Musée des confluences

Métier à tisser mécanique

 

utilisation

Ce métier à tisser mécanique permet de tisser des bandes alternées de taffetas et de satin, en plusieurs couleurs différentes et environ un mètre de largeur. Avec plus de 150 000 exemplaires produits entre 1906 et 1975, il a été utilisé très largement en France et à l'étranger.

Dans la région lyonnaise, il a équipé les usines de tissage disséminées dans les campagnes et les petites villes de la région, notamment dans le Bas-Dauphiné, au détriment des métiers Jacquard implantés dans la ville de Lyon. Il a cependant contribué à perpétuer la tradition lyonnaise en tissant des pièces pour de grandes maisons de soierie lyonnaise comme Prelle ou Tassinari jusqu'en 1938. Diederichs a également fourni des métiers à certaines de ces maisons.

description

Le métier à tisser mécanique 7700 de Diederichs «coups pairs» comporte les éléments classiques de tout métier : bâti, rouleau d’ensouple, chaîne, peigne, remisse, mécanique d’armure, rouleau d’étoffe, etc. A la différence des métiers à bras et des métiers Jacquard, les mouvements des métiers mécaniques sont impulsés par un moteur et non par l’action humaine. Ce modèle présente un système à hélice assez rare, un mouvement de boîte de type D12 à 4 navettes et un embrayage à poulie fixe et poulie folle.

D'un poids raisonnable, simple et facile d’entretien, le type 7700 de Diederichs est produit pendant plus de soixante ans dans différentes versions, afin de répondre au mieux aux besoins des tisseurs. Le changement de navettes est automatisé en 1935.

Ce métier a d'abord appartenu à l'Association Renaissance de la soie, avant d'être donnée par Mme Lucienne Legrand, présidente de l'association, au Musée du Tisserand dauphinois (association des Amis de la Soierie du Bas Dauphiné). Après avoir exploré plusieurs pistes, le musée des Confluences le choisit pour intégrer à l'exposition Sociétés, car les métiers mécaniques sont peu présents dans les collections lyonnaises.

Il fait l'objet d'une restauration complète par les bénévoles du musée, qui le nettoient et rénovent notamment les rouleaux d'ensouple. Le tissu est également dessiné par leurs soins et mis au point lors de la remise en marche du métier. Ces mêmes bénévoles en assurent le transport et l'installation pendant l'été 2014 : du fait de sa taille, le métier est comme la voiture Berliet l'un des premiers objets à rentrer au musée.

  • marque de manufacture dans la fonte du bâti : Ateliers Diederichs Bourgoin (Isère) Bté SGDG
  • marque de manufacture sur une plaque : Staubli Frères et Cie Constructeur Faverges Haute-Savoie Breveté SGDG n°16779

les Ateliers Diederichs (1882-1992)

La famille Diederichs, Luthériens originaires de Remscheid (Westphalie), n'arrivent en France qu'en 1821 et s'établissent dans la vallée de Munster en Alsace. Ils s'installent ensuite dans la région de Beaurepaire au début du XIXe siècle pour exploiter une fabrique de limes.Théophile Diederichs, l'un des fils, part à Jallieu en 1855 à la demande de Louis-Emile Perrégaux, qui lui confie une usine de tissage de coton. Il tisse bientôt des soieries et se met à fabriquer du matériel de tissage : c'est dans ce cadre qu'il fonde, en 1882, les Ateliers Diederichs qui regroupent le tissage mécanique à façon et la construction de machines. Cette dernière activité intègre une fonderie, des ateliers de menuiserie, mécanique et montage, et un bureau d'études et de dessin pour adapter les métiers aux demandes particulières.

Pendant plus d'un demi-siècle, Diederichs est la principale entreprise de la région puisqu'elle compte 1 500 ouvriers au lendemain de la Première guerre mondiale. Le tissage est abandonné en 1938 au profit de la production de matériel textile, et dans les années 1960, elle produit entre 1 800 et 2 000 métiers par an : ses principaux clients en France se situent dans le Nord, l'Est et la région lyonnaise, mais la société exporte également auprès de nombreux pays.

En 1967, les Ateliers fusionnent avec la société Guillaume Diederichs à Sainte-Colombe (qui a joué un rôle de pionnier dans l'automobile), puis en 1970 avec Saurer et en 1987 avec Vamatex. La société cesse ses activités en 1992.

exposition

  • Ce métier est présenté dans l'exposition Sociétés aux côtés d'une robe de mariée en fibres optiques de Brochier Technologies, sur le plateau consacré à l'industrie textile.

Le textile répond à des besoins fondamentaux de l’homme : se vêtir, se protéger ou se distinguer. Sa production résulte d’une organisation sociale où l’apprentissage et la répétition du bon geste sont gages de qualité. Au coeur des circuits commerciaux, les industries textiles irriguent de nombreux secteurs industriels, tels le cinéma et l’informatique qui plongent leurs racines dans les cartons perforés des mécaniques Jacquard. Au gré de la mondialisation, filières et lieux de production accélèrent les mutations économiques, entraînant ruptures sociales et nouveaux enjeux de territoires.

Textiles meet basic human needs: for clothing, protection or distinction. Their production stems from a social organisation where learning and repeating the right actions are guarantees of quality. Textile industries supply many industrial sectors which are at the heart of our commercial world. Take for example the film and computer industries that have their roots in the punched cards of the Jacquard mechanical loom. In the wake of globalisation, subsidiaries and production sites have accelerated economic change, bringing with it social disruption and new territorial challenges.

Lyon développe dès le XVIe siècle une industrie de la soie, qui stimule d’autres secteurs comme la banque, la mécanique ou la chimie. Les révoltes des Canuts en 1831 et 1834 entraînent le départ du secteur textile hors de la ville. Ce métier Diederichs, avec son moteur électrique et sa grande adaptabilité, est typique de la production en usines qui se développe à la fin du XIXe siècle.

As early as the 16th century Lyon developed a silk industry, which stimulated other sectors such as banking, engineering and chemistry. The Canut Revolts in 1831 and 1834 caused the textile sector to be relocated outside the city. This Diederichs mechanical loom, with its electric motor and great adaptability, is typical of factory production that developed in the late 19th century.

  • Ce métier fait également écho à l'exposition L'art et la machine présentée au musée des Confluences (13/10/2015-24/01/2016), car elle rappelle des mécanismes présentés dans les parties consacrées à la fascination de la machine (voir notamment la structure du laminoir dans le tableau de Ferdinand-Joseph Guedry, prêt du musée des Beaux-Arts de Nîmes, inv. IP 91) et aux photographies de mécanismes par Germaine Krull ou Robert Doisneau par exemple. Ce métier, constitué d'un ensemble de mécanismes motorisés, est un outil de production de textiles de luxe : comme les appareils photographiques présentés dans l'exposition mais dans un tout autre domaine, la machine crée l'art.

sources complémentaires

bibliographie sélective

liens sélectifs

Éditeur : 
musée des Confluences (Lyon, France)
Modifié le : 
20 Avril 2015
Crédits : 
Musée des Confluences (Lyon,France), dépôt du Musée du Tisserand dauphinois