Exposition de photographies
en plein air sur les grilles
de l'Hôtel du Département du Rhône
du 14 mai au 30 août 2009
Hach Winik, Mexique (MDP) Quechua, Pérou (PB) Mixtèque et Zapotèque, Etat d'Oaxaca, Mexique (PB) Yoeme, Tucson, Arizona, Etats-Unis (PB) Raramuri, Sierra Madre occidentale, Mexique (PB) Mayas, Guatemala (PB) Wayana et Teko, Guyane française (PB) Borari, Brésil (PB) Pemon, Venezuela (PB) Quichua, Sarayaku, Amazonie équatorienne (PB) Gwitchin, Yukon et Alaska (PDV) Badjao, Indonésie (PDV) Papou, Océanie (PDV) Yi, Chine (PDV) Palawan, Philippines (PDV) Surma, Ethiopie (PDV) Bhil, Rajasthan et Gujarat, Inde (PDV) Quero, Pérou (AB) Wiwa, Colombie (AB) Kogui, Colombie (AB) Huichol, Mexique (AB) Wayuu, Venezuela (AB) Kuna, Panama (AB) Piaroa, Venezuela (AB) Pemon, Venezuela (AB) Kayapó, Brésil (AB) Ye'kunana, Venezuela (AB)
Le musée des Confluences a inscrit sa réflexion sur les
questions autochtones au coeur de son projet dès sa mise
en oeuvre au début des années 2000.
Dans ses diverses initiatives (expositions, colloques, rencontres, programmation culturelle, développement de collections), il souhaite rendre visibles les situations actuelles des cultures et sociétés autochtones et ainsi, s’ouvrir aux dynamiques contemporaines. Il met en place un espace d’écoute, de discussion et ouvre le débat à une diversité d’interlocuteurs autour de ces logiques, ces enjeux et ces contradictions pour permettre à une multiplicité de voix de dialoguer ensemble.
L’exposition Peuples autochtones des Amériques invite quatre points de vue photographiques et quatre réflexions de scientifiques, puis convie le public à se plonger dans ces témoignages.
Miquel Dewever-Plana est membre de l’Agence VU’ depuis 2002. De 1995 à 2000 il vit dans une multitude de communautés mayas du Mexique et du Guatemala, afin de montrer la diversité et la richesse culturelle du peuple maya. Son livre « Mayas » (CLD Éditions-2002) est un précieux témoignage sur un mode de vie millénaire en voie de mutation. Ensuite, après deux ans de travail mémoriel sur le génocide maya du Guatemala, l’ouvrage “La vérité sous la terre. Le génocide silencieux” (Éditions Parenthèses-2006) obtient en 2008 le Prix “Journalisme et Droits de l’Homme” au Festival International de Photojournalisme de Gijón – Espagne. Ce livre a été diffusé gratuitement à cinq mille exemplaires dans les communautés mayas et les écoles. À paraitre , son dernier ouvrage « Hach winik » aux éditions Le Bec en l’Air
Voila quinze ans que les Mayas ont fait de moi un photographe. En effet, une rencontre dans un camp de réfugiés, de celle qui change les destinées, m’a incité à vouloir témoigner de la richesse et diversité de ce monde pluriel, mais aussi de dénoncer les atteintes aux Droits de l’Homme que ces peuples subissent depuis des siècles. Depuis janvier 1999, j’ai le privilège de séjourner régulièrement chez les Mayas-Lacandons, les “hach winik”, ces “hommes véritables” comme ils se nomment eux-mêmes. Ce petit peuple d’à peine mille âmes, autant dire une poussière d’étoile pour ce que nous connaissons de l’humanité, vit dans la forêt du Chiapas au sud du Mexique, une zone aux multiples conflits. À aucun moment je n’ai voulu porter sur eux un regard scientifique, ethnologique ou les considérer comme des objets d’études. Bien au contraire. Plusieurs voyages auront été nécessaires pour instaurer cette confiance réciproque et indispensable, dans l’espoir d’être en mesure d’imprimer sur pellicule la vision de ce monde qu’enfant j’avais tant rêvé. Cette chronique photographique est une invitation au voyage. Un voyage onirique, sans nostalgie, totalement subjectif mais néanmoins réel. Et au bout de ce voyage c’est finalement un miroir qui nous est tendu, nous permettant, si nous en avons le courage, de remettre en question nos propres valeurs et convictions.

