Les musées abritent de nombreuses oeuvres ou objets qui par leur histoire sont les témoins d’une époque mais qui conservent aussi toute une mémoire technique laissée par des hommes qui les ont créés. Le thème de « traces » s’imposait comme un maillon essentiel de nos réflexions. Pour mieux comprendre, nous avons balayé toutes sortes de traces, de celles qui sont le quotidien des physiciens des particules à celles que nous laissons avec nos technologies à l’ère numérique, avec l’écriture, à travers lesoeuvres d’art, par notre passage dans une exposition, par notre sommeil. Nous évoquerons les archives qui sont des traces pour l’historien mais aussi les différentes façons de faire parler les traces (pour la police scientifique, pour le restaurateur d’objets). Sans prétendre à l’exhaustivité, ce numéro, par la diversité des approches qu’il propose, permet d’en apprendre un peu plus sur le sujet.
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Les cahiers duMusée des Confluences sont des traces du projet culturel et scientifique de l’institution, ils explorent des mots clé et des thématiques récurrentes pour mieux en apprécier les nuances, en mesurer la portée, en renouveler le propos.
Se pose d’abord le choix des thématiques (référence, expérimentation, échanges, traces…) comme une volonté de marquer des territoires, d’accompagner un discours trop souvent pris pour acquis, de dévoiler des champs d’intérêt et des préoccupations. Oui, on peut nous suivre à la trace.
D’autant plus que nous appelons à la barre des témoins, scientifiques, artistes, gestionnaires institutionnels et culturels pour aller au-delà des apparences. Les traces sont multiples, il est nécessaire de porter une attention suivie à leur présence (car souvent invisibles), à leur interprétation et à leur mise en valeur.
Voilà le travail du musée. Tenter de voir et comprendre, repérer les moments clé, les objets porteurs de sens et de réflexion, en partager l’expérience avec le visiteur et identifier de nouveaux repères.
Il ne s’agit pas nécessairement de chefs d’oeuvre et de trésors, il s’agit d’une lecture et du choix d’objets révélateurs, ceux-ci étant souvent marqués par l’histoire, par leur symbolisme ou même leur charge émotive, ils retracent l’évolution de la vie et des sociétés.
Michel Côté
Qu’elles soient matérielles ou immatérielles, neuronales, psychiques, numériques, artistiques…, les traces constituent
des signes de ce qui s’est passé. Si d’autres êtres vivants laissent des traces, le propre de l’homme tient au fait de
pouvoir en questionner le sens.
Dans la mesure où les traces ne sont d’abord qu’indicatives, comment les lire, les interpréter pour qu’elles soient
constructives pour l’homme, à la fois individu et citoyen ? Entre la menace de l’effacement et leur accumulation
pléthorique, à quelles finalités la gestion des traces doit-elle répondre ?
Les traces constitutives de l’histoire personnelle
La trace suppose un écart entre le fait lui-même et l’empreinte qu’il laisse : les mêmes faits ne laissent pas les mêmes
traces d’un individu à l’autre. Cela se vérifie à propos des traces biologiques : de vrais jumeaux n’ont pas les mêmes
empreintes génétiques, et aussi concernant les traces laissées par l’histoire personnelle qu’il s’agit ici d’évoquer, sachant
que ce numéro aborde bien l’individu mais pas du point de vue de la connaissance de sa propre histoire. Si ce que nous
avons été n’est plus, comment y avoir accès ? Les supports matériels, en voie d’expansion aujourd’hui, constituent alors
des témoins précieux, mais nous insisterons ici sur l’existence de ce que la psychanalyse a appelé les traces mnésiques,
« les marques du souvenir » (Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, éd. Payot, p. 20.). Freud a mis en évidence le fait que certains symptômes « sont les résidus et les symboles
de certains événements (traumatiques) ». Le symptôme constitue une trace qui renvoie de manière détournée au souvenir
devenu inconscient qu’il s’agira de faire resurgir. D’où la nécessité du « travail de réminiscence » passant par la parole
qui rendra possible une interprétation de la trace. C’est dire que le passé, et cela concerne tout individu, y compris celui
considéré comme normal, nous constitue à travers des marques qui indiquent le souvenir tout en l’éclipsant. Dans la mesure où la formation de notre identité s’appuie sur l’imbrication entre les différentes dimensions du temps (passé,
présent, avenir), la quête du sens des traces est essentielle mais court le risque d’enfermer l’individu dans son passé,
alors qu’elle voulait l’en libérer. Le processus de la connaissance de soi, condition pour identifier d’où nous venons et
forger notre propre identité, doit admettre que la lisibilité de la trace connaît des limites : la mémoire intègre l’oubli
involontaire de telle sorte que le passé peut laisser des traces sans pour autant les rattacher à des souvenirs. Reste à
« croire une mémoire qui n’enregistre pas le passé mais le ressent, et que je peux légitimement considérer comme un
fait assuré, (…) » (Peter Handke, Mon année dans la baie de personne.) à partir duquel une projection dans l’avenir devient possible.
