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Volume 5 : La Diversité

 
Les Cahiers du musée des Confluences - agrandir l'image

La Diversité

La diversité concerne des domaines très variés : biologique, social, culturel, ethnique, linguistique, etc., sans oublier les enjeux économiques des questions soulevées. Aujourd’hui, certaines diversités s’affirment voire s’affichent d’abord de manière défensive : il s’agit de les préserver contre ce qui les menace. Elles apparaissent comme une exigence ; il s’agira d’identifier ce qui leur fait obstacle afin d’éviter de désigner trop hâtivement des ennemis.

Quelle diversité faudrait-il défendre pour qu’elle soit compatible avec d’autres impératifs ? Comment faire en sorte que la diversité soit une réalité constructive dans les relations entre l’homme et la nature, entre les hommes et entre leurs cultures ?


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Sommaire

  • Télécharger l'article suivant au format .PDFEditorial.
    Michel Côté, directeur du Musée des Confluences.

    La diversité est au coeur des préoccupations du Musée des Confluences. Ainsi la reconnaissance de la diversité des publics aura conduit le musée à adopter une politique de diffusion culturelle basée sur les notions de complexité et de différenciation.

    Le Musée des Confluences reconnaît, bien volontiers d’ailleurs, qu’il s’est engagé dans la voie de la nécessaire mise en valeur de la biodiversité et de la diversité culturelle. Les dernières expositions ainsi que les événements du musée, notamment « Grand Nord, Grand Sud » explorant la démarche des Inuit et des Aborigènes ou « Passages » invitant des photographes contemporains africains à jeter un regard sur la réalité française, illustrent parfaitement ces intentions.

    De même, les expositions de synthèse et de référence abordent la question de la biodiversité et du développement durable en signalant nos responsabilités individuelles et collectives face à la planète Terre.

    Entre le singulier et l’universel, entre autonomie et dépendance, entre le respect des différences et la menace de l’exclusion, la dynamique des individus et des sociétés offre des réponses multiples.

    Le Musée des Confluences tente de comprendre les mécanismes de la diversité et d’inciter à la prise de conscience et à la réflexion.

    Michel Côté.
     

  • Télécharger l'article suivant au format .PDFIntroduction.
    Véronique Chabert, philosophe.

    La diversité concerne des domaines très variés : biologique, social, culturel, ethnique, linguistique, etc., sans oublier les enjeux économiques des questions soulevées. Aujourd’hui, certaines diversités s’affirment voire s’affichent d’abord de manière défensive : il s’agit de les préserver contre ce qui les menace. Elles apparaissent comme une exigence ; il s’agira d’identifier ce qui leur fait obstacle afin d’éviter de désigner trop hâtivement des ennemis.
    Quelle diversité faudrait-il défendre pour qu’elle soit compatible avec d’autres impératifs ? Comment faire en sorte que la diversité soit une réalité constructive dans les relations entre l’homme et la nature, entre les hommes et entre leurs cultures ?
    Il apparaîtra que la connaissance de la diversité consiste à expliquer ou à comprendre la diversité des espèces, des cultures, des langues, des objets exposés au musée, etc., en cherchant à dégager une unité qui ne supprime pas la diversité mais la rend intelligible.

