Musée des confluences

Sculpture zoomorphe

 

description

Cette statuette en calcaire corallien représente peut-être une tortue, animal considéré comme l’ombre (ata) du dieu de l’océan d’où venait les principales ressources des insulaires de l’archipel des Tuamotu. Les effigies de ce type permettaient d’obtenir les faveurs des dieux. Après leur consécration, elles étaient conservées dans le fare tini atua [maison miniature du dieu], avec d’autres objets sacrés et sortaient lors des cérémonies cultuelles.

précision

Le musée des Confluences conserve dans ses réserves un petit ensemble d’objets des îles Tuamotou, en Polynésie française, datant de la seconde moitié du 19e siècle. Les productions matérielles anciennes de cette région du monde sont très rares et certains exemplaires de cette collection sont uniques.

C’est le cas de ce petit objet en calcaire corallien, à la forme et à l’usage mystérieux. Cette sculpture a été rapportée en France dans les années 1870 par le père Albert Montition, missionnaire de la congrégation du Sacré-Cœur de Picpus, qui passa plus de vingt années dans les îles Tuamotu (1852-1873) et quarante ans en Océanie.

C’est lors d’un retour en Europe, peut-être en 1874, que l’objet fut confié au musée de l’Oeuvre de la Propagation de la Foi, avant d’être déposé dans les réserves du musée des Confluences. Comme de nombreux missionnaires, Albert Montiton eu à cœur de diffuser des nouvelles de sa terre d’évangélisation et des descriptions les us et coutumes des populations rencontrées. Ses écrits, notamment sur les cérémonies pratiquées sur le maraé, furent repris par le chercheur américain Kenneth P. Emory, qui joua un rôle majeur dans de développement de l’anthropologie en Océanie, et principalement en Polynésie. 

Dans la revue Les missions Catholiques, où sont publiés des essais sur les cultures locales et des nouvelles des missions, Albert Montiton fait reproduire l’objet sous la forme d’un dessin, illustrant son article sur « les Paumotous, traditions et coutumes, cultes des ancêtres, sacrifices du ruahine et du maraé ». Il y décrit le déroulement d’une cérémonie destinée à obtenir la faveur des dieux et des ancêtres. Lors de cette cérémonie, la statuette en pierre, nommée «idole » par Montiton, reçoit une « libation d’eau de coco » avant qu’un officiant ne prenne « la pierre sacrée de forme ovale qui porte l’effigie d’une divinité, et la mette sur le ventre de la victime », à savoir un poisson ou une tortue capturés pour l’occasion. Montiton relève et traduit les paroles prononcées par l’officiant lors de la cérémonie, traduisant niu maru par « pierre sacrée ». Kenneth Emory indique que ces effigies ont très souvent une forme de tortue et qu’à Tahiti, la tortue était considérée comme l’ombre (ata) des dieux de l’océan. Albert Montition précise que ce type de cérémonies était notamment réalisé à la suite d’une pêche heureuse.