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Volume 3 : Les Échanges

 
Les Cahiers du musée des Confluences - agrandir l'image

Les Échanges

La généralisation des échanges tend à banaliser le fait d’échanger en nous faisant oublier que l’échange n’est pas simplement utile et aujourd’hui particulièrement efficace, mais constitue une dimension essentielle de l’existence de l’homme.

La question de l’échange est intimement liée à la mission du musée : il ne peut se définir comme lieu de partage des savoirs sans se questionner sur le propos, le langage et le récepteur. Il est au carrefour d’un savoir construit par des sources multiples, de médiation, d’une pluralité d’actions, de médiations et de visiteurs.

Dans ce troisième numéro de sa revue, le Musée des Confluences vous invite à approfondir ces notions.


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Sommaire

  • Télécharger l'article suivant au format .PDFEditorial
    Michel Côté, directeur du Musée des Confluences

    Échange. Un mot qui navigue de la matérialité de son sens originel – l’échange de biens – à la complexité des relations humaines – échanges de points de vue, de renseignements, voire de coups. Au Musée des Confluences, cette notion est primordiale, tout comme la référence ou l’expérimentation. C’est même un de ses termes fondateurs.

    Ce nouveau Cahier part donc de cette idée centrale pour l’explorer sous ses différents angles d’approche. Des échanges entre sociétés et entre individus, nous allons peu à peu resserrer la focale de notre objectif pour observer les réseaux des chercheurs, les réseaux marchands ou celui des usagers du Web, à travers un voyage transdisciplinaire qui nous conduira naturellement vers le musée lui-même. On en viendra ainsi aux échanges entre musées, pour les besoins de la connaissance ou ceux de sa diffusion, mais aussi aux échanges au sein même de l’exposition entre les membres d’un groupe de visiteurs : couple, famille, amis.

    Tout au long de ce nouveau parcours autour d’un mot clé, ce qui importe avant tout, c’est le partage, le métissage, la pratique d’un lien social, plus ou moins distant, plus ou moins distendu.

    Au-delà de la réflexion sur l’échange, le lecteur de ce numéro des Cahiers comprendra bien que dans le Musée des Confluences, l’échange lui-même s’impose non seulement comme un thème de réflexion, mais aussi comme une pratique quotidienne, un objectif affiché, un mode permanent de travail communautaire, de partage, d’élaboration de contenus scientifiques et culturels.

    Michel Côté
     

  • Télécharger l'article suivant au format .PDFIntroduction
    Véronique Chabert, philosophe

    La généralisation des échanges tend à banaliser le fait d’échanger en nous faisant oublier que l’échange n’est pas simplement utile et aujourd’hui particulièrement efficace mais constitue une dimension essentielle de l’existence de l’homme. Les exemples ne manquent pas qui révèlent par défaut le rôle fondamental des échanges : la privation d’échanges, qu’elle soit liée à une pathologie comme l’autisme ou à un processus d’exclusion sociale dû à l’emprisonnement, génère une souffrance et le sentiment d’une perte d’identité.

    Les échanges signifient l’existence de différents types d’échanges à prendre en considération afin d’éviter qu’une seule logique, en l’occurrence économique, constitue le principe de tout échange.

    Donner pour recevoir : le principe de l’équivalence

    La réalité de l’échange s’impose d’abord de par une nécessité naturelle : nul homme ne peut se suffire à lui-même ; les hommes doivent se regrouper pour assouvir leurs besoins, il ne leur suffit pas, tels les animaux, de prélever dans la nature de quoi vivre. L’interdépendance se manifeste par la division sociale du travail, de plus en plus marquée au fur et à mesure de l’évolution des techniques et des technologies. Dans la mesure où l’homme ne s’est jamais, surtout pas aujourd’hui, arrêté à la satisfaction de ses besoins, ce qui est échangé s’inscrit dans un système économique où il s’agit de produire et de consommer des richesses. La logique économique, au-delà du troc, consiste, par l’intermédiaire de la monnaie, admise comme référence, à donner un prix à ce qui est échangé. Si tout échange inclut l’idée d’équilibre, ce dernier au sein de l’échange marchand se situe sur le registre de l’équivalence : je donne l’équivalent du coût de ce que j’achète.