Les traces comme lieux de pouvoirs
Alors que l’oubli, au sein de l’histoire personnelle, relève d’un processus de sélection involontaire des souvenirs, certains
types de pouvoirs ont organisé l’effacement volontaire des traces. C’est le cas du nazisme mettant en place un système
totalitaire organisé de telle manière que ses pratiques ne laissent pas de trace. « Dans les pays totalitaires tous les
lieux de détention régis par la police sont faits pour être de véritables oubliettes où les gens glissent par accident, sans
laisser derrière eux ces signes d’une existence révolue que sont ordinairement un corps et une tombe. Au regard de cette
invention nouvelle pour se défaire des gens, la vieille méthode du meurtre, politique ou criminel, est assurément
inefficace. Le meurtrier laisse un cadavre derrière lui et, même s’il essaie d’effacer les traces de sa propre identité, il
n’a pas le pouvoir d’extirper celle de sa victime de la mémoire du monde survivant. La police secrète opère au contraire
le miracle de faire en sorte que la victime n’ait jamais existé du tout » (Hannah Arendt, Le système totalitaire, France Loisirs, p. 228.). Le pouvoir condamne alors ses victimes à
l’anonymat.
L’effacement des traces par le pouvoir politique peut s’inscrire dans un contexte où il s’agit de construire quelque chose de nouveau. La période d’après la chute du mur de Berlin est à cet égard significative, comme veut le montrer actuellement l’exposition Berlin, l’effacement des traces (Musée d’Histoire contemporaine-BDIC, Paris, jusqu’au 31 décembre 2009.) ; la volonté d’abolition de l’aspect dictatorial d’un régime, de l’absence d’état de droit constitue en même temps « l’effacement d’une expérience cruciale, voire d’une culture, d’un mode de vie (…), la disparition corps et biens d’un État singulier » (Catalogue, p. 7.). Une des modalités de l’effacement passe par la destruction des traces : le nom de certaines rues est remplacé soit par celui qu’elles portaient du temps de la République deWeimar, soit par des noms plus appropriés à la symbolique de la RFA (par exemple, la Lenin Platz est devenue la Place des Nations Unies). Sans les détailler ici, les choix faits en matière d’architecture « visent à faire place nette, à faire « comme si » la RDA n’avait pas existé ».
D’où le rôle essentiel des historiens pour signifier cette destruction des traces et éviter qu’elle cautionne des tentatives de réécriture de l’histoire en amalgamant par exemple les SS et leurs victimes (lorsque l’édifice nommé Neue Wache a été dédié indifféremment « aux victimes de la guerre et de la dictature »).
Pour contrer cette instrumentalisation de la mémoire verrouillée par une histoire officielle, il s’agit de veiller à l’indépendance des historiens dont le travail commence, comme le souligne T. Todorov (Mémoire du mal, tentation du bien, R.Laffont, 2000, p. 133.), par la nécessité d’établir les faits en tenant compte de l’aspect lacunaire des traces lié à leur sélection involontaire mais aussi volontaire.
