Exposition présentée par
le Musée des Confluences,
du 15 avril au 14 novembre 2010,
au Musée gallo-romain de
Saint-Romain-en-Gal - Vienne.
Comment, à travers le temps et l’espace, l’humanité compose-t-elle avec la mort, jusqu’à tenter de l’apprivoiser, voire de s’en affranchir ?
"La conscience de la mort nous incite à vivre davantage"
Paulo Coelho, Véronika décide de mourir, mars 2000.
Les rituels funéraires, les croyances en l’au-delà sont, avant tout, les expressions de l’impossibilité d’admettre que tout finira un jour. Le dernier passage est entouré de rituels destinés à rendre paisible la séparation des vivants et des morts. Les gestes, les paroles, la symbolique remettent de l’ordre, rendent une place à chacun, matérialisent l’insensé.
Par la conception qu’en font les sociétés, par les
attitudes et les croyances qu’elle suscite, la mort
apparaît comme un fait culturel inséparable des
lieux, des milieux, des époques et des civilisations.
La mort est une épreuve qui oblige nos cultures
à s’organiser.
Aujourd’hui, dans les sociétés contemporaines,
de nouveaux enjeux relationnels se tissent autour
de la mort.
Une grande diversité d’objets, provenant principalement des collections du musée des Confluences, est présentée dans l’exposition : collections archéologiques provenant de l’Égypte des pharaons, d’une nécropole caucasienne (1er âge du Fer), d’Asie du Sud-est (Xe siècle) ; collections ethnologiques de la province du Fujian en Chine, d’Afrique, d’Australie (Aborigènes), de Nouvelle Calédonie (Kanaks) et de France ainsi que des collections contemporaines (photographies, peintures, sculptures).
Statuette de He Xiangu,
Fujian, Chine,
Dépôt du musée national des Arts asiatiques - Guimet (Paris).
Statuette,
Population Sénoufo,
Côte d’ivoire, Afrique,
Collection musée des Confluences.
vivants, a conscience de sa propre mort. Et cette mort, celle des autres, la nôtre, nous touche tous. Les rituels funéraires, les croyances en un avenir après la fin, seraient avant tout les expressions d’une tentative d’accepter et de dépasser l’inacceptable : tout finira un jour.
Le dernier passage a toujours été entouré de pratiques destinées à faciliter la séparation des vivants et des morts. Les gestes, les paroles, le cérémonial apaisent, remettent de l’ordre en attribuant une nouvelle place à chacun. Reflets culturels des sociétés, quelque soit l’époque et le lieu, les conceptions et les usages liées à la mort se modifient.
Le déroulement d’une vie est rythmé par le temps qui s’écoule, nous rapprochant plus ou moins rapidement de la fin.
Le vide laissé par le décès d’un proche, quelle que soit la situation, surprend toujours. Il renvoie à notre nature mortelle et nous confronte à l’absence. Souvent inacceptable, cette mort qui est aussi un peu la nôtre, éveille un désir d’éternité.
La croyance d’une survie de l’âme après la mort du corps, introduit à l’immortalité dont la qualité dépend de comportements terrestres conformes aux règles de sa culture, de ses convictions. S’assurer les bons services de médiateurs humains ou divins, par des offrandes et des dévotions peut contribuer fortement à une vie éternelle paisible.
La réalité irréductible de la mort oblige à tolérer l’inacceptable, à assimiler la douleur intime par le soutien et l’accompagnement des proches. Le rituel canalise le chagrin des vivants, les protège de la solitude de la peine en les maintenant dans l’espace social. Les gestes d’accompagnement codifient et organisent les comportements. Ils attribuent une nouvelle place au défunt, apaisent les vivants en donnant du sens à cette fin jamais anodine, rarement sereine.
A une époque où sciences et techniques s’acharnent à repousser la vieillesse, à défier la mort, parfois avec succès, celle-ci est omniprésente sur les différentes scènes médiatiques. Mais, dès lors qu’elle nous touche personnellement, sa réalité s’efface du champ social. Les cortèges funéraires traversent désormais la ville anonymement, les nouveaux cimetières s’installent loin des vivants, le noir signe l’élégance plutôt que le deuil.
Si les traces d’une mort tangible disparaissent de notre réalité quotidienne, si les rituels classiques font de moins en moins sens, le besoin de l’accompagner demeure. D’autres rituels s’inventent ou s’interprètent en permanence.
Au-delà des croyances, à l’image de notre société qui s’individualise, les funérailles se personnalisent. L’offre commerciale à su s’adapter en proposant un prêt-à-porter de cérémonies et de dernières demeures afin de répondre aux aspirations de chacun.