Patrick Bard arpente l’Amérique Latine depuis 1993 avec son épouse et collaboratrice Marie-Berthe Ferrer. Membre de la maison de photographes Signatures, il mène un travail personnel sur les peuples autochtones des Amériques. Il est l’auteur de nombreuses monographies et romans. Ses photographies ont été exposées et publiées dans le monde entier. Il a notamment participé à l’exposition « Indiens du Mexique » à la Villette en 2002. Il a travaillé plusieurs années sur la frontière américano-mexicaine et a récemment collaboré au film « Babel » d’A.G. Iñarritu.
Dès les premiers contacts entre autochtones américains et conquérants européens, la terre et ses ressources ont été l’objet d’un combat acharné, consubstantiel d’une conquête entamée en 1492 et inachevée, au terme de 517 ans de résistances contre une litanie d’entreprises d’enrichissement. L’or contre les Indiens, du premier jour à cette dernière heure, sans interruption. Le soja, le pétrole, les mines, l’eau, la terre. Surtout la terre. En 2007, j’ai demandé à Isauro Nava, leader zapotèque de Oaxaca (Mexique), si les principes des peuples premiers étaient solubles dans le libéralisme. Après un long silence, il m’a répondu : « La cosmogonie, notre relation avec la nature, notre gestion collective de la propriété de la terre ne peuvent cohabiter avec le libéralisme qui nous menace ». En 2009, j’ai posé la même question à José Gualinga, responsable quichua de Sarayaku (Équateur). Dans un étonnant renversement, il a répliqué : « Notre conception, notre gestion de la terre sont une menace pour le libéralisme ».

Né en 1962, Pierre de Vallombreuse inscrit son travail photographique dans la lignée de l’engagement de Claude Lévi-Strauss pour la survie des peuples autochtones. Il a participé à de nombreuses expositions (Rencontres d’Arles, Visa pour l’Image, Musée de l’Homme, Musée Albert Khan, etc.) et publications, et il est l’auteur de plusieurs ouvrages. En 1992, il co-fonde l’Association Anthropologie et Photographie avec Jean Duvignaud, Emmanuel Garrigues, Jean Malaurie et Edgar Morin.
Alors que tout l’emportait vers la bande dessinée, Pierre de Vallombreuse a depuis plus de vingt ans pris le chemin des peuples autochtones. Un premier séjour auprès des habitants de l’île de Palawan l’amène à répéter l’expérience et à constituer un fonds photographique consacré à l’autochtonie comptant aujourd’hui plus d’une trentaine de minorités. Ses premiers voyages témoignent de leurs conditions de survie et de leurs croyances. Le constat est sans concession mais encore trop ethno-exotique à son goût. Aussi après la parution de « Peuples » regroupant une partie de ses pérégrinations à travers le monde, il se lance dans le projet des Hommes Racines. 5 ans jusqu’en 2012, pour approcher 12 ethnies dispersées sur les cinq continents. 5 ans pour méditer sur les rapports complexes de l’homme à la nature. 5 ans pour promouvoir une réflexion sur l’humanité durable afin que ces peuples puissent enfin être entendus et que nous puissions peut-être partager leurs solutions face à la transformation dramatique de nos écosystèmes.