    Le fait est que la monnaie, servant de moyen à l’échange, risque de devenir, à l’intérieur d’un certain système économique, la finalité même de l’échange. Il faut ici souligner que la notion d’échange, comme toute autre, revêt une dimension historique à prendre en considération afin d’explorer les différentes modalités des échanges. Un des moments charnières dans l’histoire des échanges est constitué par la révolution industrielle : le mode de production changeant, s’établit, au-delà de la division sociale du travail, la division technique du travail. Sans entrer ici dans le détail de ce changement, nous retenons la parcellisation du travail qu’il engendre pour répondre à l’impératif de productivité. Se met alors en place un nouveau système économique dit capitaliste dont le ressort, selon l’analyse de Marx, consiste à outrepasser les limites de l’échange : le travail peut se vendre, pas la force de travail, puissance vitale qui excède sa valeur marchande. Le principe de l’équivalence se trouve bafoué par ce système : celui qui travaille ne gagne pas l’équivalent de ce qu’il donne, le surplus étant destiné à faire du profit. Quoi qu’il en soit de la philosophie globale de Marx, son analyse montre du doigt un risque indéniable de l’échange marchand : l’instrumentalisation de celui qui rend possible l’échange. Cette critique, au-delà de son contexte historique, signifie que tout ne peut être objet d’échange : l’homme, en tant que personne ayant une valeur absolue ne doit pas être mise à prix. Par ailleurs, elle anticipe sur le possible emballement d’un système où le profit devient spéculation, quand la valeur de l’argent prend le dessus sur le prix à donner aux choses, au détriment de ceux qui -individus ou États- n’ont pas d’argent ou n’en auront jamais assez. La spéculation, sans contrepartie, sort de la logique qui doit être celle de l’échange.

    Est-ce donc si sûr que l’échange marchand soit vecteur d’échanges au sens constructif ? L’impératif de la consommation doit garantir que des biens soient échangés mais non pas qu’ils y aient des échanges entre consommateurs. La marchandisation de la société peut aller de pair avec un isolement des individus au sens réducteur du terme, la consommation étant une pratique tellement normée qu’elle n’incite guère spontanément à l’échange intersubjectif. Dans le domaine du travail qui se veut facteur de lien social, ce qui est exigé des ouvriers devenus des « opérateurs » : polyvalence, recherche de la promotion individuelle, les reconnaît comme individus en même temps qu’ils sont désolidarisés du groupe. Par ailleurs, une spécialisation à outrance a pour effet l’existence de corporatismes tels que l’échange entre les différents groupes et avec chacun d’entre eux devient difficile, voire impossible.

    Donner et recevoir : le principe de la réciprocité

    Mais jusqu’où peut aller la critique de l’échange marchand ? La gratuité du don ne pourrait-elle pas constituer un contrepoids, si ce n’est une alternative, à la marchandisation devenue trop systématique et donc abusive des échanges ? Sans doute, si tant est que la gratuité soit en tant que telle possible. En même temps, la gratuité, dans un contexte où l’échange marchand a nécessairement une place, peut éveiller des soupçons. Quand l’inscription sur tel réseau social est gratuite, quel est le prix à payer au sens alors figuré ? On commence à réaliser l’exploitation qui peut être faite de données personnelles, à l’insu des individus concernés. Quand l’appel au don se fait insistant à force de médiatisation, notamment en matière de santé, que révèle-t-il ? La gratuité du don ne peut constituer, à elle seule, une forme de compensation.

    Comment réguler les échanges de telle sorte que la logique de l’échange marchand ne détienne pas le monopole de ce qui fait vivre ensemble ? « La prohibition de l’inceste, comme l’exogamie qui en est son expression sociale élargie, est une règle de réciprocité », « le contenu de la prohibition n’est pas épuisé par le fait de la prohibition ; celle-ci n’est instaurée que pour garantir et fonder, directement et indirectement, immédiatement ou médiatement un échange » (Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Éd. Mouton, 1967, p.60). La règle relève alors de l’obligation dont la motivation est en partie économique étant donnée, comme le souligne C. Lévi- Strauss lui-même, la fonction économique du mariage ; Lévi-Strauss rappelle que, dans le vocabulaire de l’ancienne Russie, « le fiancé est appelé « le marchand » » et la fiancée « la marchandise ».

    Mais, comme le montre M. Godelier, « les rapports de parenté ne suffisent pas à faire une société » (Maurice Godelier, L’énigme du don, Fayard, 2003, p. 221), alors même que la sphère de la famille constitue le premier milieu où des échanges sont vécus. L’exigence de cohésion comprise dans la notion de société déborde les rapports de parenté afin d’étendre les échanges au-delà des proches, du milieu social, des traditions familiales. D’ailleurs aujourd’hui, l’individu entend s’affirmer, au sens constructif, indépendamment de l’héritage dont son histoire est inévitablement porteuse. Prenant de la distance vis-à-vis des injonctions médiatiques, à tendance moralisatrice, les individus, au sens positif du terme, peuvent s’engager dans des relations dont le principe, quel que soit le domaine concerné (politique, thérapeutique, éducatif…), relève du donner et recevoir, sous la forme du dialogue, une des formes les plus significatives de l’échange.