Sommaire.« Dans le bouddhisme l’« impermanence » caractérise
tout ce qui existe ; tout dans l’Univers est fondamentalement
éphémère et passager. L’ego est pure illusion. Il
n’y a pas de principe individuel éternel dans les êtres et
les phénomènes. Le bouddhisme admet en outre l’idée
du cycle des réincarnations et affirme qu’il est possible
d’échapper à ce cycle par l’Éveil. La vie est conçue comme
un perpétuel devenir. Tout est sujet au changement, tout
est fluctuant, car toutes les choses sont dépendantes entre
elles, aucune n’existe par elle-même. L’impermanence est
donc étroitement liée à l’absence de tout élément immuable
et autonome dans ce qui vit. Accéder au nirvana c’est
comprendre cette chaîne d’interdépendance, la « chaîne
de causalité » découverte par le Bouddha dans la nuit
de l’Éveil, et réaliser par là même le caractère illusoire de
l’ego. Le bouddhisme se refusera toujours à donner une
définition verbale du nirvana, se plaçant d’emblée et par
principe sur le terrain de l’expérience vécue : seuls ceux
qui l’ont expérimenté savent ce qu’il en est, mais ils ne
sauraient en parler. »
Edith Parlier, Isabelle Charleux,
chercheurs au C.R.E.O.P.S.
(Paris Sorbonne).
« Buddha couché en parinirvanasana »,
Asie, Période post-angkorienne
(XIV-XVè siècles),
Dépôt du Musée national des Arts asiatiques – Guimet en 1913.
Bouddha couché en position de totale extinction
(en parinirvanasana)
« c’est l’attitude du Bouddha lors de son Parinirvana,
couché sur le côté droit, la main droite soutenant la tête,
les pieds joints, le bras gauche allongé sur la hanche gauche.
La tête est parfois montrée reposant sur un coussin.
Cette position du Bouddha entrant dans le Nirvana est
une des quatre positions majeures du Bouddha, concrétisant
le dernier « moment » de la vie du Maître ».
Louis Frédéric,
auteur de Encyclopaedia of Asian civilizations,
1977-1987.
Le corps de l’individu était une des composantes garantes de la vie dans l’au-delà.
Des pratiques d’embaumement accompagnées de prières adéquates (comme le Rituel de l’ouverture de la bouche) permettent au corps d’être préservé et de conserver son apparence pour renaître dans l’au-delà.
La momification est à l’origine une dessiccation naturelle des corps, due à l’extrême sécheresse du climat. Les cadavres sont déposés dans des fosses profondes, repliés en position foetale. Le processus de momification, d’une durée de 40 à 70 jours, est accompagné de récitations de prières et de gestes rituels.
Le corps est éviscéré par une ouverture pratiquée sur le côté gauche de l’abdomen et les organes extraits sont momifiés à part. Ils sont ensuite conservés dans des vases canopes ou simplement enveloppés dans des bandelettes coiffés à l’effigie des 4 fils d’Horus.
La tête est également décérébrée par le nez, l’oeil ou les vertèbres cervicales. La dessiccation est obtenue en disposant des sachets de natron dans la cavité abdominale vidée et en répandant des cristaux sur l’ensemble du corps. Ainsi préparé, le corps est ensuite oint à l’aide d’huiles et orné de bijoux.
Le cadavre est ensuite entouré de bandelettes entre lesquelles des amulettes protectrices sont glissées, à des endroits précis. Pour achever la préparation de la momie, une résille de perles recouvre et protège l’ensemble du corps tandis qu’une large parure, le collier « ousekh » orne généralement le torse. La tête enfin est recouverte d’un masque. Rendue à la famille, la momie emmaillotée sera pourvue de son sarcophage, ses cartonnages ou cuves de bois.
Ainsi prête pour l’inhumation, elle sera
conduite vers le tombeau.
Luc Gabolde,
égyptologue.
Momie humaine Taubasthis,
Epoque gréco romaine (de l’an 337 à environ l’an 332 avant J.C),
Haute-Égypte, Afrique,
Collection musée des Confluences.
Vase canope représentant Amset.
Vase canope représentant Amset.
Vase canope représentant Douamoutef.
Ces 3 vases canopes datent du XXIIIe - XXIVe,
dynasties
(de l’an 818 à environ l’an 715 avant J.C),
Haute-Égypte, Afrique,
Collection musée des Confluences.