L’ère du numérique rend possible une autre forme d’instrumentalisation des traces puisque les nouvelles technologies peuvent servir à surveiller les individus, menaçant la distinction entre vie privée et vie publique fondatrice d’une démocratie. Les individus-citoyens revendiquent, à l’encontre de cette traçabilité liberticide le droit à l’oubli numérique et sont prêts, à condition de pouvoir payer, à faire appel à des entreprises qui s’annoncent ainsi : « Effacez vos traces ».
Les musées : conservation et transmission des traces
Deux facteurs caractérisent le contexte nouveau dans lequel les missions du musée prennent place.
Pierre Nora définit le patrimoine « comme ce qu’une société entend conserver des traces du passé pour affronter son avenir » (« L'explosion du patrimoine » in Patrimoines n°2, INP, Somogy , 2007.). Cela étant dit et s’intéressant à l’histoire même de la notion de patrimoine, P. Nora signifie que l’ « extension de la notion de patrimoine » nous fait assister à une « véritable mutation ». L’ « obsession patrimoniale », liée « à une très rapide obsolescence de toute chose », entend combler le sentiment d’une perte par « une obligation accumulatrice pour tous » et pour tout. D’où la nécessité, plus que jamais, d’un tri ; tâche délicate pour les musées puisqu'exposer ne signifie pas montrer une accumulation d’objets qui parleraient d’eux-mêmes.
Cette « explosion du patrimoine » est favorisée par ce qu'Emmanuel Hoog analyse comme un « changement de paradigme » (Mémoire année zéro, Seuil, 2009.) lié au développement de la mémoire numérique qui a pour conséquence que « tout est archive ; tout fait mémoire » par une « accumulation frénétique et irrationnelle des traces du passé ».
Il s’agit donc de trouver selon Paul Ricoeur, « une juste mémoire », entre l’abus de mémoire et l’abus d’oubli. Il en va de la lisibilité des traces rendant possible une transmission qui leur donne un sens au présent, pour l’avenir.
Véronique Chabert
Les trois premiers textes de cette partie abordent les traces au sein de l'histoire, les deux premiers mettant l'accent sur les méthodes d'interprétation des traces.
La recherche des traces inclut l'archéologie dont il n'est pas ici question spécifiquement mais l'article de Michel Menu qui ouvre cette partie montre en quoi l'approche archéologique fournit « un paradigme intéressant, une véritable méthode pour aborder le « vaste champ de l'histoire de l'art ».MichelMenu propose de transférer à l'histoire de l'art la démarche de la tracéologie, discipline archéologique qui étudie, à partir des traces observables sur les outils, les savoir-faire employés. Cette perspective se concentre sur la « mémoire technique » des oeuvres du passé en donnant les clés de leur élaboration, en mettant en évidence l'oeuvre en train de se faire. Les moyens technologiques mobilisés pour le faire renouvellent notre regard sur les oeuvres en les inscrivant dans un processus de fabrication-création.
Olivier Faron analyse l'impact de l'école des Annales sur la méthode adoptée par les historiens. En multipliant les traces susceptibles d'intéresser les historiens, cette révolution historiographique fait courir le risque de « développer des histoires loin de l'Histoire ». D'où la nécessité soulignée ici d'inscrire les acteurs historiques dans le contexte qui éclaire le sens de leurs actes. Les traces à partir desquelles l'historien travaille doivent être datées « avec la plus grande précision » afin de transmettre les repères temporels indispensables à la compréhension du devenir historique des hommes.
L'écriture comme trace est abordée par Marie-Hélène Pottier sous deux angles. D'une part le geste qui engage le corps dont elle témoigne, ce que montrent les différents types d'écriture au cours de l'histoire ainsi que l'art de la calligraphie qu'ils impulsent, comme le montre aujourd'hui le tag. D'autre part, le sens dont l'écriture est porteuse et qui permet d'avoir accès, par la parole et le langage, à la pensée humaine, dans sa dimension individuelle et collective.
Les articles qui suivent montrent, dans des domaines différents, en quoi l'évolution des technologies permettant d'identifier de plus en plus précisément des traces constitue un gain de connaissances mais peut aussi poser des problèmes quant à la liberté de l'individu-citoyen.
