Le musée des Confluences, musée de sciences et sociétés, entend aborder la science en train de se faire, pas seulement ses résultats. D’où l’importance d’approfondir la notion d’expérimentation, constitutive de la démarche des sciences modernes.
Cette thématique renvoie le musée à lui-même, à ce qu’il expérimente, tant du point de vue des concepteurs d’expositions que de celui des visiteurs. Cela suppose de ne rien prendre pour acquis en se demandant comment élargir les publics, les fidéliser, comment provoquer l’enchantement, développer la connaissance, permettre la réflexion…
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« La nouvelle manière d’aborder le champ de la connaissance était constitué par une forme nouvelle de l’expérience : l’expérimentation »
Daniel Boorstin, Les découvreurs, p.385
Le redéploiement du Muséum en musée des Confluences aura été l’occasion de décliner le concept d’expérimentation. Ainsi, plaçant l’expérience du visiteur au centre de ses préoccupations et favorisant l’exploration de la grammaire muséographique, le musée a expérimenté des modes de médiation, des mises en valeur et des traitements thématiques. Comment rendre compte de la controverse et de l’enjeu contemporain (ex : la Vache Folle), traiter d’un concept (ex : le Commerce Équitable), parler de l’autre (ex : Mali Kow) ou tout simplement provoquer des rencontres inattendues, mais fécondes (ex : les visites singulières) ? Comment élargir les publics, les fidéliser ? comment provoquer l’enchantement, développer la connaissance, permettre la réflexion ? Le développement d’une institution muséale passe par la remise en question et la relecture des pratiques. Dans le domaine culturel, il est nécessaire de ne rien prendre pour acquis. Cette recherche constante de la pertinence du propos, de la qualité de la parole ou de l’échange, de l’efficience et de l’impact aura ouvert de nouvelles voies, permis de réaliser des activités et des produits porteurs de sens et de formes. Des manières de penser le musée se dégagent. Ces expérimentations, si elles se veulent porteuses, doivent se réaliser à certaines conditions ; encore faut-il que nous en mesurions les mécanismes et les limites.
Ce numéro des Cahiers du musée des Confluences présente l’expérimentation dans les sciences et dans les musées. Il fait écho à la polysémie du terme expérience, décrit la démarche expérimentale, rend compte du rôle du modèle et de son intérêt pour le dialogue entre les disciplines, pose des questions éthiques, notamment dans l’expérimentation en sciences du vivant à propos de l’utilisation des nouvelles technologies, fait référence à la recherche et à l’exploration en matière de médiation. Le musée est confronté de façon constante à l’expérimentation, merci aux collègues et scientifiques qui nous permettent d’aller plus loin dans notre réflexion. Pour nous, expérimenter des aspects de notre projet culturel, c’est aussi s’ouvrir aux partenariats et à la rencontre des disciplines.
Michel Côté
L’esprit d’expérimentation
La notion d’expérimentation a partie liée avec celle d’expérience à tel point que l’une peut se substituer à l’autre. Puisque le
terme d’expérience revêt un sens plus large que celui d’expérimentation, quelle forme d’expérience l’expérimentation désignet-
elle ? Considérons d’abord ce que peut signifier une personne expérimentée, tous domaines confondus. Avoir de l’expérience
suppose d’avoir vécu : l’expérience instaure un point de contact avec la réalité des choses, des êtres. Mais la quantité plus ou
moins importante de vécu ne constitue pas un critère suffisant pour devenir un homme d’expérience. En effet, une longue
expérience dans tel ou tel domaine peut être gagnée par la force de la routine et de l’habitude, conduisant à ne se fier qu’aux
acquis passés. Par distinction, faire une expérience signifie ne pas en rester à une accumulation linéaire, passive du vécu et
accepter de faire des essais, des tentatives nouvelles. Cette attitude se manifeste par une disponibilité telle qu’elle laisse place
à des rencontres, des situations inédites ; une attention, une attente, plus ou moins conscientes, prédisposent à saisir ce qui
arrive, ce qui s’offre à nous. À partir de là, il s’agit d’accepter de ne pas déjà savoir, de tâtonner pour s’engager dans un
processus qui pourra constituer une forme d’apprentissage, quel que soit le domaine concerné. Pour ce qui est de l’expérience
personnelle, on parlera d’expérimentation a posteriori, après une réflexion distanciée sur ce qui a été éprouvé permettant de
discerner l’apport de ce qui a été tenté. Dans le domaine scientifique, le cadre dans lequel l’expérimentation s’inscrit doit
formuler très précisément les conditions de l’expérience à provoquer et c’est cette même procédure qui peut faire apparaître
l’imprévu.