    La biodiversité : au-delà de la simple conservation, l’impératif de régulation.
    L’apparition du terme « biodiversité » (sous sa forme anglaise) précède de quelques années la conférence de Rio de 1992 qui a donné le jour à la Convention sur la diversité biologique. Ce fait montre que « si les sciences de la nature ont un rôle évident à jouer dans la connaissance de la biodiversité, la question de sa protection n’est pas une affaire de scientifiques », en tout cas pas seulement. Le Préambule de la Convention sur la diversité biologique exprime la préoccupation suivante : « la diversité biologique s’appauvrit considérablement par suite de certaines des activités de l’homme ». La nuance introduite par « certaines » exclut une condamnation sans appel de l’homme au nom d’une nature dont il faudrait restaurer l’équilibre perdu, cette dernière perspective générant un discours alarmiste, sensationnel mais non constructif. L’idée alors véhiculée de l’homme comme ennemi de la nature constitue une position dogmatique, reposant sur une représentation de la nature comme immuable, vierge et sauvage et donc à préserver comme telle,contre toute intervention humaine. Or que serait la nature sans l’homme qui y puise des ressources en l’aménageant et en façonnant les paysages ? En tout cas pas un ensemble figé d’espèces dont le renouvellement se perpétuerait à l’identique : « la disparition des espèces est un phénomène normal », la diversité biologique est le résultat de processus évolutifs, d’adaptation ou de sélection notamment.
    Il n’en reste pas moins que le fait de l’érosion de la biodiversité est incontestable : le taux d’extinction actuel des espèces est mille fois supérieur au taux « naturel ». D’où la responsabilité indéniable que l’on peut imputer à l’homme pour « certaines » de ses activités. Sans pouvoir toutes les prendre en compte ici, il faut bien sûr souligner l’évolution très significative des modes de vie et de consommation dans la deuxième moitié du XXe siècle, mettant au premier plan l’impératif de productivité économique tout en négligeant les conséquences de cette logique, en ce qui concerne notamment le prélèvement de ressources non renouvelables et le rejet de déchets polluants. Le domaine de l’agriculture est représentatif de ce qui se joue dans les rapports entre l’homme et la nature : la nature qui porte les traces du travail des agriculteurs ne correspond pas à l’image que l’on peut s’en faire lorsqu’elle est mise en scène pour servir de référence mythique, « sanctuaris(ée), au nom du patrimoine » qu’il s’agit de transmettre tel quel. La nature avec laquelle les agriculteurs travaillent leurs impose des règles : pour une part la biodiversité leur échappe. Pour une autre part, et c’est là que le débat possède une dimension sociale, politique et économique, l’homme peut intervenir pour réguler les effets néfastes d’une culture trop intensive. L’État a alors un rôle à jouer pour infléchir les modalités de cette interaction entre l’homme et la nature, par exemple en proposant des mesures agro-environnementales dans le cadre de la Politique Agricole Commune. Ce type de mesures permet « aux objectifs de conservation de la biodiversité de trouver leur place dans les dispositifs de production des agriculteurs ». Les agriculteurs peuvent ainsi devenir co-producteurs de la biodiversité. La législation est en même temps susceptible de donner matière à débats lorsque la Convention de Berne de 1979, ratifiée par la France en 1990, protège le loup au nom de la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel, alors même que sa présence fragilise, dans un contexte économique particulièrement difficile, l’activité des bergers dont les troupeaux contribuent pour une part non négligeable à la domestication de la nature.

    La tension entre la reconnaissance de la diversité socio-culturelle et l’exigence d’unité.
    « À l’heure où l’on s’inquiète tant de l’épuisement des ressources naturelles, d’un bout à l’autre de la planète, ne devraiton pas s’inquiéter tout autant de l’effacement accéléré de ces ressources culturelles sous le grand rouleau compresseur de la standardisation mondiale - aplaties qu’elles sont désormais sous les stéréotypes et ne fournissant plus qu’une illusion exotique ? ». À l’heure où l’on parle de biodiversité, « qu’en est-il donc de ce qu’il faudra bien appeler, en parallèle, l’ « ethno-diversité » ? Là aussi, la défense de la diversité peut reposer sur une représentation fixiste cette fois-ci de la culture, générant des revendications identitaires en un sens sectaire, alors que toute « culture ne cesse de se transformer, sans quoi c’est une culture morte ». Les différences dont la diversité est porteuse deviennent alors exclusives, générant intolérance et extremismes destructeurs. Comment dépasser l’impasse d’une situation où la mondialisation qui tend à l’uniformisation suscite à l’opposé des replis identitaires ? Pour ne pas renoncer à articuler l’exigence de diversité à celle d’unité, il faut accepter de questionner le sens à donner à ces notions.