Né le 5 décembre 1966 au Venezuela, Antonio José Briceño Linares vit et travaille à Caracas. Licencié de biologie de l’Université centrale du Venezuela, il expose ses premiers travaux en 1987 à l’occasion du prix Luis Razetti de l’Université. Depuis, il enchaine nombre d’expositions individuelles ou collectives en Amérique (Miami, Caracas, Mexico…), en Europe (Venise, Berlin, Londres, Budapest, Bruxelles, Stockholm…) ou encore en Inde (New Delhi). Ses photos sont présentées dans de prestigieux Musées d’Art contemporain, galeries et lors de biennales photos comme d’Art contemporain (52e Biennale de Venise en 2007). Ses travaux ont également été largement publiés.
Dieux d’Amérique, Panthéon naturel
Des dizaines de milliers d’années se sont écoulées depuis que l’homme a mis le pied en Amérique. Des peuples et des cultures incontournables l’ont habitée, y construisant leur histoire dans chaque recoin, y adaptant les dieux primordiaux et les images archétypales à leur environnement particulier, y construisant des cosmogonies où l’origine des hommes, des animaux, des plantes et des déités est liée. Partant de l’affirmation de Jung que l’âme contient toutes les images d’où sont nés les mythes, Antonio Briceño réinterprète graphiquement ces images archétypales. Un travail de représentation qui prend comme environnement les extraordinaires paysages de l’Amérique, s’inspirant des esprits ancestraux des peuples qui, aujourd’hui encore, veillent sur eux. Ce projet se veut donc une proposition iconographique personnelle, basée sur les visions, les rêves et les expériences de l’auteur parmi certains peuples autochtones d’Amérique. Il constitue de ce fait un hommage à la survie, à la sagesse et à la dignité de ces peuples.

Peuples autochtones : acteurs et bénéficiaires du droit international
Le 20 septembre 1977, plus de cent Amérindiens font leur entrée cérémonielle au Palais des Nations à Genève, au rythme d’un grand tambour de powwow. C’est le début d’un long périple à travers les méandres du système de l’ONU, culminant dans l’adoption, en septembre 2007, de la Déclaration des droits des peuples autochtones. La Déclaration ne définit pas les bénéficiaires des normes internationales en matière de droits autochtones. Or, il est largement admis aujourd’hui que l’autochtonie se situe à la confluence de quatre éléments : l’antériorité dans un territoire donné, l’expérience de la conquête ou de la colonisation, la marginalisation par rapport à la société dominante et la revendication identitaire, comme l’illustre notamment la situation des premiers peuples du Nouveau Monde. Le qualificatif d’autochtone n’a pourtant rien d’absolu : il renvoie à une configuration spécifique de rapports de domination, variant selon le contexte géographique, économique, politique et juridique, se prêtant à être appliqué à divers peuples dont la survie est aujourd’hui menacée. Si les autochtones recourent à la communauté internationale, c’est parce qu’ils obtiennent rarement justice auprès des Etats dont ils dépendent aujourd’hui. Issus, dans bien des cas, d’une usurpation des juridictions et des terres autochones, ces Etats ont longtemps été les promoteurs de politiques assimilationnistes et tendent aujourd’hui à assujetir toute revendication identitaire à des impératifs stratégiques et de développement économique. Le son du tambour de powwow rappelle ainsi les conditions de vie souvent difficiles des peuples auochtones, mais aussi leur histoire millénaire et leur richesse culturelle.
Natures et paysages autochtones
La politique internationale de protection de l’environnement repose sur une conception particulière de la nature qui s’épanouit en Europe à partir du xviie siècle : une nature indépendante des hommes dont ils doivent comprendre les lois et maitriser les mécanismes. Toutefois, la diversité des usages du monde ne peut se réduire à ce seul modèle, ce qui pose la question du Vivre ensemble. Les liens entre l’homme et son environnement, les relations établies d’identité et de différence, de ressemblance et de dissimilitude, révèlent une pluralité de natures et de façons de les protéger. Si aujourd’hui 19 millions de km2 d’aires protégées érigent la nature au rang de bien public mondial, qui détient ce bien et pour qui faut-il le protéger ? Partout, des conflits d’intérêts opposent des élites urbaines désireuses de protéger des paysages grandioses, renommés réserves de biodiversité, et des populations locales condamnées à sévèrement limiter leurs usages de ces espaces souvent façonnés par leur présence, voire à les abandonner. Si les experts, parlant au nom et à la place de tous, déclarent la prééminence de l’intérêt universel sur les intérêts locaux, ne faudrait-il pas relativiser ces principes généraux afin qu’ils résultent véritablement d’une décision commune ? La préservation de la biodiversité ne pourra être pleinement efficace que si elle n’impose pas une représentation dominante et unique de la nature, à ceux qui ont d’autres manières de composer des mondes communs.