L’expérimentation au centre de la science moderne
La pratique de l’expérimentation a marqué un tournant majeur dans l’histoire des sciences puisqu’elle a constitué un facteur
décisif dans l’émergence d’un nouveau type de sciences. La révolution scientifique du XVIIe siècle va de pair avec une nouvelle
conception de la nature « écrite en langage mathématique » selon Galilée : l’univers étant conçu comme homogène, la physique
moderne peut appliquer les mathématiques au monde terrestre, ce dernier ne représentant jusqu’alors, contrairement au
monde céleste, que le domaine de l’à-peu-près. Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour que l’expérimentation soit
effectivement pratiquée sur le vivant et donne naissance à la biologie différente de l’histoire naturelle qui étudiait la
classification des vivants. Descartes avait pourtant dès le XVIIe siècle affirmé une vision mécaniste du vivant mais le vitalisme,
l’idée que la vie revêt un caractère sacré, a constitué « un obstacle épistémologique », venant, comme le dit Bachelard, de
l’intérieur même de la science. « Beaucoup de médecins et de physiologistes spéculatifs, de même que des anatomistes et des
naturalistes » se sont élevés « contre l’expérimentation chez les êtres vivants. Ils ont admis que la force vitale était en opposition
avec les forces physico-chimiques, qu’elle dominait tous les phénomènes de la vie, les assujettissait à des lois tout à fait
spéciales, et faisait de l’organisme un tout organisé auquel l’expérimentateur ne pouvait toucher sans détruire le caractère de
la vie même. Ils ont même été jusqu’à dire que les corps bruts et les corps vivants différaient radicalement à ce point de vue,
de telle sorte que l’expérimentation était applicable aux uns et ne l’était pas aux autres » (Claude Bernard, Introduction à
l’étude de la médecine expérimentale, IIe partie, chap. I). La naissance de la biologie signifie une rupture de la part de la
science avec le vitalisme alors que certaines réactions aujourd’hui, venant de non-scientifiques face aux biotechnologies,
montrent la prégnance du vitalisme dans les mentalités.
Même si la pratique de l’expérimentation connaît des modalités différentes selon le type de science concerné, nous voudrions
souligner ici que le rapport de l’esprit à la réalité témoigne fondamentalement d’une même démarche. La notion
d’expérimentation se démarque alors de celle d’observation qui livrerait des faits bruts. L’exigence d’objectivation de la science
oblige à rompre avec le caractère immédiat de constats, limités par les capacités réduites de nos sens : nous voyons, par
exemple, un nombre de couleurs limité d’un point de vue qualitatif, subjectif, tandis que la physique les conçoit en nombre
indéfini, jusqu’à celles que nous ne percevons pas, en les définissant quantitativement comme longueurs d’onde. Si les faits
sont donnés, les rapports de cause à effet qui les expliquent ne peuvent être dégagés que par le travail de la raison qui élabore
des cadres théoriques. L’expérimentation, expérience préparée, provoquée, contrôlée, a pour rôle essentiel de mettre à l’épreuve
ces cadres théoriques en les confrontant à la réalité.