    On oppose fréquemment deux perspectives liées à des histoires différentes : le modèle de l’assimilation liée à la tradition jacobine et le multiculturalisme anglo-saxon. Au Canada, par exemple, « la Loi du multiculturalisme fait en 1988 de la diversité socioculturelle une caractéristique fondamentale de l’État. Car il n’existe entre les cultures aucune hiérarchie permettant de justifier une politique d’assimilation. Seule la culture des droits individuels prime sur toute autre. ». L’accent est ainsi mis sur la lutte contre les discriminations, pour éviter que les différences deviennent des inégalités ; les politiques de discrimination dite positive (appliquées en Inde dès la période coloniale et aux États-Unis à la fin des années 60) entendent répondre, réellement et non pas seulement formellement, au principe de l’égalité des chances. Sans pouvoir approfondir ici le débat qu’elles suscitent, elles permettent de reconnaître le droit à la différence mais laissent la porte ouverte à la difficile voire impossible coexistence de droits différents au sein d’une même société. La peur de la fragmentation semble de ce fait légitime, la crainte d’une simple juxtaposition de différences mettant en péril la cohésion d’une société. Ceux qui ont contribué à fonder l’État tel qu’il s’est construit dans l’histoire de la France, notamment Rousseau par la théorie du contrat social, ont beaucoup insisté sur la nécessité de fonder un corps social et politique où chaque membre est intégré « comme partie indivisible du tout », ce qui est affirmé dans le premier article de la Constitution actuelle. Dans cette perspective, L’État-nation doit faire primer l’intérêt général sur les intérêts particuliers et cela, il faut le rappeler, contre tout privilège. Le fait est que cette conception de l’État s’est trouvé liée historiquement à l’hégémonie de l’Occident, cela ayant pour conséquence, en ce qui concerne l’affirmation des droits de l’homme, l’imposition d’une unité uniformisante, de type impérialiste. Difficile pour autant de se passer des droits de l’homme comme référence pour juger la légitimité des droits existants, à condition de considérer que l’homme ne peut être défini définitivement et qu’il s’agit toujours de débattre des conditions de son existence en tant qu’individu et en tant que citoyen.

    Diversité et musées.
    Le fait que la diversité concerne les différences entre cultures, entre des groupes à l’intérieur d’une même société et chaque individu dans sa propre histoire peut être pris en considération par les musées. La référence aux sciences et sociétés pour définir le Musée des Confluences signifie à la fois un contenu mais également la manière d’aborder les sujets choisis, en tenant compte de la diversité des sciences et des sociétés. Un des axes du musée consiste à intégrer l’apport d’une science comme l’anthropologie pour comprendre, connaître et reconnaître la diversité des sociétés et des cultures.
    À l’intérieur d’une même société, les musées veulent de plus en plus prendre en compte la diversité des publics, ce qui contribue à désacraliser le musée comme lieu réservé à une élite. Cela implique de proposer des lectures plurielles d’une même exposition, par le biais d’ateliers, de visites singulières, etc.
    Pour chaque individu, une visite au musée peut l’inciter à questionner ce qu’il croit savoir, à mettre en perspective ce qu’il sait déjà et donc à faire varier les manières de penser, en suscitant des débats. Quel que soit le type de diversité abordé - diversité des objets, des approches muséales, des publics, des points de vue, etc.-, il est essentiel que le musée contribue, en tant que lieu de vie et d’échanges, à faire découvrir des manières de voir, de sentir, de penser pour éviter tout enfermement dans les préjugés, nécessairement étroits et sectaires.

    Véronique Chabert.
     

  • Télécharger l'article suivant au format .PDF1- Diversité des diversités.
    Véronique Chabert, philosophe.

