Nous partageons tous, à travers le temps, l’espace et les sociétés, les mêmes interrogations sur l’origine du monde, son commencement, notre relation à l'Univers et notre place en celui-ci. Nous sommes tous pris dans ce flux permanent des lois de l’Univers qui nous dépassent. Nous partageons aussi avec tous les êtres vivants les mêmes mécanismes et modalités de l’évolution. Toutes les sociétés ont éprouvé le besoin d’expliquer le début de la vie, celle de l’humanité et leur évolution. Nous partageons tous également les mêmes interrogations fondamentales sur la fin inévitable que nous impose la nature, tant individuellement qu’au niveau de notre espèce. Les humains, selon leurs croyances et leurs systèmes de valeurs, définissent et composent avec la mort.
Retrouvez ci-dessous la réflexion de deux membres du comité scientifique.
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Faire une exposition aussi belle que scientifique sur l’évolution de la vie n’a rien de simple. D’emblée, il est impossible de tout montrer, de prétendre évoquer toute l’évolution. Cela implique des choix et dès lors les contraintes risquent de biaiser la compréhension de ce qu’est l’évolution (dans l’état actuel de nos connaissances). Pour être plus explicite, si on ne peut pas éviter les origines de la vie et ni celles de l’homme, est-on obligé de sombrer dans la facilité d’une évolution dirigée, dans un réductionnisme qui confond facile et fallacieux ? Le défi de cette exposition sera d’évoquer les grandes étapes de l’évolution sans que cela ne soit conçu comme une histoire linéaire, ni finalisée (…) Cette conception moderne et très heuristique de l’évolution rend hommage à la vie sans nier l’importance de l’homme ou de la lignée humaine (…) Pour notre propos, si les bactéries sont les premières formes de vie apparues sur la Terre, elles dominent encore en terme de biomasse dans la nature d’aujourd’hui. Le défi de l’exposition sera de suivre toutes les grandes étapes que nous aurons retenues tout en faisant bien comprendre que toute nouvelle étape n’efface pas la précédente (…)
Qui s'interroge sur l’origine de ce qui est et de ce que lui-même est se demande ce qu’en fin de compte, il adviendra de lui et rencontre immanquablement «l’arrêt de mort». Précieuse équivocité de ce syntagme : la mort comme cessation de toute possibilité et comme sentence incompréhensible. On s’accorde communément à penser qu’avec la représentation de la mort et de ce qui vient après elle, c’est la réalité humaine qui fait son apparition, car, comme l’écrit Rousseau, « jamais un animal ne saura ce que c’est que mourir ; et la connaissance de la mort est une des premières acquisitions que l'homme ait faite en s’éloignant de la condition animale ». Même si les travaux des primatologues, des paléoanthropologues et des éthologues concourent à nuancer ce constat, en observant chez certains animaux les effets de quelque chose comme une subjectivité ou une conscience, il faut bien reconnaître que le souci de la mort et la considération pour les morts apparaissent en concomitance avec les débuts d’un langage propre à notre espèce, comme s’il y avait là une causalité réciproque. En d’autres termes, c’est la perception, la représentation et le vécu de la mort, et la mémoire des morts qui ouvrent à l’ordre symbolique et, plus tard, à l’écriture et à l’histoire. Le phénomène du rien qu’est la mort fait certes échec au langage mais cet échec à dire la mort ne vaut que pour un être voué au langage. Il a fallu, pour les premiers représentants de notre espèce, laisser des traces qui témoigneront de ce qu’ils ont été, de ce qu’ils ont fait et non pas seulement de laisser des enfants qui les oublieraient et qui eux-mêmes disparaîtraient. (…) Une question générale et gênante demeure : peut-on appréhender selon les mêmes méthodes les rites anciens des grandes cultures et les rites contemporains de sociétés qui sont les objets de la recherche ethnologique ?

Thème 1 :
La création du monde
Manasie Akpaliapik
Nunavut, Canada
coll.Musée des Confluences
photo P. Ageneau