L’expérimentation comme choix muséologique
Le musée des Confluences, musée de sciences et sociétés, entend bien sûr transmettre des contenus scientifiques mais aussi
expliciter la démarche qu’ils supposent, aborder la science en train de se faire, pas seulement ses résultats. L’expérimentation
constitue donc un fil directeur des muséographies choisies dans un contexte où la présentation de la science par les médias
met l’accent sur ses prouesses et tend à faire oublier qu’elle procède par essais et erreurs rectifiées.
L’expérimentation concerne également l’art et les démarches qu’il engage. D’une part, l’artiste peut expérimenter des
techniques, comme Léonard de Vinci par exemple avec le pastel. D’autre part, l’oeuvre suscite une expérience ou devient ellemême
dans l’art contemporain l’objet d’une expérience, d’une « performance » pour lesquelles le visiteur peut être sollicité.
De plus en plus d’expositions dans les musées d’art montre l’oeuvre en train de se faire, les ébauches, les ratures constitutives
du processus de création ; l’atelier de l’artiste devient visible.
Dans cette perspective, concernant les sciences ou les arts, l’expérimentation comme thématique constitue un choix
muséologique valable pour toute exposition puisqu’il s’agit du statut même de l’art et de la science et du rapport à instaurer
avec eux.
Alors même que le musée laisse une place à l’expérimentation, difficile de ne pas lui-même procéder par essais faisant l’objet
de bilans réguliers. Cela suppose un accord sur ce que vise une exposition : l’objet, le discours ou la médiation ? Reconnaître
ces trois dimensions conduit à inventer en permanence des cadres pour que les visiteurs puissent à leur tour tenter des
expériences. Prenant de la distance vis-à-vis des effets de mode, ce qui suscite les expériences faites par les visiteurs doit
varier : l’appel au vécu, la contemplation, l’interactivité, la participation citoyenne et ce qui reste à explorer, à inventer.
Véronique Chabert
Gérard Carret et Hugues Chabot montrent l’impact de la révolution scientifique du XVIIe siècle qui a ouvert la voie à la pratique de l’expérimentation en mettant en jeu toute une représentation du monde, de la nature abordée non plus qualitativement mais mathématiquement. En s’appuyant sur des exemples concernant la physique et la biologie, les auteurs mettent en évidence plusieurs usages de l’expérimentation : mise à l’épreuve d’hypothèses, exercice d’application d’un cadre théorique défini comme paradigme, source d’innovation permettant d’échapper au cloisonnement d’une théorie.
L’article de Claudine Schmidt-Lainé et Alain Pavé analyse l’évolution de l’expérimentation grâce à l’utilisation de modèles principalement mathématiques. Il montre en quoi la modélisation concerne les sciences « exactes » et les sciences humaines, témoignant par là d’une méthodologie commune. Le problème ici posé porte sur le statut accordé au modèle qu’on ne peut transposer à tout prix dans la réalité en oubliant le cadre d’hypothèses auquel il est lié.
L’expérimentation sur l’animal continue à susciter des accusations de la part de la société civile. L’enjeu de la réflexion d’André Buatois consiste à signifier que ces réactions reposent sur une méconnaissance des modalités réelles de fonctionnement des laboratoires concernés. Il s’agit donc d’ouvrir un débat de société en connaissance de cause.
En soulignant le fait que la biologie connaît une évolution telle qu’elle peut fabriquer des artéfacts, Henri Atlan amène à approfondir les nouvelles questions d’ordre éthique que la biologie pose à la société sans être en mesure d’y répondre à elle seule. D’où la nécessité de repenser les fondements de l’éthique et de préciser les modalités de sa traduction dans le droit et/ou les droits.