    Le dialogue, au sein de l’intersubjectivité, cette relation réciproque et constitutive des consciences comme sujets, exclut toute instrumentalisation, chosification de l’autre, et à ce titre, devrait constituer une sorte de passerelle vers les échanges instaurant un espace politique de type démocratique, y compris dans les sphères où la logique économique s’impose avec force, comme dans celle du travail. Cette modalité d’échanges ne peut et ne doit même pas dispenser de l’échange marchand mais vise à le réguler par ce que les hommes veulent instituer en commun, sans savoir d’avance les orientations qu’ils prendront. « Les hommes vivent en société mais doivent aussi produire de la société pour vivre » (Id., p. 240); cela suppose un accord, sous la forme d’un contrat tacite, qui constitue un principe fondateur lui-même non échangeable, comme le cadre que l’idéal républicain veut établir. Pour que cette référence fondatrice ne voie pas son sens dilué ou perverti, seuls un dialogue et une discussion permanente sur la manière de le faire exister peut permettre de se l’approprier, en le corrigeant si besoin est. Le dialogue, dans l’intersubjectivité ou dans l’espace public repose sur la reconnaissance de l’altérité, de la différence de l’autre et accepte d’intégrer ce qui lui fait obstacle. C’est en ce sens que l’échange relève d’une construction permanente, jamais gagnée ou décidée d’avance, où l’intérêt a sa place au sens de l’intérêt bien compris, de l’intérêt réfléchi : je donne sans savoir d’avance ce que je vais recevoir.

    Le musée vecteur d’échanges

    C’est à ce type d’échanges que le musée contribue, en tant que lieu de production et de diffusion du savoir. Il n’ignore pas l’échange marchand à travers d’une part l’existence du salariat et d’autre part en tant qu’acquéreur d’oeuvres, d’objets mais il ne peut s’y réduire. La marchandisation de la culture, lorsqu’elle repose sur des critères d’ordre quantitatif, ne peut qu’être jugée insuffisante. Cela laisse le débat ouvert sur le prix à payer pour y accéder en termes de droit d’entrée au musée ou plus largement d’accès aux oeuvres.

    Cela étant dit, la spécificité d’un musée, du musée ne tient pas essentiellement à cette dimension. Le musée, comme lieu d’échanges, suppose un espace démocratique où la liberté d’expression soit reconnue, par opposition au formatage de la pensée par le pouvoir en place (sous la forme d’une histoire officielle par exemple). Cela doit permettre au musée de construire un savoir, de contribuer à le faire en intégrant l’échange au sens de donner et recevoir dans sa manière même de travailler. Si les rapports de force existent entre institutions, entre disciplines, entre les différentes fonctions attribuées aux personnes, l’esprit de dialogue ne les occulte pas et peut permettre de les dépasser au nom d’une visée à établir en commun.

    Dans son contenu même, le musée privilégie les échanges d’une part à travers ses thématiques, en traitant d’autres formes d’art, d’autres cultures que celles auxquelles il est lié ; il participe ainsi à une ouverture à l’autre, ce qui est essentiel pour faire reculer l’ethnocentrisme. D’autre part, le musée tend à laisser de plus en plus de place aux échanges à travers ses choix muséographiques : ce qui est exposé n’est pas considéré comme devant imposer silencieusement la contemplation mais comme pouvant susciter des commentaires adressés aux médiateurs ou entre visiteurs.

    Loin de proposer un contenu dogmatique, le musée doit inviter à poursuivre la réflexion, donnant matière pour comprendre les enjeux des débats contemporains. Ce faisant, il participe à l’exercice de la citoyenneté.

    Véronique Chabert
     

  • Télécharger l'article suivant au format .PDF1- Les échanges hier et aujourd'hui
    Véronique Chabert, philosophe

    En abordant les échanges sous trois angles : les échanges entre continents et sociétés, à l’intérieur de ceux-ci et entre individus, le fil directeur de cette partie consiste à mettre en évidence les interactions, néfastes ou souhaitables, qui existent entre ces différentes niveaux d’échanges. Les échanges se nourrissent du trait d’union qu’ils instaurent entre l’extérieur et l’intérieur, des relations internationales à l’intimité du sujet en passant par la dynamique interne aux sociétés.

    Les deux premiers articles traitent des rapports entre sociétés.