Alex Türk signifie que la traçabilité numérique qui se fait « le plus souvent à notre insu » menace « le droit à l'oubli et à une vie privée ». On saisit alors l'enjeu des actions de la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) pour encadrer l'utilisation des technologies numériques.
Le fait de ne pas vouloir laisser de traces peut revêtir un tout autre sens : Alain Lamotte propose une mise au point concernant les différents types de traces à partir desquels une enquête policière va être menée, en partie grâce aux résultats des analyses faites dans des laboratoires.
Alain Nicolas dégage la portée des tracés électroencéphalographiques notamment : ils ont permis de « révolutionner la prise en charge de nombreux patients, en particulier celle des épileptiques » et de faire progresser « l'élucidation des mystères du sommeil et du rêve ».
Girolamo Ramunni aborde le « changement de paradigme » concernant la physique qui a conduit au début du XXe siècle à « élargir la notion d'observation » puisque le physicien « renonçait à observer directement l'objet de son étude » et « se contentait d'en imaginer les effets produits, de suivre la trace de sa présence ». Les accélérateurs de particules élémentaires marquent une évolution des moyens d'enregistrement tout en s'inscrivant dans le même paradigme.
Véronique Chabert
Résumé : L’archéologie préhistorique a développé une discipline, la tracéologie qui consiste, en observant la surface des outils en pierre, à rechercher les traces de leur utilisation et de leur fonction. Par extension et pour l’ensemble des oeuvres du patrimoine, les traces multiples, à différentes échelles vont permettre de comprendre les techniques de réalisation, la provenance des matériaux. La tracéologie générale vise ainsi à conjuguer l’approche traditionnelle de l’histoire de l’art, l’histoire des images, avec le concept puissant de « chaîne-opératoire » énoncé par André Leroi-Gourhan.
Abstract : Prehistoric archeology has developed
traceology, a discipline that consists in searching for
traces of the way stone tools were used and employed
by observing their surfaces. By extension and for all the
works of the patrimony, multiple and multi-scale traces
will enable to understand the manufacturing techniques,
the origin of the materials. In this way, general
traceology aims at combining the traditional approach of
art history, the history of pictures, with the powerful
"operational chain" concept expounded by André Leroi-
Gourhan.
Résumé : Le type de traces auxquelles l’historien se réfère a changé au moment de la révolution historiographique du XXe siècle. L’historien classique, tel un enquêteur, cherchait des vestiges, indices matériels de faits à établir de manière érudite. La rupture initiée en France par l’école des Annales a mis au premier plan le questionnement sur les faits et signifié que tout ce qui hier n’était pas objet de science pouvait le devenir, d’où un élargissement considérable des traces. Pour éviter que ces dernières inspirent des histoires loin de l’Histoire, il faut associer un acteur historique et son contexte à un événement qui l’inscrit dans le temps.
Abstract : The kind of traces an historian refers to
changed at the moment of the historiographic revolution
of the 20th century. The classical historian, like an
investigator, was looking for relics, material clues for
facts established in a scholarly manner. The shift
initiated in France by the École des Annales brought the
questioning of the facts to the foreground and said that
items which were not considered as objects of science
yesterday could become so, and created hence a
significant widening of the range of traces. To avoid
those traces inspiring stories further from History, a
historical actor and his context must be connected to an
event which record him in time.
Résumé : L’écriture, au sens strict du terme, peut-elle être assimilée à une trace ? Tout signe graphique est de toute évidence la trace laissée par la main ou par un outil guidé par celle-ci. La forme des diverses écritures du monde, des caractères cunéiformes aux lettres latines, trahit le geste de l’homme et la perception qu’il avait des choses du monde. Plus précieux encore, l’écriture garde la trace de la parole et celle des intentions multiples que l’homme portait en lui lors du processus d’écriture. Trace d’un geste et d’une parole, l’écriture reste souvent le seul témoignage de la pensée de nos ancêtres.
Abstract : Can writing, in the strictest sense of the
word, be considered as a trace? It seems obvious that
any graphic sign is a mark left by a hand or by any tool
guided by it. The form of the world's different
handwritings, from cuneiform characters to latin letters,
betrays the human gesture and the perception he had of
the things of the world. More precious still, handwriting
holds a trace of speech and of the various intentions
Man had when writing it. Trace of a gesture or a speech,
handwriting is often the only evidence left of our
ancestors' thoughts.