Véronique Chabert
Résumé : la démarche expérimentale comme outil de connaissance du monde réel a été introduite au XVIIe siècle et a été l'origine d'une profonde modification des schémas de pensée. Cette genèse est d'abord évoquée dans ses dimensions philosophiques et culturelles. La démarche expérimentale inscrit la science dans une pratique demise à l'épreuve de toutes les hypothèses et le laboratoire devient le lieu où se découvrent les preuves. Mais l'expérience est souvent un exercice de style convenu qui permet de renforcer un paradigme et d'ancrer la connaissance dans un cadre théorique et méthodologique préalable. C'est aussi une source d'innovation, celle qui permet d'échapper aux idées reçues de la "science normale" en mettant à profit les faits inattendus, insignifiants voire aberrants. Quelques exemples tirés de l'histoire des sciences physiques et des sciences du vivant illustrent le véritable bouleversement épistémologique provoqué par les pionniers de la révolution scientifique.
Abstract : considering the experimental approach like
an implement to know the real world was introduced in
the 17th century and was at the origin of a profound
change in thinking patterns. That genesis will first be
dealt with in its philosophical and cultural aspects. The
experimental approach places science in a practice that
puts all hypotheses to the test and the laboratory becomes
the place where proofs are discovered. But experience
is often a conventional exercise in style that enables
to reinforce a paradigm and to fix knowledge in a
preliminary, theoretical and methodological framework.
It is also a source of the innovation that enables to
elude the received ideas of “normal science” and to
build on unexpected, insignificant or even incongruous
facts. A few examples based on the history of physical
sciences and sciences of the living illustrate the true
epistemological disruption caused by the pioneers of
the scientific revolution.
Résumé : le terme « modèle » est apparu dans le langage scientifique dans les années 1960 et « modélisation » dans les années 1970. L’objet et la démarche ont conquis en une trentaine d’années presque tous les domaines de la science, le plus souvent pour le meilleur, mais quelquefois pour le moins bon, notamment lorsqu’on veut forcer la réalité au modèle nécessairement simplificateur. En revanche, l’intégration du modèle à la méthode expérimentale assure un lien fort avec la réalité. On tente ici de recenser le rôle du modèle dans les grands secteurs scientifiques, des sciences physiques aux sciences de l’homme et de la société. En fin de compte se dégage une méthodologie commune sortant des carcans traditionnels des disciplines.
Abstract : the word “model” appeared in the scientific
language in the 1960's and “modelling” in the 70's. Within
30 years, the purpose and the approach have gained
ground in almost all the science fields, most of the
time for the best, but sometimes for the least good, in
particular when people have striven to build up reality
from the model, which is necessarily simplifying.
Conversely, integrating the model to the experimental
method assures a close link with reality.We'll try herein
to collate the role of the model in the major scientific
fields, from physics to the sciences of man and societies.
Eventually, a common methodology, freed from the
traditional stranglehold of the disciplines, will be
drawn.
Résumé : l'utilisation de l'animal de laboratoire en recherches biologiques et biomédicales est en partie dépendante du fonctionnement social. Les informations qui concernent l’animal au sein des laboratoires ne sont pas conformes auxmodalités réelles de fonctionnement de ces établissements. Aussi une politique de transparence doitelle être proposée pour permettre une meilleure compréhension des conditions d’utilisation de ces animaux. Un débat de société est aujourd’hui nécessaire, il concerne les modalités d’information de la société, les particularités liées à l’utilisation de l’animal de laboratoire, les questionnements relatifs au fonctionnement des nouveaux comités d’éthique, une approche actualisée de la notion d’animal modèle de l’homme à partir des recherches en cardiologie, un questionnement des philosophes face au développement des animaux génétiquement modifiés. Ce débat devrait permettre une meilleure acceptation de l’utilisation des animaux de laboratoire, nécessaire aux progrès de la biomédecine, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.
Abstract : the use of laboratory animals in biological
and biomedical research is partly dependant on the way
society works. The information that concerns the animal
within the laboratory does not comply with the way
these organisations really work. Therefore, an openness
policy is put forward to enable a better understanding of
the conditions to use those animals.