    Maurice Godelier analyse le point de vue de l’anthropologie sur la diversité des cultures. Le travail de l’ethnologue repose sur la reconnaissance de la diversité des cultures qu’il se donne pour tâche de connaître. En cherchant à comprendre différentes cultures, l’ethnologue en saisit les particularités et en même temps dégage leur unité en mettant en évidence le fait, par exemple, que toute société établit un système de parenté dont il existe différents types.

    Julian Burger étudie la diversité culturelle des peuples autochtones, « descendants des peuples dont les terres ont été aliénées, occupées et exploitées par d’autres ». Trois étapes marquent l’histoire de ces peuples : d’abord chassés de leurs terres par les colons, on a considéré au début du vingtième siècle qu’il fallait les assimiler dans la société dominante puis récemment « les politiques officielles ont changé pour reconnaître l’identité distincte des peuples autochtones ». Le combat que ces peuples ont mené pour obtenir la reconnaissance d’un certain nombre de droits « s’est terminé par l’adoption, en 2007, de la Déclaration sur les Droits des Peuples autochtones ».

    Paul Rasse analyse les effets de la mondialisation sur la diversité des cultures. Il montre le lien entre la mondialisation et deux révolutions technologiques : celle des transports et celle concernant la connectique. Il met en question la prédominance de l’American way of life et « les industries de masse essentiellement nord-américaines qui imposent leurs standards culturels avec une puissance inégalée ».

    En développant la diversité des langues en Europe notamment, Claude Hagège montre comment leur histoire est liée à celle des États. Il entend lutter contre « l’impérialisme révoltant de l’anglais », au nom de la pluralité des cultures et des représentations du monde.

    Joseph Yacoub montre en quoi le droit international peut contribuer à la reconnaissance du caractère multiethnique et multiculturel des sociétés actuelles, le problème alors posé étant celui de la difficile conciliation entre la reconnaissance de la diversité culturelle et l’exigence de cohésion sociale, voire d’universalité.

    Les deux derniers textes de cette partie abordent la diversité dans le domaine biologique. Gilles Boeuf insiste sur la nécessité de préserver la biodiversité puisqu’elle est menacée, essentiellement par l’activité des hommes. Il s’agit d’en prendre conscience et d’accepter de changer nos habitudes.

    Jean Claude Ameisen présente la diversité du vivant comme relevant de processus de diversification à différents niveaux : l’évolution des espèces en relation les unes avec les autres, et à l’intérieur même de chaque espèce, les différents âges de la vie, les variations de l’hérédité et les interactions entre gènes et environnements (l’épigénétique).

    Véronique Chabert.
     

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLa diversité culturelle du point de vue de l’anthropologie.
      Maurice Godelier, anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS

      Résumé : Pour un anthropologue l’altérité se présente sous deux aspects : la diversité évidente des façons de penser et de vivre des différents groupes humains qui constituent la population mondiale et la diversité des formes de sociétés au sein desquelles vivent ces groupes. Après avoir précisé les sens et l’usage du mot culture, il s’agit de mettre en évidence la diversité des cultures à l’aide de quelques exemples et de montrer comment l’anthropologie peut donner sens à cette diversité en en découvrant la logique interne, et en montrant que la multiplicité empirique des faits culturels est en réalité le produit des transformations d’un certain nombre de structures sociales et de schèmes de pensée.

      Abstract : For an anthropologist, alterity comes in two aspect : the obvious diversity of the ways of thinking and living of the different human groups that make up the world's population and the diversity of the forms of societies within which those groups live. After clarifying the meaning and use of the word ‘culture’, our point is to highlight the diversity of cultures through a few examples and to show how anthropology can make that diversity meaningful by revealing its inner logic, and showing that the empirical multiplicity of cultural facts is in reality the product of the transformations of a certain number of social structures and schemes of thought.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLa diversité culturelle des peuples autochtones :
      condition préalable à sa protection

      Julian Burger, responsable du Programme pour les peuples autochtones et les minorités auprès du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme aux Nations unies.