    Bertrand Van Ruymbeke montre en quels sens la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb, en 1492, constitue « un moment fondateur dans l’histoire de la planète », nous permettant de remonter aux origines de la mondialisation des échanges dans des domaines aussi variés que les maladies, les plantes et les animaux, la culture. La fin de l’isolement du continent américain a suscité des échanges à double sens entre l’Ancien et le Nouveau monde, à la fois destructeurs et créateurs. Le défi consiste, encore aujourd’hui, à trouver un équilibre dans l’échange qui exclut toute forme de déshumanisation de l’autre.

    En s’appuyant sur l’exemple du Japon, François Laplantine invite à analyser le phénomène de la mondialisation en acceptant de dépasser l’alternative figée et risquée entre l’uniformisation ou le repli sur soi. F. Laplantine montre comment le Japon, resté longtemps fermé au monde, s’ouvre à partir de la fin du XIXe siècle à « tout ce qui vient d’“Occident”» « . Plutôt que « de substituer une culture à une autre » ou « de les mélanger dans une fusion indistincte », la société japonaise « est en train d’inventer une forme de culture inédite qui peut être qualifiée d’hybride, de métisse, de mutante, qui n’abolit pas pour autant les traditions ». Cette modalité de l’échange qu’est le métissage génère une forme d’universel qui, par opposition à toute forme d’ethnocentrisme, suppose une ouverture à l’altérité telle que ce qui relie les hommes ne se décrète pas d’avance mais se construit au fur et à mesure des histoires, de l’histoire.

    Les textes de D. Méda et P. Ould-Ahmed signifient que la prédominance de l’économie par rapport au politique réduit le sens des échanges à l’intérieur même de nos sociétés.

    Dominique Méda montre en quoi le concept moderne de travail, « théorisé, depuis le XVIIIe siècle, par les économistes et les sociologues, comme le lieu principal de l’échange, la source de la coopération sociale et le coeur de l’échange économique », conduit au monopole de la logique économique, au détriment de toute autre. Le travail apparaissant comme la mesure objective permettant d’établir la contribution et la rétribution de chacun dans la sphère productive, il crée un type d’ordre social qui met de côté la délibération propre au politique. L’auteur signifie que le lien économique ne suffisant pas à fonder l’ordre social, il est souhaitable d’envisager que les échanges concernent d’autres types d’activités dont la finalité est autre que productive, ce qui reviendrait à « fonder une nouvelle politique du travail ».

    Pepita Ould-Ahmed analyse la portée d’initiatives provenant de courants dénonçant le « capitalisme néolibéral » et « la société marchande individualiste » en s’appuyant sur le cas concret des « clubs de troc » argentins. Ces derniers consistent « à construire d’autres types d’échanges qui respecteraient pleinement » des valeurs comme la « solidarité », la « self-esteem », le « partage », la « réciprocité » en créant une nouvelle monnaie appelée le credito qui « se veut accessible à tous ». Il s’avère que ces espaces marchands sont également porteurs d’inégalités, montrant que la monnaie, loin d’être neutre, « est profondément politique ». D’où la nécessité d’envisager des structures « capables de déterminer les individus à des comportements » solidaires ; les injonctions d’ordre moral ne peuvent suffire.

    Les articles de G. Ramunni et D. Cardon portent sur les réseaux d’échanges qui structurent les relations entre scientifiques et individus, à l’ère du développement des technologies de l’information et de la communication.

    Girolamo Ramunni montre combien les échanges entre scientifiques constituent une condition de possibilité de la science elle-même, depuis « la révolution scientifique et technique au XVIIe siècle ». « Le modèle des Anciens doit alors être abandonné pour celui du laboratoire » : le progrès « n’est pas l’oeuvre d’un savant isolé, mais de l’ensemble des savants » qui doivent communiquer entre eux par le biais des revues éditées par les Académies des sciences ou grâce à la correspondance écrite. « L’expansion de la recherche va mettre en crise ce système » et conduire à la mise en place de réseaux de communication grâce au développement de l’informatique. Cette dernière modifie radicalement la manière de travailler des chercheurs ; « s’est forgée la notion de laboratoire virtuel ou sans murs, de collaboratoire ».

    Dominique Cardon traite de l’impact des technologies de l’information et de la communication sur nos relations aux autres. D. Cardon tient compte de l’approche critique de ces technologies : elles font primer le quantitatif sur le qualitatif (faire valoir le nombre de ses « amis » sur des réseaux sociaux comme Facebook), par exemple elles formatent l’identité par une mise en scène de soi stéréotypée. En même temps, il montre en quoi l’usage des réseaux sociaux crée de nouvelles formes de sociabilité, caractéristiques de l’individualisme contemporain, selon le principe de la « communication privée-publique ».