A society debate is now necessary. It concerns: the
ways the society is informed, the distinctive features related
to the use of laboratory animals, questions about
the way the new ethics committees work, an updated
approach of the concept of the animal as a model of
man from researches in cardiology, philosophical questions
on the development of genetically modified animals.
That debate should encourage to accept laboratory
animals for the progress of biomedical research, as
it operates today.
Résumé : l'évolution de la biologie devenue biotechnologie, productrice d’artéfacts, d’objets artificiels vivants, marque une étape dans la pratique de l’expérimentation et pose de nouvelles questions d’ordre éthique. Contrairement à ce que laisse entendre le terme « bioéthique », la biologie ne peut à elle seule résoudre les problèmes posés à partir de règles déontologiques internes à la discipline. Le fait que les définitions traditionnelles ne suffisent plus engage une réflexion pluridisciplinaire qui conduit à repenser les fondements de l’éthique dans la mesure où les limites à donner aux biotechnologies ne peuvent se déduire de principes universels reposant sur une définition fixiste du vivant et de l’homme. L’essence d’un organisme n’est pas dans ses gènes. Ce qui n’est pas un homme peut devenir un homme ; ce qui n’est pas un embryon peut devenir un embryon. Les définitions essentialistes doivent faire place à des définitions évolutives. Comment traduire cette éthique dans le droit, dans les droits ? Une harmonisation à l’échelle internationale est-elle souhaitable ?
Abstract : the evolution of biology that has become
biotechnology, producer of artéfacts and artificial living
objects, marks a stage in experimentation practice and
begs new ethical questions. Contrary to what the word
“bioethics” implies, biology cannot solve problems raised
from the internal deontological rules of the discipline.
The fact that traditional definitions are no longer
suitable starts a multi-disciplinary reflection that leads
to rethink the foundations of ethics insofar as the limits
that can be given to biotechnologies cannot be inferred
from universal principles that rest upon an inflexible definition
of the living and of man. The essence of an organism
does not lie in its genes. What is not a man can
become a man; what is not an embryo can become an
embryo. Essentialist definitions have to make way for
progressive definitions. How can these ethics be
conveyed by law or rights ? Is a worldwide harmonization
desirable ?
En muséologie, plusieurs auteurs ont décrit l’expérience au musée, le Museum experience. Des notions parentes - expérimentation, expérimental et expérience - sont aujourd’hui très présentes sur la scène muséologique et particulièrement en muséologie des sciences. Elles pensent ce qui a lieu dans l’exposition, ce qui s’y produit pour les visiteurs et ce avec quoi ils repartent (expériences), mais aussi ce à quoi les concepteurs doivent porter attention, les moyens auxquels ils ont recours (expérimentation) afin de s’assurer que leurs expositions induisent efficacement une expérience de visite riche pour les visiteurs.
Résumé : pour l’équipe du musée des Confluences, l’expérimentation consiste avant tout à pratiquer une muséologie expérimentale. Cela signifie que la préparation d’une exposition et sa visite relèvent d’une expérience inédite. Dans l’article suivant, nous prenons appui sur la future exposition « D'où venons-nous ? » dumusée des Confluences pour explorer les limites de cette expérience muséologique. Il convient de ne pas considérer ces limites comme des impossibilités qui gênent le travail mais comme des paramètres à intégrer, à maîtriser et à exploiter. D’une part, il s’agit de s’intéresser aux limites liées aux représentations des acteurs impliqués dans l’expérience de l’exposition, à la fois lors de sa conception et lors de sa visite. D’autre, part, nous interrogeons le parti pris interactif de l’exposition qui propose aux visiteurs la possibilité d’expérimenter les limites de la prise de décision politique sur un sujet de société. Nous examinons ainsi comment cette mise en abîme des limites permet d’engager une réflexion sur la fonction civique de l’espace muséographique.