      Résumé : Les Peuples Autochtones ont été, des siècles durant, soumis à l'oppression et à l’assimilation de puissances coloniales, mais au cours de ces dernières années, ils ont su se faire entendre tant au niveau national qu’international pour réaffirmer leur droit à la différence et à la protection de leurs identités. Il est intéressant de noter que pour être entendus, les peuples autochtones ont dû projeter une identité commune. Ce qui est tout particulièrement le cas aux Nations Unies où les représentants des peuples autochtones ont investi plus de 20 années dans des négociations avec les gouvernements. Négociations qui se sont conclues en septembre 2007 avec l'adoption par l’Assemblée Générale de la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones. Afin de revivifier et protéger leurs cultures, les peuples autochtones avancent que les États doivent reconnaître leurs droits à l'autodétermination ainsi qu'au contrôle de leurs territoires et de leurs ressources. Les peuples autochtones rejetant les activités menées sur leurs territoires et pour lesquelles ils n'ont pas donné leur consentement, d'inévitables confrontations se sont multipliées. Alors qu'eux souhaitent un développement qui protège leurs cultures, respecte l'environnement et promeut le bien-être de leur communauté, les projets d'exploitation à grande échelle des ressources sont loin de ces préoccupations. Dans ces circonstances, ce ne sont pas deux visions opposées du développement économique qui s'affrontent mais deux conceptions profondément différentes du monde qui nous entoure et de la place que nous y occupons.

      Abstract : For centuries, Indigenous Peoples have been submitted to the oppression and the assimilation of colonial powers, but during recent years, they have managed to make themselves heard at both national and international levels to reassert their right to difference and to the protection of their identities. It is interesting to notice that to be heard, native peoples have had to cast a common identity. That is particularly the case in The United Nations where the representatives of native peoples have been invested for more than 20 years in negotiations with governments. Negotiations which concluded in 2007 with the adoption of the Declaration on the Rights of Indigenous Peoples by the General Assembly. To revive and protect their cultures, native peoples put forward that States must recognise their rights to self-determination and to the control of their territories and resources. Native peoples having rejected the activities carried out on their territories without their consent, inevitable confrontations have increased. When they would like a development that protects their cultures, respects the environment and promotes the well-being of their community, large scale exploitation projects of the resources are far from these concerns. In those circumstances, we do not have two confronting opposite visions of economic development but two utterly different conceptions of the world that surrounds us and of the place we have in it.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLa mondialisation de la culture,
      du terroir aux nouveaux univers virtuels.

      Paul Rasse, Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nice-Sophia Antipolis.

      Résumé : La diversité des cultures s’est forgée dans un contexte d’isolement des communautés, de difficulté d’échange entre elles, d’ingéniosité sans cesse renouvelée pour produire, sur place, leurs conditions d’existence, toujours tenues aux limites du possible par la croissance démographique et le poids des classes dominantes.
      Deux révolutions des moyens de communication, celles des transports au XIXe et tout récemment celle de la connectique ont fait exploser les complexes économiques et sociaux culturels antérieurs en une multitude d’atomes toujours en mouvement. Ils se font et se défont, se recomposent et se métissent dans des univers sans cesses renouvelés, diversifiés à l’échelle des individus, mais standardisés a celle de la planète. A défaut de pouvoir adopter l’American way of life, tout le monde peut vivre un peu du rêve américain digitalisé, dans des espaces sonores et visuels, de plus en plus sophistiqués et fascinants que les industries culturelles fabriquent en masse.