Résumé : Nous n’en avons pas nécessairement conscience, mais volontairement ou non, nous laissons derrière nous des traces qui permettent à autrui de nous suivre de plus en plus finement, dans l’espace comme dans le temps, en tissant autour de nous un maillage d’informations révélatrices de notre activité, de notre vie privée, de notre personnalité. La question est de savoir comment définir et réguler la protection de la vie privée face au développement permanent des technologies et des mentalités. C’est le défi auquel la commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est confrontée en permanence, et tout particulièrement aujourd’hui.
Abstract : We may not be aware of this, but willingly or
not, we leave traces behind us that enable others to follow
us more and more accurately, in space and time, by
weaving a mesh of relevant information on our activity,
our private lives, our personalities. The question is to
know how to define and regulate the protection of our
private lives in view of the constant development of
technologies and mentalities. That is the challenge the
French Commission Nationale de l’Informatique et des
Libertés (CNIL - IT and liberty national commission) is
constantly facing and particularly today.
Résumé : « Chercher des traces », « Envoyer au
laboratoire » sont deux des expressions employées par
les policiers et les gendarmes lors des enquêtes sur un
délit ou un crime.
Chercher quelles traces ? Toutes celles qui pourraient
être exploitées par des experts, en laboratoire, pour
fournir des indices à la justice. Elles peuvent être très
différentes : des traces de pas ou une odeur, des résidus
d’incendies ou d’explosions, du sang ou des cheveux, une
arme ou un couteau, un verre ou un sous-vêtement…
Obtenir quels indices ? Le laboratoire peut fournir des
indices très discriminants, empreintes digitales ou
génétiques, des indices peu discriminants, résidus de tir
sur des mains ou des vêtements ou simplement des
indices informatifs ou complémentaires sur des traces
de pas, de pneumatiques, de peintures…
Abstract : “Looking for traces”, “sent to the lab” are
two expressions used by detectives and policemen who
investigate an offence or a crime.
Looking for what traces? All those that could be
exploited by experts, in the laboratory, to reveal clues to
the police. They may be very different: footprints, a
smell, fire or explosion residues, blood, pieces of hair, a
gun or a knife, a glass or piece of underwear…
Getting what clues? The laboratory can provide highly
discriminating clues like fingerprints or genetic marks,
slightly discriminating clues like bullet powder on hands
or clothes, or more simply informative or complementary
clues like paint, foot or tyre prints…
Résumé : À travers la découverte progressive des différents outils permettant l’exploration du sommeil chez l’homme et chez l’animal, nous assistons à l’évolution des efforts des chercheurs dans leur quête de l’élucidation des mystères du sommeil et du rêve. Les différentes étapes sont marquées par des apports techniques qui ouvrent à chaque fois un nouveau champ de recherche et parfois créent une nouvelle discipline. Il est plaisant de souligner une fois de plus à quel point les techniques les plus triviales permettent d’explorer les plus hautes sphères de l’esprit, à condition d’être savamment utilisées.
Abstract : Through the progressive discovery of the different
means that enable to explore human and animal
sleep, we can see an evolution in the scientists' efforts
in their pursuits to elucidate the mysteries of sleep and
dream. The different stages are distinguished by technical
contributions that open up a new field of research
each time and sometimes create new disciplines. It is
amusing to notice once again how the more trivial techniques
enable to explore the highest levels of the mind,
provided they are skilfully used.
Résumé : La physique des particules élémentaires s’est construite à l’aide des moyens d’observation des traces de ces particules dans des milieux appropriés. Ces traces ont été photographiées et, maintenant, détectées par l’électronique et étudiées avec l’ordinateur. On observe par des événements éphémères l’infiniment petit, grâce à des instruments très grands, pour mieux comprendre l’histoire de l’infiniment grand, l’Univers.
Abstract : The physics of elementary particles has
developed thanks to the means of observation of the
traces of those particles in suitable environments.