    Véronique Chabert
     

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFL'héritage colombien :
      Les conséquences de la "découverte" du Nouveau Monde

      Bertrand Van Ruymbeke, Université de Paris VIII.

      Résumé : En 1780 l'Académie des Sciences, Belles- Lettres et Arts de Lyon mit au concours la question de savoir si la « découverte » du Nouveau Monde avait été bénéfique ou nuisible pour l’humanité. De belles plumes concoururent pour, dans leur majorité, dénoncer les conséquences néfastes du voyage fondateur de Colomb. Au-delà de cette interrogation épineuse, cet article explore les multiples conséquences démographiques, épidémiologiques, environnementales, économiques, politiques et culturelles de la « découverte » de l’Amérique du XVIe à nos jours

      Abstract : In 1780 pamphleteers competed to win a prize offered by the Académie des Sciences, Belles- Lettres et Arts of Lyon. In attempting to answer the question whether the « discovery » of the New World had been beneficial or detrimental to humankind most of their essays emphasized the negative impact of Columbus’ groundbreaking voyage. Beyond this thorny issue this article explores the numerous demographic, epidemiological, environmental, economic, political, and cultural facets of what has been termed the Columbian exchange.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLe métissage comme modalité de l'échange
      François Laplantine, Professeur à l'Université Lumière-Lyon2.

      Résumé : Toute société est faite de tendance d’acceptation de ce qui vient de l’extérieur et de refus des « étrangers ». À partir d’observations effectuées récemment au Japon et d’un réexamen des rapports que les Romains de l’Antiquité entretenaient avec la Grèce, cet article se propose de montrer que le métissage est une modalité, non seulement économique et politique, mais éthique de l’échange. Contredisant la binarité de la disjonction (du pur et de l’impur, de l’identité et de l’altérité) et de l’adjonction (dans un échange généralisé), nous nous trouvons en présence d’un processus de traduction dans lequel différentes cultures se transforment au contact les unes des autres.

      Abstract : Any society comprises tendencies to accept what comes from the outside and to refuse “foreigners”. From observations recently carried out in Japan and a reconsideration of the relationships the Romans of the Antiquity were having with Greece, this article intends to show that the diversity of cultures is not only an economic and political but also an ethical modality of the exchange. Contradicting the binarity of the disjunction (purity and impurity, identity and otherness) and the adjunction (in a generalised exchange) a translation process is involved in which different cultures change in the contact of one another.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLe travail et l'échange
      Dominique Méda, philosophe et sociologue, Centre d'études de l'emploi.

      Résumé : Le travail est devenu un « fait social total ». Notre concept moderne de travail recouvre au moins trois dimensions : il est à la fois un « facteur de production » - ce qui crée de la richesse - ; l’essence de l’homme ou le principal vecteur de son expression ; et le système de distribution des revenus, des droits et des protections. Il a été théorisé, depuis le XVIIIe siècle, par les économistes et les sociologues, comme le lieu principal de l’échange, la source de la coopération sociale et le coeur de l’échange économique. L’article s’attarde sur les raisons de cette élaboration théorique, sur les risques qui y sont attachés et sur la nécessité de reconnaître, à côté de la sphère de l’échange économique et du travail, une sphère dont la finalité est non pas la production mais la délibération collective. Si le travail ne peut exister sans parole et si l’exercice de la parole au sein du travail est nécessaire pour améliorer continûment les conditions d’exercice du travail, la sphère du travail ne peut prétendre au monopole de la parole politique. Le lien social ne peut ni ne doit se déduire du lien économique.

      Abstract : Work has become a “total social fact”. Our modern concept of work includes at least three dimensions: it is a “production factor” –what createswealth; the essence of man or the main vehicle of his expression; and the system of distribution of income, rights and welfare. It was theorised, since the 18th century, by economists and sociologists, as themain locus of the exchange, the source of social cooperation and the core of economic exchange. This article dwells on the reasons of that theoretical elaboration, on the risks connected to it and the necessity to identify, next to the economic exchange and work area, a field which finality is not production but collective deliberation. If work cannot exist without speech and if the use of speech withinwork is necessary to improve continuously the conditions of practice ofwork, thework field cannot aspire to the monopoly of the political speech. The social bond cannot and must not be inferred from the economic bond.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFÉchanger autrement des objets marchands ?
      Pepita Ould-Ahmed, Chargée de recherche à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement).