      Abstract : The diversity of cultures has built up in that context of isolation of the communities, of exchange difficulties between them, of incessantly renewed ingenuity to produce, on location, their conditions of existence, always kept on the verge of the possible by demographic growth and by the power of the ruling classes.
      Two revolutions of the means of communication, transport in the 19th century and very lately connectivity, have blown up the previous economic and social complexes into a multitude of constantly moving atoms. They bind and come undone, get together again and miscegenate in constantly renewed universes, diversified on an individual scale, but standardised on the planet level. Failing to adopt the American Way of Life, everybody can live a little of the digitalised American dream, in the more and more sophisticated and fascinating sound and visual spaces that cultural industries mass-produce.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFHymne à la diversité des langues
      Claude Hagège, linguiste.

      Résumé : La diversité constitue un trait fondamental des langues, dès le principe, ce qui remet en cause le monogénétisme. La typologie, discipline de pointe de la linguistique actuelle, étudie les langues dans leur grande diversité, et la fait mieux apparaître que le comparatisme linguistique, lequel subsume cette diversité sous des familles, qui, par définition, sont en moins grand nombre que les langues.
      La spécificité de l’Europe, par rapport aux États-Unis notamment, réside dans la pluralité des langues, dont chacune a une histoire qui se trouve liée, d’une manière ou d’une autre, au pouvoir politique. L’enjeu consiste aujourd’hui à préserver cette diversité, dans le contexte de la domination de l’anglais.

      Abstract : Diversity is a fundamental feature of language, from the outset, which amounts to reject monogeneticism. Linguistic typology, an advanced discipline of today's linguistics, studies languages in their wide diversity and reveals it better than linguistics comparatism, which subsumes that diversity in families, which by definition are fewer in number than languages.
      Europe's specificity, compared to the United States in particular, lies in the plurality of the languages which all have a history connected, in a way or another, to political power. Today, the issue is to preserve this diversity, in an English domination environement.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLa diversité culturelle, défi de ce siècle.
      Joseph Yacoub, Professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Lyon, Institut des droits de l’Homme.

      Résumé : La diversité culturelle revêt une grande actualité et importance. C’est un fait constatable quotidiennement, qui nous rappelle, s’il en était besoin, que nous vivons dans des sociétés désormais multiethniques et multiculturelles, faites de plus en plus de différences d’appartenance, voire de métissages, où l’uniformité de naguère a cédé la place à la polyformité. Le monde est devenu multiple et aucune société n’y échappe. La diversité culturelle est désormais entrée dans le discours des droits de l’homme, et des normes internationales ont été adoptées à ce sujet (ONU, UNESCO). Pourquoi cet intérêt pour la diversité culturelle ? Quelles sont ses causes et quelle est son origine intellectuelle ? Comment donc assurer à la fois la diversité et le vouloir-vivre collectif ? Que prescrit le droit international sur la diversité ?

      Abstract : Cultural diversity is an important and current issue. It is an everyday noticeable fact, that reminds us, if need be, that we now live in multi-ethnical and multicultural societies, more and more made up of different senses of belonging, or even miscegenation, where the not long-ago uniformity has given way to multiformity. The world has become multiple and no society is escaping it. Cultural diversity is now part of the human rights speech, and international standards have been adopted concerning it (UN, UNESCO). Where does that interest for cultural diversity come from?What are the causes and what is its intellectual origin? How can we therefore ensure diversity and the collective want to live? What does international law specify on diversity?
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFUne diversité parmi les diversités : la bio-diversité.
      Gilles Boeuf, Professeur à l’université Pierre et Marie Curie, laboratoire Arago, Banyuls-sur-Mer et Président du Muséum national d’histoire naturelle, Paris

      Résumé : Parmi les diversités, il y a la bio-diversité. Il avait été décidé à Johannesbourg en 2002 de freiner la perte de biodiversité pour 2010 et l’Europe avait surenchéri « arrêter » ! Nous en serons loin, l’UNESCO décide donc de relancer l’objectif pour 2020. La biodiversité est bien plus que le seul inventaire des espèces vivantes, c’est surtout l’ensemble des relations établies entre les êtres vivants et avec leur environnement, c’est la fraction vivante de la Nature. Le Millennium Ecosystem Assessment annonce dans son rapport de 2005 que les espèces vivantes s’éteignent à un rythme entre 100 et 1000 fois plus fort que celui estimé sur les 50 derniers millions d’années. L’humain est devenu la plus puissante force d’évolution de la planète et il doit impérativement changer ses habitudes s’il veut continuer à vivre en harmonie : il est profondément imbriqué dans cette diversité et ne peut s’en passer. Alors, l’objectif 2020, projet réaliste ou totale utopie ?