Abstract : for the Confluence Museum, experimentation
means before all practising an experimental museology.
Which means that the preparation and the visit of an exhibition
come close to a new experience.
In the following article, we'll draw on the future
Confluence Museum exhibition “Where do we come
from?” to explore the limits of that museological experience.
We should not consider those limits like impossibilities
that interfere with work but like parameters that can
be integrated, controlled or exploited. On one hand, the
idea is to consider the limits connected to the representations
of the actors involved in the exhibition experience,
both during its preparation and its visit. On the other hand,
we'll reappraise the interactive preconception of the exhibition
that offers its visitors the possibility to experiment
the limits of his or her political decision-making on a society
topic. We thus examine how this mise en abîme of
the limits enables to begin to think about the civic function
of the museographical space.
Résumé : Les termes d’exposition temporaire et d’exposition permanente ne renvoyant qu’à la notion de temps, le musée des Confluences prévoit la programmation d’espaces découvertes, d’expositions de déclinaison et d’expositions de synthèse et de référence. En quoi ces expositions sont-elles de référence ? L’exposition doit faire autorité au sens où ce qu’elle explique doit être rigoureusement fondé sans exclure pour autant la présentation de points de vue différents. Les objets présentés sont des objets de référence puisqu’ils constituent des points de repère historiques. Dans le domaine de l’histoire naturelle, certains objets sont des types : ils constituent en quelque sorte l’étalon de l’espèce et ce sur un plan international. Dans d’autres domaines, sont considérées comme référentielles deux approches : l’une basée sur la valeur intrinsèque de l’objet, l’autre sur la valeur de témoignage d’une situation, d’une époque ou d’une activité.
Abstract : Because the expressions “temporary exhibition”
and “permanent exhibition” only refer to time
concepts, the Confluence Museum is planning to
schedule discovery spaces, “offshoots” exhibitions
and also summary and reference exhibitions. How can
those exhibitions be reference exhibitions? An exhibition
must be authoritative as what it explains has to
be rigorously founded without excluding for that (to
show) different points of view. The objects exhibited
are reference objects as they account for historical
landmarks. In the field of natural history, some objects
are “types”: they are in some respect the benchmark
of the species at an international level. In other fields,
two approaches can be considered as referential: one
is based on the intrinsic value of the object and the
other on the evidence value of a situation, epoch or
activity.
Résumé : les centres de culture scientifique, technique et industrielle qui ne possèdent pas de collections ont recours à la médiation scientifique et aux dispositifs expérimentaux pour présenter la science au public. Ils font participer le public aux expériences et au plaisir de la naissance d’une découverte. Cette action, très originale lors de la création du Palais de la découverte en 1937, s’est généralisée dans les centres de sciences. Mais pourquoi faut-il susciter l’intérêt pour la pensée scientifique et comment renforcer la diffusion de la culture scientifique ? C’est à travers l’exemple de nos travaux menés à l’Espace des sciences de Rennes que nous répondons à ces questions. Nous présentons une analyse originale sur nos publics et abordons le sujet de l’expérimentation scientifique dans une salle dédiée à celle-ci : le laboratoire de Merlin.
Abstract : centres of scientific, technical or industrial
culture that do not have collections use scientific mediation
and experimental devices to introduce visitors to
science. They ask their public to take part in the experiments
and in the pleasure of the emergence of a discovery.
That process, that was very original when the Palais
de la Découverte was created in 1937, was
generalised in science centres. But why does the public’s
interest need to be aroused to the scientific
thought and how can the scientific culture be reinforced?
We’ll answer to those questions through the
examples of the works we’ve carried out in the Espace
des Sciences in Rennes.We have an original analysis of
our visitors and tackle the scientific experimentation
issue in a room dedicated to it: Merlin’s laboratory.
Papas del perú, Fête de la Science 2008, la table Multitouch. © musée des Confluences, photo Melody Guidy