierre Adamoli et ses Collections, Paris, Ecole des Chartes, 2001 ; Samy Ben Massaoud, « Pierre Adamoli (1707-1769), Bibliophile des Lumières » in Marie Viallon (dir.), Voyages de Bibliothèques. Actes du Colloque des 25-26 avril 1998 à Roanne, St. Etienne, Publications de l’université de Saint-Etienne, 1999, p. 137-47. Yann Sordet, « La dévolution au public d’une bibliothèque particulière au XVIIIe siècle, l’exemple de Pierre Adamoli et de quelques uns de ses contemporains », in Ibid. p. 148-69.

[40] J. Chiflet, Vetus Imago sanctissimae Deipace in Jaspide Viridi ...inscripta Nicephoro Botaniatae..., Paris, 1661.

[41] « A Byzantine  disc for South Kensington », The Burlington Magazine, n° 50 , 1927, p. 106-8.

[42] Catalogus Librorum Bibliothecae Domini Joannis – Hieronymi Pestalozzi, Medici Lugdunensis Celeberrimi, Lyon, 1743, p. 10.

[43] Bibliothèque municipale de Lyon, ms 2439. Le prix d’appel pour le volume était de 500 francs.

[44] Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon MS 20 fols. 89r – 96r. L’Académie étant itinérante, son allocution fut prononcée à une réunion qui eut lieu dans le propre cabinet de Grollier.

[45] Un autre discours du même genre a été prononcé par Gaspard II à l’Académie, plusieurs années auparavant. « Le Boncoeur : si les qualitéss de l'esprit sont préferables à celle du cœur », 23 mai 1719. Il est conservé à l’Académie de Lyon MS 134.

[46] Edité par J.-G Gallon en 6 volumes, Paris, 1735.

[47] Pour la Description, voir Anne-Sophie Guénoun, « Les publications de l'Académie des Sciences » in Eric Brian et Christiane Demeulenaere-Douyère (dir.), Histoire et mémoire de l'Académie des Sciences : Guide de recherches, Paris et Londres, Tec et doc-Lavoisier, 1996, p. 107-27 (et 123-5). Pour l’influence de la Société des Arts, voir Roger Hahn, « Science and the arts in France: the limitations of an encyclopeadic ideology », Studies in Eighteenth Century Culture, n° x, 1981, p. 77-93. Pour l’importance que revêt le cabinet dans la vie de Grollier, voir Anthony Turner, « Sciences, arts and improvement: Jean Antoine Nollet from craftsman to savant » in Lewis Pyenson et Jean-François Gauvin (dir.),  The Art of Teaching Physics: The eighteenth century demonstration apparatus of Jean Antoine Nollet, Quebec, Septentrion, 2002, p. 29-46.

[48] Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, MS 182 fols. 179r-91v.

[49] Ibid., fols.164r-167v.

[50] Ibid., fols. 86r-106r.

[51] Voir Anthony Turner, Coffee, an Essay, Paris, Blusson, 2002, chapitres 4 & 5.