      Abstract : Among diversities, there is biodiversity. In Johannesburg in 2002, it was decided to curb the loss of biodiversity by 2010 and Europe chimed in ‘stop’!We shall be far from it and the UNESCO has decided to achieve the objective again for 2020. Biodiversity is much more than the only inventory of living species, it is most of all the set of the relations living beings establish between themselves and with their environment, it is the living fraction of Nature. The Millennium Ecosystem Assessment announced in its 2005 report that living species are passing away at a pace from 100 to 1000 faster than what was estimated during those last 50 million years. The human being has become the most powerful force of evolution on the planet and must imperatively change his habits if he wants to carry on living in harmony : he is tightly intertwined with that diversity and cannot do without it. So, 2020: realistic objective or complete utopia?
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLa diversification du vivant :
      multiples niveaux et mécanismes d’émergence de la nouveauté.

      Jean-Claude Ameisen, médecin, Président du Comité d’éthique de l’Inserm.

      Résumé : L’une des grandes révolutions de la science moderne a été la (re)découverte de l’idée que l’ensemble de l’univers est émergence, transformations, métamorphoses. Et que l’extraordinaire diversité du vivant résulte d’une diversification permanente à partir d’une origine commune. Espèces nouvelles, symbioses, réseaux changeants des écosystèmes, naissance des cultures animales et humaines, variations de l’hérédité, transformations successives des âges de la vie : à tous ces niveaux émergent continuellement des mondes nouveaux. Et disparaissent des mondes anciens.
      C’est vrai aussi de notre corps : chaque jour, un grand nombre de nos cellules s’autodétruisent, remplacées par des cellules nouvelles. Nous sommes, en permanence, pour partie en train de mourir, et pour partie en train de renaître. De nous déconstruire et de nous reconstruire. De nous transformer.
      Mais quelle est la part des gènes et de l’environnement, de l’inné et de l’acquis dans l’émergence de la singularité de chaque être vivant ?
      L’exploration des interactions entre gènes et environnements constitue un domaine de recherche en pleine expansion, appelé l’épigénétique : ce qui est au-dessus des gènes, en amont des gènes, ce qui influe sur la manière dont les cellules et les corps utilisent leurs gènes, et joue un rôle majeur dans la diversification du vivant.

      Abstract : One of the great revolutions of modern science was the (re)discovery of the idea that the universe as a whole is emergence, transformations, metamorphoses. And that the amazing diversity of living beings is the result of a permanent diversification from a common origin. New species, symbioses, changing networks or ecosystems, birth of animal and human cultures, heredity variations, successive transformations of the ages of life: at all those levels, new worlds continually emerge. And old worlds disappear.
      That is also true of our body: every day, a great number of our cells self-destruct, replaced by new cells. Continually, we are partially dying and partially being reborn. Falling to pieces and back together again. Transforming.
      What comes from the genes and from the environment, from nature or nurture, in the emergence of the singularity of each living being?
      The exploration of the interplay between genes and environments is an expanding field of research called epigenetics: what is above the genes, upstream from the genes, what affects the way cells and bodies use their genes and play a major role in the diversification of the living.
       