Les indiens : acteurs et sujets
Les Indiens qui se donnent ici à voir ne sont pas porteurs d’une utopie passéiste, écologique ou new age. Ils cherchent à être des acteurs et des sujets dans un monde qui est aussi le nôtre, traversé par les flux du marché, de l’information et des migrations, marqué par la globalisation et sa crise. Il faut se défaire de l’idée d’un Indien « authentique » que véhiculent le tourisme et certains médias. La plupart des Indiens aujourd’hui n’appartiennent pas à des communautés tribales ou rurales traditionnelles. Qu’ils vivent en forêt, à la campagne ou dans les villes, qu’ils se situent en Amazonie, dans les Andes, en Mésoamérique, d’un côté ou de l’autre de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, ils sont insérés dans des sociétés ouvertes, en contact avec des populations diverses, inscrits dans des dynamiques nationales et internationales. Ils sont près de 50 millions en Amérique latine, le dixième environ de la population totale. Ils y constituent un archipel de quelque quatre cents groupes ethno-linguistiques. Les plus importants (Nahuas au Mexique, Mayas Quichés au Guatemala, Quichuas en Équateur, Quechuas et Aymaras au Pérou, en Bolivie et au Chili, Mapuches au Chili) rassemblent un, deux ou plusieurs millions de personnes, et les moins nombreux, certains groupes amazoniens par exemple, seulement quelques individus. Depuis un demi-siècle, les Indiens ont entrepris de sortir de la longue nuit inaugurée par la Conquête. Des mouvements d’émancipation ont ébranlé un racisme qui ne dit pas son nom et permis à un nombre de plus en plus grand d’entre eux de recouvrer leur dignité, de marcher la tête haute.

Illusion de l'originel et expérience de l'étrangeté
Qu’il s’agisse du cadre travaillé par le photographe ou celui tracé par la notion d’autochtonie, nous devons garder à l’esprit que cadrer n’est pas fixer. Être autochtone ne doit pas être une des multiples manières de tracer une distinction entre un « nous » et un « ils ». Une telle illusion de l’écart et de la séparation absolue conduirait à projeter sur ces sociétés, et d’abord sur ces visages, la fiction de peuples compacts et homogènes, vivant de manière identique et pour ainsi dire intemporelle. L’autochtonie n’est pas l’autosuffisance. Elle doit ouvrir à une pensée qui n’enferme pas dans un entre-soi. Il ne s’agit pas dans ces conditions de réactiver un mythe de la pureté identitaire où l’on demeure éternellement des étrangers les uns aux autres, ces derniers conçus comme une menace d’altération. Mais comme le soin que le photographe apporte à ses cadrages, décadrages et recadrages, le rapport à l’autochtonie doit conduire à la variation du regard. Affirmer l’existence et les droits de ces peuples humiliés, massacrés, agressés par les colonisations, c’est accompagner ces sociétés dans leurs contradictions, leurs dynamiques et leurs histoires. C’est tenter de percevoir leurs dimensions composites. À la tentation de l’essentialité et l’extériorité des groupes en présence, il convient d’opposer l’expérience de l’étrangeté, qui nous questionne et nous transforme.
© Tous droits réservés
Présentation sur www.museedesconfluences.fr