En Océanie, la personne est conçue comme un
assemblage d’éléments physiques et spirituels
hétérogènes, maintenus ensemble pendant le temps
d’une vie. Lorsque la mort survient, ces éléments
se dispersent: certains disparaissent, d’autres se
fondent dans l’environnement et quelques uns
subsistent sous diverses formes. Toutes ces substances
sont reliées entres elles par une énergie mythique
appelée « mana » par certains peuples océaniens
ou « Rêve » en Australie. L’exemple australien
offre une vision du monde dans laquelle les
réincarnations sont spécifiquement associées
à la terre et à des sites précis, illustrant une
continuité singulière entre les hommes et leur
environnement. Les objets et oeuvres sélectionnés
présentent chacun un aspect d’un rite funéraire
ou d’une relation à la mort ancrée
géographiquement.
Arnaud Morvan,
membre du laboratoire d’anthropologie sociale,
(Collège de France, E.H.E.S.S.).
Goanna et os,
Djambu Barra Barra (né en 1946),
groupe Wagilak,
Ngukurr,
Acrylique sur toile,
Collection musée des Confluences.
Hollow Log, 1996,
Michael Gadjawala (né en 1948),
Maningrida Tronc funéraire,
Bois d’eucalyptus et pigments naturels,
Collection musée des Confluences.
une grande importance aux cérémonies funéraires. Sans ce rituel, l’âme du défunt, condamnée à errer parmi les vivants, devient une menace pour les familles. Masques, danses et musiques permettent de canaliser les âmes et de les accompagner vers le monde des ancêtres. Au-delà de la variété des cultes, il s’agit pour les toutes les sociétés de favoriser la cohésion sociale.
Certaines sociétés du continent africain et de Madagascar continuent d’entretenir des liens avec leurs défunts. Ils les expriment à travers des objets qui révèlent des usages et des conceptions de la mort souvent considérée comme la destinée.
Tête funéraire,
Côte d’Ivoire, Afrique,
Collection musée des Confluences.
Cette tête, en terre cuite, est le portrait posthume d’un chef agni. L’âme du défunt investissait la tête funéraire quand la cérémonie d’inhumation était terminée.
Poteau funéraire,
par Daloda (fils d’Efiambelo),
Don André Magnin,
Collection musée des Confluences.
"Toute naissance est la renaissance d’un ancêtre."
Proverbe africain.
Désirs d’éternité, rituels pour l’au-delà est une exposition présentée “hors les murs” par le musée des Confluences actuellement en construction à Lyon sous la conduite du Département du Rhône. Elle est accueillie au musée Gallo-Romain de Saint-Romain-en-Gal – Vienne, autre établissement culturel créé et géré par le Département du Rhône.
Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal – Vienne,
Route départementale 502,
69560 Saint-Romain-en-Gal,
Tél. 04 74 53 74 01,
www.musees-gallo-romains.com.
L’exposition est ouverte jusqu’au dimanche 14 novembre 2010,
tous les jours de 10h à 18h (sauf les lundis et le samedi 1er mai 2010).
Le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite.
Une programmation culturelle variée accompagne l’exposition :
spectacles, contes, projections, concert, etc.
Elle a été conjointement préparée par les services des publics
du musée des Confluences et du musée Gallo-Romain
de Saint-Romain-en-Gal – Vienne.
Découvrez-la en intégralité sur www.museedesconfluences.fr
et www.musees-gallo-romains.com ou dans le programme
culturel disponible à l’accueil du musée.
En compagnie d’un médiateur culturel, cette visite permet
de découvrir des objets phares des collections du musée des
Confluences sur la thématique des origines et du devenir.
L’exposition explorant le thème des rituels funéraires et de leurs
fonctions, le visiteur s’interroge sur le rapport contemporain
des hommes à la mort et la perte de repères observée.
Jeudi et dimanche à 11h (sauf le 6 juin 2010).
Tarif en supplément du droit d’entrée : 2€ par personne.
Tout au long du parcours et face aux ensembles majeurs de
collections (Égypte, Océanie, Asie…), les visiteurs ont l’occasion
d’échanger avec des médiateurs culturels.
Le samedi après-midi de 13h30 à 16h30 (sauf juillet/août).
Découverte de l’exposition à l’aide d’un livret-jeu, pour en savoir
plus sur les objets présentés. En fin d’atelier, réalisation d’un
objet à ramener chez soi.
Pour les 8-12 ans.
Le mercredi à 15h, hors vacances scolaires zone A.
Le mercredi à 11h, pendant les vacances scolaires zone A.
Tarif : 3€ par enfant.
Sur réservation au 04 74 53 74 02,
et reservation.saintromain@rhone.fr.