  • Télécharger l'article suivant au format .PDF2 - Diversité et musées
    Véronique Chabert, philosophe

    Pour Jean-Marc Blais, l’enjeu consiste à faire du musée un lieu ouvert qui tient compte de l’évolution des sociétés, ces dernières, « particulièrement au Canada », se caractérisant par « le pluralisme culturel et les technologies de l’information ». C’est à cette condition que les rapports des publics aux musées deviendront plus constructifs, les visiteurs étant considérés comme de « réels acteurs plutôt que des récepteurs dans leurs expériences d’apprentissage ».

    Bruno Jacomy, constatant la diversité des collections du Musée des Confluences, montre le travail des conservateurs et des médiateurs des musées pour la connaître et la rendre significative

    Véronique Chabert
     

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLe musée comme lieu de fréquentation à travers la diversité des expériences.
      Jean-Marc Blais, Vice-président, expositions et programmes, Musée canadien des civilisations.

      Résumé : Le musée est-il un lieu d’éducation ou un lieu de divertissement et de culture de masse ? Il est l’un et l’autre. Dans un pays comme le Canada, où le concept de diversité se définit sous plusieurs angles, le musée de l’avenir sera celui qui saura s’adapter aux réalités changeantes de la société, non seulement en offrant des collections qui reflètent la composition de cette société, mais aussi en se présentant comme une destination culturelle. Ainsi, le « visiteur » sera convié à devenir un « fréquenteur » dans un musée où seront pris en compte ses identités et ses intérêts véritables. Pour y arriver, il faudra de la franchise, un investissement considérable d’énergie, et surtout ne pas craindre d’entrer en compétition avec les autres diffuseurs de la culture.

      Abstract : Is the museum a place of learning or a place of amusement and popular culture? It is both. In a country like Canada, where the concept of diversity is defined from several angles, the museum of the future will be the one that can adapt to society's changing realities not only by offering collections that reflect that society's makeup, but also by presenting itself as a cultural destination. Visitors will be invited to become engaged individuals in a museum that is inclusive of their identities and true interests. Achieving this will require honesty, a considerable investment of energy and, above all, the courage to compete with other cultural institutions.
       

    • Télécharger l'article complet suivant au format .PDFLes collections du Musée des Confluences, un croisement de diversités.
      Bruno Jacomy, responsable des collections et Directeur adjoint du Musée des Confluences, à Lyon.

      Résumé : La diversité des collections du Musée des Confluences est évidente, étant donné l’extraordinaire variété des domaines, disciplines scientifiques et catégories des objets conservés. Mais au-delà des formes, des matériaux ou des techniques qui constituent les collections, leur diversité est beaucoup plus profonde et complexe, et reflète souvent de fortes personnalités dont les centres d’intérêt sont éclectiques, dont les approches transcendent les découpages disciplinaires, dont la sensibilité oriente les choix.
      Ces diversités nous questionnent aujourd’hui : quelles sources, personnes ou origines se cachent derrière chaque objet de la collection ? Pourquoi collecte-t-on ? Dans quel but ramasse-t-on dans une zone donnée à la fois des vestiges archéologiques, naturels ou artistiques ? Enfin comment, aujourd’hui, notamment par un travail de collecte de mémoire, peut-on révéler cette diversité cachée derrière l’apparent ordonnancement raisonné des choses ?

      Abstract : The diversity of the Museum of the Confluences's collections is obvious, considering the extraordinary variety of the fields, scientific disciplines and categories of the objects preserved. But beyond forms, materials or techniques that make those collections, their diversity is much more profound and complex, and often reveals strong personalities with eclectic centres of interests, approaches that transcend disciplinary barriers and a sensibility that directs choices. Today, those diversities make us wonder: what sources, persons or origins lie behind each object of the collection? Why do we collect? In what purpose do we gather archaeological, natural or artistic remains from the same given area? Finally, how can we today reveal that diversity, hidden behind the apparent and reasoned ordering of things, in particular through a collection-ofmemory process?.
       



Couronne radiale rikbaktsa.

Couronne radiale rikbaktsa,
État du Mato Grosso, Brésil.
photo P. Ageneau
© Musée des Confluences