L'être humain, après s'être longtemps considéré comme une espèce dominante de la biodiversité, ne peut occulter aujourd'hui qu'il n'est qu'une espèce parmi les autres, et en interrelation avec celles-ci. De fait, ses actions ont des répercussions sur l'ensemble des composantes de la biodiversité. Leur nature et leur intensité sont aujourd'hui telles que l'espèce humaine contribue à une importante érosion de la biodiversité, pouvant mener jusqu'à sa destruction, et par là-même à sa propre disparition. Quelle position adopter par rapport à ce qui nous entoure si nous ne voulons pas arriver à une situation de non-retour ? L'être humain devrait-il reconsidérer sa place au sein du monde vivant ? Et plus fondamentalement, l'exposition tente de comprendre la personne humaine par l'exploration du corps, du cerveau, de ses rapports à l'autre, de son développement…
Retrouvez ci-dessous la réflexion de deux membres du comité scientifique.
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Selon le discours général, l'homme est responsable d'une nouvelle phase majeure d'extinction de la diversité biologique. Cette affirmation n'est pas fausse sur le fond, mais l'ampleur de ce phénomène est pour l'instant difficile à évaluer. Elle véhicule également les mythes du «Jardin de l'Eden» et «du bon sauvage» selon lesquels les sociétés anciennes étaient «en équilibre avec la nature». Pourtant diverses observations tendent à montrer que l'homme moderne n'a fait que prolonger, avec des moyens accrus, un processus d'érosion de la biodiversité engagé depuis très longtemps par nos lointains ancêtres. L'homme moderne possède des moyens techniques inégalés. Il peut faire disparaître certains écosystèmes, leur flore et leur faune, ou transformer complètement des régions entières pour y bâtir des villes et des infrastructures industrielles ou routières. Parmi les principaux facteurs responsables de la régression de la biodiversité qui sont attribuables aux activités humaines, on peut souligner :
- la croissance démographique : l'évolution de la courbe démographique de l'espèce humaine montre un accroissement exponentiel. Plus d'hommes implique plus de besoins en matière d'espaces, de sols à cultiver, de ressources naturelles…
- les changements d'utilisation des terres, que ce soit le défrichement des forêts pour conquérir de nouveaux sols agricoles, ou le développement des villes et des réseaux de communication,
- la surexploitation des ressources vivantes résulte pour partie de besoins alimentaires ou domestiques (cas de la morue, des baleines), mais l'homme a également éradiqué ou amené certaines espèces au bord de l'extinction par des activités ludiques de chasse par exemple : bisons, pigeon migrateur américain, etc. ou la recherche de profits : corne de rhinocéros, ivoire, industrie de la fourrure qui a conduit à la destruction de nombre d'espèces sauvages, dont des grands prédateurs (panthère, ocelot, loup, renard, etc.). Dans un domaine différent mais moins connu, les collectionneurs (coquillages, insectes, orchidées, etc.) font commerce d'espèces rares et mettent en danger certaines populations d'espèces endémiques,
- l'utilisation de pesticides et les pollutions d'origines diverses,
- introductions d'espèces, mondialisation, banalisation des faunes et des flores…
L'homme ne peut être considéré isolément, il fait partie d'une filiation, d'un processus évolutif qui le situe parmi d'autres espèces animales. La recherche de similitudes et de différences entre l'espèce humaine et d'autres espèces animales, si elle constitue une entreprise légitime, doit donc éviter deux écueils. Le premier est de donner à l'homme une position centrale parmi les autres espèces. Le discours selon lequel l'homme aurait pour vocation de dominer les autres espèces risque de surcroît de dériver vers l'erreur classique de l'occidentalocentrisme selon lequel l'homme blanc européen aurait pour vocation de dominer les autres hommes. Le second écueil, à l'inverse, consiste à placer l'homme au même niveau que les autres espèces animales et à nier sa spécificité par rapport aux autres espèces. Ce discours peut conduire à un écologisme radical qui tendrait, paradoxalement, à conférer à l'animal des attributs humains (par exemple, des droits).
Ces deux visions sont des visions nostalgiques, la première en prônant la domination d'une espèce sur les autres, la seconde en entretenant l'utopie d'une nature intacte d'avant l'apparition de l'homme et qu'il faudrait préserver à tout prix. La première, pourrait-on dire, se fonde sur une confusion entre évolution et histoire, tandis que la seconde se fonde sur un refus de l'histoire en tant que dimension de l'évolution. Ces deux visions ont par ailleurs en commun d'être des visions idéologiques et à ce titre imperméables au réductionnisme méthodologique et aux tentatives de réfutation qui caractérisent toute démarche scientifique. La question : Qui sommes-nous ? appelle donc une réponse qui, non seulement permette d'éviter ces deux écueils, mais surtout se fonde sur une analyse scientifique du statut de l'homme par rapport aux autres êtres vivants.

Thème 1 :
Grand masque anthropomorphe ypé du Mato Grosso, Brésil
Coll. Musée des Confluences
photo PB. Lapray