      Résumé : L'échange marchand tel qu’il se donne à voir dans nos sociétés capitalistes individualistes fait l’objet de contestations sociales grandissantes. Des réflexions théoriques, mais aussi des expériences concrètes, proposent des rapports marchands qui reposent sur deux nouveaux critères : un ordre de valorisation économique plus respectueux des rapports des hommes entre eux et des hommes avec la nature ; et des conditions d’accès à l’échange moins excluantes. Si certaines alternatives pratiques s’appuient sur la consommation, comme acte et espace de contestation citoyenne pour soutenir de nouveaux échanges plus solidaires et plus justes, d’autres vontmême jusqu’à édifier des espaces marchands et monétaires alternatifs au système officiel. La question que posent ces expériences concrètes est celle de leur capacité à s’imposer comme des alternatives durables à l’échange marchand classique. De ce point de vue, le cas concret des « clubs de troc » argentins est riche d’enseignements et permet de revenir sur certaines difficultés du paradigme solidaire tel qu’il s’exprime dans cesmouvements sociaux et intellectuels critiques.

      Abstract : Market exchange as you can see it in our individualistic, capitalist societies is the subject of growing social protests. Theoretical thinking but also concrete experiences have put forward marketing relationships which are based on two new criteria : an economic promotion order more respectful of the relationships human beings have with themselves and with nature, and less excluding conditions of access to exchange. If some practical alternatives rely on consumption, as an act and space of citizen protest to uphold new, fairer exchanges in favour of solidarity, others even go as far as creating market and monetary spaces which are alternative to the official system. The issue these concrete experiences put forward iswhether they can be established as long-termalternatives to the standard market exchange. From that point of view, the practical case of the Argentinean “barter clubs” provides a wealth of insights and enables to go back over some of the difficulties of the solidarity paradigm as it is expressed in those critical social and intellectual movements.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFRéseaux de recherche :
      Qoi ne neuf ?

      Girolamo Ramunni, Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers.

      Résumé : La communication des résultats de la recherche est l’une des obligations du chercheur. Un système fondé sur la parution d’articles dans des revues s’est mis en place au XVIIe siècle et reste encore valable aujourd’hui. La carrière des chercheurs dépend des publications, ce qui explique l’importance du système. Et pourtant il est en crise. L’informatique est devenue le moyen pour créer de nouveaux canaux de communication, plus rapides et plus souples, mieux adaptés à la vitesse de développement de la recherche.

      Abstract : Communicating the results of his/her research is one of the researcher’s obligations. A system founded on the publication of articles in journals was introduced in the 17th century and is still valid today. The researchers’ careers depend on publications, and that explains the importance of the system. And yet, it is in crisis. Information technology has become the means to create new, faster and more flexible channels of communication, better adapted to the development speed of the research.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFL'exhibition de l'échange.
      A propos des formes de communication de l’Internet relationnel

      Dominique Cardon, Sociologue au Laboratoire des usages de France Télécom et chercheur associé à l’EHESS.

      Résumé : Que font les technologies de communication à la manière dont nous échangeons ? Cet article analyse les formes de communication sur Internet en portant attention à la manière dont la visibilité publique des échanges interpersonnels transforme à la fois l’espace public et les modes de production de l’identité dans nos sociétés. La multiplication des échanges sur Internet est analysée à la fois comme un processus de rationalisation des formes de la sociabilité quotidienne et comme l’expression de nouvelles formes de curiosité et d’exploration, dans un monde qui articule de plus en plus étroitement la production des identités et des contenus que les personnes échangent.

      Abstract : How do communication technologies affect the way we exchange? This article analyses the communication forms on the Internet taking particular heed to the way the public visibility of interpersonal exchanges transforms both the public space and the production means of identity in our societies. The increase in the number of exchanges over the Internet is herein analysed both as a rationalisation process of everyday forms of sociability and as the expression of new forms of curiosity and exploration in a world that creates a tighter and tighter link between the production of the identities and the contents people exchange.
       

  • Télécharger l'article suivant au format .PDF2 - Échanges et Musées
    Véronique Chabert, philosophe

    Lier l’existence du musée aux échanges reflète une certaine conception du musée : loin d’être un lieu sacré dont l’accès serait réservé à une élite, le musée s’édifie alors comme un espace ouvert où le dialogue entre les disciplines et les compétences est favorisé, où la pluralité des publics est prise en considération. Michel Côté défend et développe cette idée du musée dont la dynamique se nourrit d’un va-et-vient permanent entre l’intérieur et l’extérieur, sans décider d’avance ce qui en résultera. Michel Côté détaille ceux avec lesquels les échanges se tissent, des spécialistes aux publics les moins connaisseurs de tel ou tel sujet. Il apparaît que les échanges sont à la fois organisés et prévus par le musée tout en incluant des échanges informels entre visiteurs, entre publics. Dans la mesure où les échanges se trouvent au coeur de la vie sociale, sur le mode de l’affrontement ou de la solidarité, la thématique même des échanges doit être privilégiée par un musée de sociétés. Par cette option, le musée peut contribuer à favoriser la découverte de l’altérité, constitutive de notre propre identité en tant qu’individus, citoyens et membres d’une humanité commune.