Those traces were photographed and, now, detected by
electronic equipment and studied by computers. We
observe the infinitesimal through ephemeral events and
thanks to very large instruments , to understand better
the history of infinity, the Universe.
Benoît Van Reeth aborde le problème de la gestion des archives comme traces faisant intervenir l'archiviste et l'historien. La mission de l'archiviste amène à poser la question de la finalité de la conservation, essentielle pour tout musée, réflexion qui conduit à choisir ce que l'on conserve et à rendre si possible explicite les critères de choix. Ainsi, conserver implique paradoxalement de détruire pour éviter l'accumulation abusive des archives. C'est à partir de ce tri que l'historien proposera une interprétation des traces qu'il étudiera.
L'article de Frédérique Vincent analyse en quoi la conservation est liée à la restauration, participant toutes deux « à la compréhension de l'objet ». La restauration entend respecter les traces de l'histoire des objets depuis leur création.
L'oeuvre d'Hervé di Rosa montre comment son travail porte les traces des différentes phases de son élaboration, cette dernière étant menée en collaboration avec des artisans dont il a découvert les savoir-faire et les a intégrés dans ses œuvres.
Si les oeuvres portent les traces de leur histoire et de leur élaboration, le musée lui-même peut intégrer, dans ses choix muséographiques, des traces, comme l'a fait le musée de la Chasse, dans le cadre de sa rénovation. Claude d'Anthenaise précise en quoi les traces permettent de créer un jeu de pistes suggestif pour les visiteurs.
Les traces sont aussi celles des visiteurs au musée. Analyser les traces qu'une visite de musée peut laisser à un visiteur implique de lui donner la parole quant aux choix du musée afin que ce dernier puisse en tenir compte à l'avenir.
Véronique Chabert
Résumé : Avant même de proposer quelle place assigner au document d’archives, il faut s’interroger sur sa nature même et les conditions qui président à son existence. En s’appuyant sur la définition qu’en donne la loi, on pourra mieux appréhender le contexte de sa production, la réflexion de l’historien à son sujet et l’intervention médiatrice de l’archiviste. Ce dernier doit se donner les moyens de maîtriser une masse considérable et diverse afin de déterminer les traces destinées à une conservation définitive et à une exploitation raisonnée par la science et le citoyen.
Abstract : Before deciding what position an archive
document is allotted to, its very nature and the
conditions that rule its existence must be questioned.
Relying on the definition given by law, it will be easier to
fully understand the context of its production, the
historian's reflections upon it and the mediator's role of
the archivist. This latter must give himself the means to
master an extensive and varied mass of data so as to
sort out the traces designed for long-term conservation
from those which can be carefully used by scientists and
citizens.
Résumé : L’entrée d’un objet au musée lui confère un statut
particulier. D’objet usuel, culturel, de faste, de délectation…
il devient objet patrimonial. Les objets patrimoniaux sont
les représentants tangibles d’une activité humaine, à un
temps donné. À ce titre, leur valeur peut être de différents
types : historique, documentaire, esthétique, scientifique,
politique, religieuse… Il est donc essentiel de documenter
l’état et de conserver l’intégrité de ces objets afin qu’ils
gardent toute(s) leur(s) valeur(s).
C’est pourquoi la notion de traces est cruciale dans le
contexte de la conservation et de la restauration du
patrimoine, puisqu’elles participent à la compréhension de
l’objet. Il est donc essentiel, avant toute intervention,
d’observer et d’étudier l’objet, de comprendre son état
actuel et d’établir un diagnostic permettant de décider des
objectifs de la restauration à mettre en oeuvre, tout en
respectant les traces de son histoire depuis sa création.
Abstract : When an object gets into a museum, it gives it a
particular status. From an everyday, worshiping, sumptuous or
delightful object... it becomes an object of patrimony. Patrimonial
objects are tangible exemplars of a human activity at a
particular time. Consequently, they may have different types
of values: historical, documentary, aesthetic, scientific, political,
religious…It is therefore essential to give information on
their conditions and to conserve the integrity of those objects
so that they may keep all their value(s).