    L’ICOM (Conseil international des musées) a été créé en 1946 afin de faciliter les échanges entre musées. Ces derniers peuvent consister d’une part à discuter des fonctions que le musée se donne et de leur évolution. Dominique Ferriot rappelle que Georges Henri Rivière, premier directeur de l’ICOM, est à l’origine de l’introduction de la muséologie dans la formation universitaire en France. Dans le même sens, il est question d’éditer un Dictionnaire encyclopédique de muséologie, sous la direction d’André Desvallées. D’autre part, l’ICOM, notamment grâce à ses Comités internationaux, propose des lieux d’échanges d’expériences et de pratiques. Les difficultés alors rencontrées pour que l’échange soit constructif constituent des obstacles à identifier pour que des échanges entre cultures soient réalisables.

    L’article de Claire Brizon et Marie-Paule Imberti propose des exemples d’échanges d’objets constitutifs des collections duMusée des Confluences. Cette pratique aujourd’hui révolue montre que le contenu des collections n’a pas été décidé au point de départ mais s’enrichit au fil d’une histoire qui est faite d’histoires, de circonstances non prévisibles engageant des individus et des choix institutionnels.

    Les échanges sont également ceux qui se tissent entre les visiteurs d’une exposition, favorisés par la pratique photographique. Mélanie Roustan analyse l’impact de cette pratique en s’appuyant sur une enquête menée auprès des publics de l’exposition Stars Wars l’expo. Les coulisses de la saga cinématographique de Georges Lucas, qui s’est tenue en 2006 à la Cité des Sciences et de l’industrie de La Villette, à Paris. Elle montre en quoi la pratique photographique contribue à un changement d’attitude des visiteurs vis-à- vis de ce qui est exposé, laissant plus de place à la subjectivité, avec le risque « d’un aspect consommatoire ». Dans la mesure où la pratique photographique suscite des échanges entre visiteurs, il est souhaitable que les musées intègrent cette dimension interactive de la visite en prévoyant des « espaces participatifs au sein des espaces d’exposition ».

    Véronique Chabert
     

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFL'échange au Musée des Confluences
      Michel Côté, Directeur du Musée des Confluences.

      Résumé : Les échanges sont constitutifs du musée à plusieurs niveaux : l’élaboration des expositions, le rôle des médiateurs, la structuration de l’espace du musée et de celui des expositions, les débats que le musée suscite comme lieu de réflexion. Ces échanges engagent ceux qui travaillent pour le musée, à l’intérieur et à l’extérieur, ainsi que les publics.

      Abstract : Exchanges are constituent parts of the museum at different levels: the build-up of exhibitions, the mediators’ roles, the layout of the museum and exhibition spaces, the debates aroused by the museum as a place of reflection. These exchanges involve those working for the museum, inside and outside, as well as the visitors.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFL'ICOM, un réseau de partage et d'échanges pour les professionnels de musées.
      Dominique Ferriot, Présidente du comité national français de l’ICOM.

      Résumé : Fondé en 1946 comme une plate-forme de coopération et d’échange entre les professionnels de musées, l’ICOM (Conseil international des musées) regroupe aujourd’hui près de 27 000 membres présents dans 153 pays. En proposant une définition du musée et un Code de déontologie auxquels adhèrent tous les membres de l’Organisation, l’ICOM a eu une action normative conforme à son ambition d’universalité. Soucieux également du respect de la diversité culturelle et des droits des communautés, le Conseil veut rester au plus près des attentes des professionnels dans les différentes régions du monde et des pratiques les plus innovantes. L’ICOM a su, avec un temps d’avance, proposer, notamment grâce à ses Comités internationaux, des lieux pour l’échange et la valorisation des « bonnes pratiques ». Confronté aujourd’hui à une évolution des missions et des moyens d’action des musées, le réseau ICOM doit trouver les modes d’un nouveau partage des expériences et des projets pour un meilleur service des musées, de leurs collections et de leurs publics.

      Abstract : Founded in 1946 as a platform of cooperation and exchange between museum professionals, ICOM (International Council of Museums) now has about 27,000 members in 153 countries. In putting forward a definition of the museum and code of ethics which all members of the organisation adhere to, ICOM has had a prescriptive role that complies with its ambition of universality. Also concerned by the respect of cultural diversity and community rights, the Council wants to stay close to professionals’ expectations in the different parts of the world and to the most innovative practices. Thanks to international committees in particular, ICOM has been able beforehand to offer places to exchange and to promote “good practices”. Now faced with an evolution of the missions and courses of action of the museums, ICOM network has to find ways for a new distribution of exchanges and projects to serve museums, their collections and their visitors better.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFL'échange comme mode d'acquisition
      L'exemple des collections du Musée des Confluences

      Claire Brizon, Titulaire d’un DESS de Muséologie, Université Lyon 3.
      Marie-Paule Imberti, titulaire d’une maîtrise d’Ethnologie, Université Lyon 2.

      Résumé : Pratique muséale aujourd’hui révolue, l’échange d’objets de collection en tant que mode d’acquisition a cependant été un procédé lié à une époque spécifique dans l’histoire des muséums, de la fin du XIXe au début du XXe siècle.
      Au travers d’exemples réunis lors de nos recherches, nous montrerons les différents aspects qui caractérisent cette pratique, son implication historique et ce qui la distingue des autres modes actuels d’acquisition des collections des musées.
      Traiter de la question de l’échange nous permet, par la même, d’approfondir nos connaissances de l’histoire des collections du Musée des Confluences.

      Abstract : A museal practice now over, the exchange of collection objects as an acquisition means was however a process linked to a specific era in the history of Museums from the end of the 19th and early 20th centuries.
      Through examples collected during our researches, we reveal the different aspects that characterise that practice, its historical implication and what set it apart from the other current means of acquisition of museum collections.
      Dealing with the topic of the Exchange consequently gives us the opportunity to have a further understanding of the History of the collections of the Musée des Confluences.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLa pratique photographique,
      révélateur des échanges entre visiteurs
      L'exemple "Star Wars" à la Cité des sciences et de l'industrie.

      Mélanie Roustan, chercheur associé au CERLIS.

      Résumé : Cet article vise à comprendre l’importance que revêt la pratique photographique dans les espaces d’exposition, du point de vue des visiteurs. Il s’intéresse à la nature et à l’intensité de leurs échanges durant la visite, et conséquemment à l’inflexion des formes échangées entre une institution et ses publics. S’appuyant sur une enquête menée auprès des publics de l’exposition Star Wars l’expo. Les coulisses de la saga cinématographique de George Lucas, qui s’est tenue en 2006 à la Cité des Sciences et de l’industrie de La Villette, à Paris, l’auteur montre que la pratique photographique transforme les postures de visite, physiquement et conceptuellement, et stimule les échanges entre co-visiteurs. Les normes de déambulation et les codes de politesse s’adaptent à ce nouveau comportement.Mais au-delà, au sein de la famille, du couple, ou du groupe d’amis, la photographie constitue un moteur des échanges de points de vue, de jugements, un outil de mise en scène de soi, mais aussi un support de transmission des savoirs. L’analyse révèle des usages de l’espace d’exposition comme lieu de sociabilités et de socialisation pour les visiteurs, et dévoile des modes d’appropriation originaux, qui font du visiteur l’« auteur » de sa visite, s’affranchissant partiellement des prescriptions expographiques. On constate également, a posteriori, un foisonnement d’échanges autour de la visite et de sa mémoire. La question réside dans la capacité de l’institution à y participer, voire à les favoriser.

      Abstract : This article intends to understand the importance picture taking assumes in exhibition spaces, from the visitor’s point of view. It takes an interest in the nature and in the intensity of their exchanges during the visit, and consequently in the inflexion of the exchange forms between an institution and its visitors. Relying on a survey conducted with the visitors of the exhibition Star Wars l’expo. Les coulisses de la saga cinématographique de George Lucas (Star Wars, The Exhibition. Behind the scenes of George Lucas’s world famous cinema saga) which took place in 2006 in the Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette Paris, the author shows that photography practice transforms visit postures, physically and conceptually, and stimulates exchanges between fellow visitors. Wandering standards and politeness codes adapt to this new behaviour. Beyond that, within families, couples ot groups of friends, photography is a motive force to the exchange of points of view, judgements, a tool to stage oneself, but also a transmission support for knowledge. This analysis reveals practices of the exhibition space as a place of sociability and socialisation for the visitors, and exposes original appropriation modes that makes the visitor the “author” of his visit, partly freeing himself from the « exhibigraphical » rules.What can also be noticed, a posteriori, is an abundance of exchanges about the visit and its remembrance. The issue lies in the institution’s capacity to take part to them, or even to favour them.
       



Utagawa Hiroshige (1797- 1858), Les soixante-neuf relais de la grande route de Kiso (Kisokaidô) : le relais « Matsuida », vers 1830, impression sur papier en noir et couleur, Japon, inv. MGL838, © Musée des Confluences