That is why the notion of traces is crucial within the context of
conservation and restoration, as they take part in the understanding
of the object. It is therefore essential, before any
action, to observe and study the object, to understand its present
condition and to make a diagnosis that enables to decide
on the purpose of the restoration to be carried out, while respecting
the traces of its history since it was created.
Résumé : Dans l’oeuvre d’Hervé di Rosa, qu’il commente lui-même, les traces ont essentiellement deux sens : d’une part celles que les savoir-faire des artisans de cultures différentes avec lesquels il travaille laissent dans ses oeuvres et d’autre part les traces de l’homme dans l’architecture, le paysage dont il s’inspire.
Abstract : Hervé Di Rosa comments his own work in
which traces mainly have two meanings: on one hand,
those left in his works by the know-how of the craftsmen
from the different cultures he works with and, on the
other hand, Man's traces in architecture, the landscape
he gets inspiration from.
Résumé : Créé dans les années 1960 par un couple de mécènes, le Musée de la Chasse et de la Nature a été récemment rénové. Dans ce nouveau cadre, le musée est conçu comme une sorte de poste d'affût pour observer l'animal sauvage dans un territoire mental, comme une sorte de belvédère imaginaire. Autrement dit, la muséographie tente de transposer l'expérience de la chasse tout en assumant l'impossibilité d'une reconstitution, l'inévitable distance entre l'homme et la bête, entre la nature et l'image de la nature. D'où le rôle essentiel des traces dans le jeu de piste proposé au visiteur : elles opèrent dans le domaine de la suggestion et sont émotionnellement plus efficaces que l'objet luimême. Si le visiteur accepte de se prêter au jeu, il peut suivre et interpréter les diverses traces, traces de nature, traces olfactives, empreintes, traces des fondateurs…
Abstract : Created in the 60's by a married couple of
patrons, the Musée de la Chasse et de la Nature (the
Nature and Hunting Museum) was recently renovated.
In this new setting, the museum is designed like an
lookout point to watch wild animals in a mental territory,
like a kind of imaginary viewpoint. In other words,
museography is trying to transpose the hunting
experience while accepting the impossibility of the
reconstruction, the inevitable distance between man and
the beast, between nature and the image of nature.
Hence the essential role of traces in the hare-andhounds
game suggested to the visitor: they work like
suggestions and are emotionally more efficient than the
object itself. If the visitor accepts to lend himself to the
game, he can follow and read the various traces, nature
traces, olfactory traces, prints, founders' traces…
Résumé : Au musée, le mot « trace » fait principalement écho aux collections, à ses modes de collecte, aux personnalités qui les ont conservées, étudiées et présentées. Aujourd’hui, s’ajoutent de nouvelles traces, celles des visiteurs. En effet, en intégrant la fonction de la connaissance des publics, la parole des visiteurs est récoltée pour garder une « trace » des expériences vécues. Cette notion est développée à partir de deux exemples, celles des traces immédiates, obtenues par l’intermédiaire d’outils tels que le livre d’or ou le cahier des visiteurs et celles des traces de plus long terme associées au souvenir de la visite, lorsqu’on interroge les publics a posteriori. Nous décrirons en quoi ces outils, mobilisés dans un but réflexif, illustrent le double jeu à l’oeuvre permettant de développer une politique de l’implication du côté des visiteurs et une politique de la considération (Béra, Paris - 2007) du côté du musée.
Abstract : In the museum, the word “trace” mainly
brings to mind collections, collecting means, the personalities
who have conserved, studied or presented
them. Today, new traces can be added, those of the visitors.
In fact, when taking in the understanding of the
museum's publics, the visitors' words are collected to
keep a “trace” of personal experiences. That notion is
herein developed from two examples, immediate traces
collected through tools like the visitors' book and longterm
traces connected with memories of the visit, when
the visitors are asked afterwards. We'll describe how
those tools, used in a reflexive purpose, exemplify the
two aspects of what is at stake, the development of a
involvement policy for the visitors and an esteem policy
for the museum (Béra, Paris – 2007).
Météorite Zag (1998) - Maroc
Chondrite
Détail photo P. Ageneau
© Musée des Confluences